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L'Edito de Guy Gweth

Chaque semaine, le président du Centre Africain de Veille et d’Intelligence Economique (CAVIE) vous entraine dans les arcanes de la géoéconomie et de la géostratégie africaines.

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5 questions à Mahamat Ali Abdallah Nassour, Ministre tchadien de l’Hydraulique

[Africa Diligence] Le Général Mahamat Ali Abdallah Nassour est depuis 20 ans l’un des plus hauts dignitaires du régime tchadien, un fidèle du Président Idriss Déby Itno. Dans ce face à face exclusif avec Guy Gweth (Knowdys), l’actuel ministre de l’Hydraulique décrypte les enjeux stratégiques de l’eau dans le bassin du lac Tchad et appelle les grands investisseurs internationaux à investir massivement dans l’or bleu.

Guy Gweth : Les tenants du Valuing Water soutiennent que faute de monétiser l’eau, il n’y aura jamais assez d’investisseurs pour mettre les milliards de dollars attendus dans l’or bleu. Quelle histoire racontez-vous aux investisseurs pour les inciter à vous suivre au Tchad?

Mahamat Ali Abdallah Nassour : Partant du fait que l’eau c’est la vie, il me semble que tout investisseur devrait comprendre le rôle essentiel de cette denrée. Nous ne considérons pas l’eau comme un produit marchand en soi. Maintenant dans la pratique, il est normal que les investisseurs attendent les retombées de leurs actions. C’est la logique marchande. Il y a donc deux logiques qui, à notre avis, doivent être complémentaires. Compte tenu de la rareté et des besoins croissants en eau, compte tenu des enjeux stratégiques de l’or bleu, de l’industrialisation des pays émergents, en particulier la Chine, l’Inde ou encore le Brésil, l’eau prend une place cruciale dans la performance des nations, pratiquement dans tous les secteurs d’activités. Cela nécessite énormément d’investissements. Aujourd’hui, 98% des ressources en eaux dans le monde sont salées. Seules 0,02% sont utilisées pour la consommation. Et ce n’est pas une ressource intarissable. C’est pourquoi nous comprenons la position de ceux qui choisissent l’option de la monétisation de l’eau pour attirer les investisseurs dans ce secteur. L’eau étant une ressource en amont, au milieu et en aval de toute stratégie de développement, je lance un appel aux investisseurs internationaux pour qu’ils s’intéressent à l’eau sans nécessairement penser à gagner de l’argent à court terme.

Mais du point de vue de l’attractivité, pourquoi choisir le Tchad et pas une autre destination ?

L’appel que je lance aux investisseurs est à l’échelle mondiale. Je ne parle pas que pour le Tchad. Aujourd’hui, le Tchad a ses propres ressources et fait essentiellement appel aux investisseurs désintéressés, à ceux qui n’attendent pas de retombées économiques immédiates à l’instar de l’Union européenne, de l’Agence française de développement ou de la Banque mondiale qui investissent beaucoup dans l’eau potable, sans oublier la Coopération suisse qui est également présente à nos côtés. La Banque africaine de développement aussi est active dans le cadre, notamment, de la réhabilitation du lac Tchad. En somme, il y a des institutions qui nous aident de ce domaine pour des raisons humanitaires, des raisons liées à la catastrophe que constitue l’assèchement du lac Tchad.

A côté de ces acteurs institutionnels, il existe des investisseurs privés qui voudraient pouvoir miser sur un Tchad stable et stabilisé. Ne croyez-vous pas que ces acteurs pourraient vous pousser vers une financiarisation de l’eau ?

Je n’exclue pas cette éventualité. Tout évolue. Mais le Tchad dispose d’importantes ressources en eau souterraine notamment. Il faut mobiliser beaucoup de moyens techniques et financiers pour atteindre ces ressources et les mettre à la disposition de ceux qui en ont besoin. Ensuite, pour pouvoir assurer notre autosuffisance alimentaire, notre agriculture a besoin d’une irrigation d’eau conséquente. Il y a évidemment des arbitrages à faire entre les systèmes d’irrigation qui consomment plus d’eau et ceux qui en consomment moins tout en ayant un meilleur rendement. Aujourd’hui, nous utilisons encore deux fois plus d’eau pour un rendement quatre fois inférieur à celui des agriculteurs européens ou nord-américains. Ce sont toutes ces questions qu’il faut régler avec l’apport de nos partenaires extérieurs. Tous ces facteurs doivent évidemment être mis en balance avec les enjeux économiques. C’est pourquoi je dis que l’investisseur privé qui s’intéresse à l’eau du Tchad, ne doit pas venir avec l’intention de faire du profit dans l’immédiat, mais pour une coopération noble et respectable. Il faut néanmoins se dire que le Tchad aspire à une indépendance énergétique. Si un jour, nous devons passer par la financiarisation de l’eau, nous y réfléchirons. Ce n’est pas un sujet tabou. Mais pour l’instant, il n’est pas à l’ordre du jour.

Il y a quelques mois, le Commissaire européen en charge de la politique régionale a déclaré qu’il ne voyait aucun inconvénient à ce que l’eau d’une région européenne soit exportée au Proche-Orient en échange de gaz naturel. Pensez-vous que l’eau contenue dans le sous-sol tchadien puisse un jour servir de monnaie d’échange ?

Je ne voudrais pas traiter du cas du Tchad de façon singulière. La déclaration du commissaire européen se situe d’abord dans le cadre du contexte européen, par rapport aux besoins de l’Europe en matière énergétique. Si l’Europe estime qu’elle n’a pas d’autres choix que d’échanger ses ressources en eau pour avoir du gaz ou du pétrole, c’est à elle d’en décider en accord avec les pays du Proche-Orient qui souffrent du manque d’eau. Pour ce qui est du Tchad, nous n’en sommes pas là. Certes notre pays dispose de nombreuses ressources minières et minérales, mais nous travaillons à dégager d’autres moyens pour les exploiter.

Des accords d’accès déséquilibrés aux incursions en eaux protégées, en passant par le détournement des ressources au détriment des populations locales, quel est l’impact de l’accaparement des mers sur les pays membres de la Commission du bassin du lac Tchad ?

Je pense qu’il faut replacer ce débat dans un contexte plus global et globalisant de changement climatique. Aucun pays dans le monde ne sera épargné par ses effets. Le Tchad et les autres pays membres du bassin du lac Tchad, pour leur part, sont extrêmement inquiets de l’assèchement que connaît le lac Tchad qui est passé de 25.000 km² en 1960 à 2500 km² aujourd’hui. Une vaste campagne de sensibilisation et de médiatisation a été lancée par les gouvernements des pays membres et en particulier le Président Idriss Deby Itno qui a été à la tête de la Commission du lac Tchad pendant trois ans. Cette opération a permis d’informer le monde entier sur la catastrophe écologique en cours dans cette partie du monde, catastrophe qui affecte toute la planète. Le lac Tchad, vous le savez, fait vivre plus de 30 millions de personnes, dont des Africains et des non-Africains, à travers la pêche, l’élevage et l’agriculture. Aujourd’hui l’une des conséquences de son assèchement est le changement d’activités chez les riverains : on voit des pêcheurs se transformer en agriculteurs ou en éleveurs, etc. Dans un tel contexte, vous comprenez que l’accaparement des mers a un impact terrible sur les pays du bassin du lac Tchad, et plus généralement sur tous les pays qui disposent de ressources aquatiques vitales pour leurs populations.

Avant de prendre la tête du ministère tchadien de l’Hydraulique urbaine et rurale,  le Général de corps d’armée Mahamat Ali Abdallah Nassour a occupé près d’une dizaine de postes ministériels dont l’Intérieur, la Défense, la Sécurité, le Commerce et l’Industrie, l’Elevage, les Mines et l’Energie. Il a également été conseiller spécial du Président Idriss Deby Itno pour les questions de sécurité, chef d’Etat-major des armées, gouverneur de région, Secrétaire d’Etat aux affaires étrangères et ambassadeur du Tchad à Paris.

Entretien réalisé à Paris par Knowdys Affaires Publiques – Plus d’infos sur Knowdys.com.

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