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L'Edito de Guy Gweth

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5 questions à Kofi YAMGNANE, leader politique franco-togolais

Elu local et ancien ministre en France, candidat recalé à l’élection présidentielle de 2010 au Togo, Kofi YAMGNANE analyse les retombées de l’élection de son candidat, François Hollande, et annonce des lendemains difficiles pour les dictatures africaines…

Bolero LAWSON : Aujourd’hui François HOLLANDE est élu Président de la République Française. Vous qui êtes très proche et conseiller Afrique de François Hollande, que pensez-vous qu’il va se passer?

Kofi YAMGNANE
: Il va se passer le changement annoncé! La République va reprendre ses droits: les mêmes droits et devoirs pour chaque Français. La laïcité va à nouveau guider l’action des gens de foi, et non plus la stigmatisation de telle ou telle religion. Les concepts: Liberté, Égalité, Fraternité vont de nouveau avoir un sens. Finies les trop nombreuses fractures, blessures, coupures, ruptures… initiées et pratiquées par le pouvoir UMP de Nicolas Sarkozy. Partout la justice va être rétablie… Oui, la gauche est de retour et elle prend en charge l’alternance tant attendue des Français.

Bolero LAWSON : Dans les mois à venir, quelle sera la politique de Monsieur François HOLLANDE envers les pays africains?

Kofi Yamgnane : Concernant la nouvelle politique africaine de la France, François Hollande nous a demandé de travailler à achever la décolonisation et mener en Afrique une politique cohérente avec les autres pays Européens. Il entend respecter la démocratie là où elle existe et soutenir tous ceux qui se battent ailleurs à son avènement. Il veut privilégier une approche plus respectueuse des peuples par la reconnaissance des aspirations populaires trop souvent brimées par des régimes autoritaires et parfois corrompus.

Il veut refonder ces relations sur des bases saines en tournant définitivement la page de la colonisation, en en finissant avec les formes plus ou moins subtiles du paternalisme néo colonial, en regardant l’Afrique comme elle est aujourd’hui et en pressentant ce qu’elle sera demain, en entrant dans une coopération sur la base de l’égalité et du respect mutuel et en s’appuyant sur les forces qui feront l’Afrique de demain: étudiants, jeunes entrepreneurs, diplômés au chômage, artistes, écrivains, diasporas…

Aider les pays africains à contenir la fuite de ses cerveaux et à la transformer en gain de cerveaux; encourager partout les transferts de technologies; engager les entreprises françaises travaillant en Afrique sur la voie de leur responsabilité sociale, sociétale et environnementale; faire respecter une éthique de la transparence… etc.

Enfin, disons-le tout net: aux yeux de beaucoup d’Africains, l’interventionnisme armé de la France et le recours très «sélectif» à la Cour Pénale Internationale incarnent une nouvelle «mission civilisatrice occidentale», rappelant à bien des égards la douloureuse «pacification» de l’ère coloniale. François Hollande veut en finir avec ces méthodes surannées. Enfin, il va prendre en compte l’impératif démocratique et participer à la sécurité collective du continent.

Bolero LAWSON : Que deviendra la Françafrique avec Monsieur François HOLLANDE en tant que Président de la France?

Kofi YAMGNANE : Cette «Françafrique» illustre les relations bilatérales «incestueuses» entre certains chefs d’État africains et le chef de l’État français, relations qui présentent de multiples facettes:

– Le soutien ou la tolérance vis-à-vis de régimes politiques dictatoriaux, parfois installés par le gouvernement français lui-même, malgré le rejet de la majorité des habitants.

– Les circuits mafieux d’argent et les trafics en tous genres, dont le sol africain est devenu le terrain de jeux ;

– Le déni de l’Histoire, lorsque la majorité sortante, par la voix de Nicolas Sarkozy, met en doute la capacité de l’Afrique à accéder à la démocratie, voire de “rentrer dans l’Histoire”, niant le passé parfois glorieux de ces peuples.

– Des politiques de solidarité qui s’effritent.

– Des interventions militaires improvisées, qui mettent en danger les ressortissants français et donnent de la France l’image d’un gendarme désirant avant tout préserver ses intérêts.

– L’absence totale de respect des peuples africains et de leurs dirigeants;

– Le recours très «sélectif» à la Cour Pénale Internationale…

Avec François Hollande, la fin de ce système est arrivée. Et donc les Chefs d’État africains, légitimes ou pas, doivent en prendre conscience, dès ce soir.

Bolero LAWSON : Avec l’élection de Monsieur François HOLLANDE, que pensez-vous Monsieur Kofi YAMGNANE apporter au Togo et aux Togolais?

Kofi YAMGNANE : Je ne peux apporter au Togo et aux Togolais que ce dont je suis détenteur: l’expérience de la pratique de la démocratie. Je suis né au Togo, mes parents togolais m’ont élevé avec une certaine déontologie; la France, mon pays d’adoption m’a permis d’accéder aux fonctions électives et exécutives parmi les plus hautes. Tout ce mélange a fait de moi ce que je suis aujourd’hui: un homme debout, un pied sur le continent africain, l’autre sur le continent européen. Je pense ne pas être le moins bien placé pour savoir que le monde meurt de ses frontières: c’est pourquoi je suis un socialiste sans frontières ! Je suis capable de servir partout, avec ma compétence et mon talent, avec l’abnégation, le dévouement et l’exemplarité dont je suis capable. Je sais ce que veut dire travailler pour le rassemblement. Je suis donc prêt à apporter au Togo et aux Togolais tout ce qu’ils me demanderont et dont je suis capable.

Bolero LAWSON : Est-il plus facile d’être le premier magistrat d’une commune (maire) en France que d’être candidat aux Présidentielles au TOGO? Quels souvenirs gardez-vous de cette expérience?

Kofi YAMGNANE : Ah, oui! Il est tout simplement plus facile d’être candidat à une élection en France qu’au Togo. En France, il existe des règles simples et connues de tous les candidats. Il n’existe pas de chausse-trappe. On n’invente pas des dates de naissance aux candidats dans l’intention expresse de les empêcher de se présenter. Le Conseil Constitutionnel n’est pas aux ordres du ministre de l’intérieur ou du président de “la république”. On n’empêche aucun candidat de faire campagne. Aucun résultat n’est falsifié… toutes choses “autorisées” au Togo, avec la force, la contrainte et la violence si besoin. La campagne que j’ai menée au Togo m’a montré que notre société s’est enlisée dans les sables mouvants du mensonge et de la cupidité; elle est restée paralysée par le régionalisme et l’ethnicisme et par une réelle tendance au culte de la personnalité. Le pouvoir se sert en faisant peur; les prêtres, les prêcheurs, les charlatans, les pasteurs… se servent sans vergogne. Les «partis» politiques d’opposition ne sont pas en reste: pour une élection aussi importante, on aurait pu s’attendre à voir chaque candidat publier au moins sa profession de foi, à défaut d’exposer sa vision du Togo dans un futur plus ou moins proche. Au lieu de quoi: rien, rien qu’un indécent carnaval légitimé par le pouvoir et pour lequel l’opposition lui a emboîté le pas: distribution de maillots à l’effigie du chef, de ballons, de strings même… pour amuser les grands enfants que sont les Togolais ! Aucun slogan mobilisateur, aucune perspective… Vous dire que cette vision m’a profondément désespéré est un doux euphémisme… et c’est seulement la souffrance du peuple togolais qui me motive encore et encore.

(Avec LNL)

Kofi YAMGNANE est né en 1945 à Bassar au Togo. Homme politique franco-togolais, il a été secrétaire d’État chargé de l’Intégration auprès du ministre des affaires sociales et de l’intégration de 1991 à 1993, puis conseiller régional de Bretagne de 1992 à 1997 et député socialiste du Finistère lors de 1997 à 2002. Après une première tentative en 2005, Kofi YAMGNANE a présenté sa candidature à l’élection présidentielle togolaise de 2010, candidature rejetée par la cour constitutionnelle en raison d’un « doute sur son identité ».

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