Innovation : KCG creuse le sillon de la due diligence foncière en Afrique Le Renseignement criminel au profit de l’économie africaine Africa Diligence crée FCV, le Fichier des Clients Voyous Et ces diplômés africains qui se cassent la gueule en rentrant

L'Edito de Guy Gweth

Chaque semaine, le président du Centre Africain de Veille et d’Intelligence Economique (CAVIE) vous entraine dans les arcanes de la géoéconomie et de la géostratégie africaines.

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5 questions à Mthuli NCUBE, économiste en chef de la BAD

[Africa Diligence] Dans cette interview, Mthuli NCUBE analyse l’agriculture africaine face au défi de l’industrialisation. Pour l’économiste en chef de la Banque africaine de développement (BAD), la perte d’emplois manufacturiers en Chine uniquement sera suffisante pour doubler l’emploi industriel dans les pays à bas revenus et en Afrique.

Stéphane BALLONG : Quel type d’agriculture les États africains doivent-ils privilégier  pour créer le plus grand nombre d’emplois possible au cours de la prochaine décennie ?

Mthuli NCUBE : L’agriculture reste au cœur de l’économie de la plupart des pays africains et contribue à la majeure partie des emplois, et de façon significative au produit intérieur brut (PIB) et aux recettes d’exportation. Compte tenu de sa position dominante dans l’économie, l’agriculture restera la principale source de croissance, d’emplois et de réduction de la pauvreté pendant les années à venir. Dans les pays africains, l’agriculture familiale est la principale source d’emplois, de nourriture et de revenus. Environ 60% de la population agricole déclare que l’agriculture constitue leur principale source de revenus, cette proportion est encore plus importante lorsqu’on considère les seules populations rurales. De fait, les petits exploitants africains ont besoin d’un meilleur accès au crédit, aux technologies appropriées et d’une amélioration des marchés.

Récemment, nous avons vu des entreprises étrangères effectuer des transactions foncières à grande échelle en Afrique, avec pour objectif d’expédier les récoltes alimentaires et les biocarburants vers leur pays d’origine. Nous devons veiller à ce que ces transactions aient le minimum d’impacts négatifs possible sur les petits exploitants, sur la souveraineté alimentaire et sur la biodiversité.

Cela signifie-t-il qu’il faut mettre beaucoup plus d’accent sur les cultures vivrières que sur des cultures comme le palmier à huile, l’hévéa, etc. ?

Il doit y avoir un équilibre entre la production agricole destinée à la sécurité alimentaire et les cultures d’exportation. Pour l’Afrique, le défi est de produire et de fournir d’une manière durable suffisamment de nourriture. La volatilité des prix des produits alimentaires affecte durement les petits agriculteurs. Ceci étant, il y a encore de la place en Afrique pour promouvoir les cultures d’exportation. L’Afrique possède le quart des terres arables du monde, mais ne produit que 10 pour cent de la production mondiale. Par ailleurs 60% des terres cultivables non exploitées se trouvent sur le continent. Un meilleur partage des connaissances, le transfert des technologies et des collaborations public-privé sont nécessaires pour aider à combler cette lacune.

Quelle doit être la priorité des Etats africains dans leurs politiques agricoles pour favoriser l’emploi? Et quels sont les pays africains qui peuvent être considérés comme des modèles?

Au cours des cinq dernières années, le monde a été secoué par une série de crises, économique, financière et alimentaire. Aujourd’hui, la volatilité des prix et des conditions météorologiques extrêmes mettent à rude épreuve les efforts visant à réduire la pauvreté et la faim. De fait, la sécurité alimentaire et les petits agriculteurs doivent être la priorité. Les  politiques publiques doivent concentrer les investissements sur des pratiques agricoles durables, les infrastructures rurales, le développement  des marchés régionaux, les capacités de stockage et des technologies connexes, les coopératives, etc.

Par ailleurs, pour développer l’industrie légère et créer des emplois dans ce domaine, est-il nécessaire de suivre l’exemple de Maurice ou de l’Éthiopie en créant des zones industrielles ?

Le contexte pays est primordial et il ne s’agit pas de savoir s’il faut suivre l’exemple de tel ou tel pays. Quel que soit son niveau de développement, chaque pays peut réussir s’il soutient des industries en ligne avec ses avantages comparatifs (qui peuvent être déterminés par ses dotations en ressources naturelles). Il faut identifier ce qu’un pays possède et ce qu’il est en mesure de faire mieux. Armés de cette information, les gouvernements peuvent ainsi prioriser leurs ressources limitées afin de faciliter le développement des industries indispensables à la croissance. Le niveau bas des salaires et l’abondance de matières premières constituent une occasion unique qui peut permettre aux pays africains d’établir un secteur manufacturier intense en main d’œuvre et de progresser vers une production industrielle plus avancée.

Les pays africains peuvent-ils concurrencer ceux d’Asie en termes de coût et de productivité de la main d’œuvre non qualifiée ?

Le temps est venu pour l’Afrique de se consacrer à l’industrialisation et de saisir les presque 85 millions d’emplois potentiels, au moment où les salaires augmentent en Chine et où les entreprises chinoises commencent à relocaliser à l’étranger. La perte d’emplois manufacturiers en Chine uniquement sera suffisante pour doubler l’emploi industriel dans les pays à bas revenus et en Afrique. C’est pourquoi il sera extrêmement bénéfique aux économies africaines d’identifier  soigneusement les secteurs qui offrent un avantage comparatif et de les promouvoir.

 (Avec J.A.)

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