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L'Edito de Guy Gweth

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7 questions à Emmanuel FANSTEN, journaliste d’investigations

[Africa Diligence] Auteur de « Les nouveaux barbouzes. Enquête sur la privatisation de l’espionnage » paru chez Robert Laffon, le journaliste français Emmanuel FANSTEN a récemment présenté ses dernières découvertes sur les pratiques d’intelligence économique en France. Il répond ici aux questions de SP.

SP : J’étais sans doute très naïf, mais avant de lire votre livre, je croyais que la sécurité pour une entreprise c’était embaucher des gardiens de nuit. Là, j’apprends que Canal + emploie un hacker vedette, un ancien du service « Courses et Jeux » des Renseignements généraux (RG) et que la chaîne dispose en fait d’une petite agence d’espionnage…

Emmanuel Fansten : Je ne dénonce pas l’intelligence économique. En soi l’intelligence économique n’est pas illégale, c’est même une matière plutôt noble qui consiste pour une entreprise à trouver des infos disponibles sur un concurrent. Ce qui est vrai c’est que certains cabinets d’intelligence économique ont recours à des officines un peu plus troubles avec des méthodes « borderlines », voire parfaitement illégales.

Dans le cas de Canal +, l’inspecteur des RG dont vous parlez, c’est Gilles Kaelhin, qui est arrivé au départ pour lutter contre le piratage des décodeurs, qui était à la fin des années 1990 un véritable problème pour la chaîne. Après avoir mis en place une cellule informatique pour lutter contre les pirates et éventuellement porter plainte, il a mis Canal sous coupe réglée. Il a commencé à espionner certains salariés. Evidemment, il y a l’affaire de l’espionnage de Bruno Gaccio qui a été une sorte de cristallisation de toutes les méthodes employées à l’époque par Canal +. Et qui a été jugée.

C’est fréquent que les cabinets d’intelligence économiques enfreignent la loi ?

Non, mais ça arrive de déraper. On a souvent coutume de dire que sur un individu ou sur une entreprise, il y a 90 % de l’information qui est disponible de façon légale, à partir de sources ouvertes – Internet et la presse principalement, et que les 10 % restant, ce qu’on appelle « la zone grise », nécessite des méthodes illégales. En l’occurrence, ce sont ces 10 % qui intéressent bien souvent les entreprises, et certaines entreprises sont prêtes à franchir la ligne jaune pour obtenir ces infos.

La ligne jaune, c’est la corruption, au cœur de ce système que vous dénoncez. Quelle est la grille des tarifs pour obtenir des informations d’un policier ?

Je cite l’exemple d’un commissaire qui s’appelle Patrick Moigne, qui va être jugé en janvier prochain. Il a été révoqué de la police, c’était un gros, un des patrons de la PJ parisienne. Et lui s’est mis à revendre des informations tirées des fichiers protégés de l’État à des officines privées, ce qu’on appelle « la tricoche » dans le jargon. Il avait une grille de tarif : c’était 30 euros pour une consultation du Stic – les antécédents judiciaires, et ça pouvait monter à 1.000 euros pour des consultations bancaires. Après c’est comme la drogue, ce n’est pas des tarifs fixes : ça dépend des quartiers, ça dépend des services !

Plus grave, vous suggérez surtout qu’il existe des conflits d’intérêts, car les agences d’intelligence économique agissent parfois en sous-main pour le compte de services plus officiels et aussi d’hommes politiques, comme dans l’affaire EDF et Greenpeace…

Au début, je me suis intéressé aux entreprises et on s’aperçoit que ces officines, très souvent composées d’anciens policiers, militaires, agents des services secrets, peuvent aussi servir de relais à des intérêts politiques. On retrouve ces officines dans des scandales liés à des entreprises d’État – comme EDF ou Renault. Et dans le cas d’EDF effectivement, une officine mandatée par le numéro 2 de la sécurité d’EDF – condamné depuis – a espionné littéralement Yannick Jadot, le directeur des opérations de GreenPeace. Et cette officine a été sollicitée dans des affaires beaucoup plus importantes, comme dans le dossier Karachi.

Dans le livre, vous parlez un petit peu de l’affaire DSK. On a souvent rappelé dans la presse que le directeur de la sécurité de Sofitel était un ancien de la DCRI. Il y a tous les ingrédients des complots que vous dénoncez là… Vous y croyez ?

Je ne valide pas la théorie du complot. J’explique qu’il y a plein d’éléments troublants, notamment le fait que le patron de la sécurité de Sofitel connaissait Sarkozy, je reprends la thèse d’Edward Epstein. Simplement, l’affaire DSK ouvre un chapitre sur les écoutes téléphoniques et j’explique qu’il y a une paranoïa aujourd’hui autour de ces systèmes de surveillance et cette paranoïa peut servir de terreau à des manipulations. Mais ça ne veut pas forcément dire qu’il y ait eu complot. Il reste des zones d’ombre dans l’affaire DSK, ce qui ne dédouane pas le comportement de l’ami Dominique…

On a l’impression que les abus se sont multipliés sous la présidence Sarkozy, il y a eu beaucoup d’affaires dont la presse s’est faite l’écho. C’est parce qu’il y a plus de transparence, c’est ça ?

Il y a beaucoup d’affaires qui sont liées à l’UMP et au RPR pour la simple et bonne raison que la droite a été très souvent aux affaires depuis 20 ans. Quand on pense à Clearstream, à Karachi, à Bettencourt – les 3 principaux scandales des dernières années – ils mouillent tous la droite. Je ne dis absolument pas que la gauche est exempt de quoi que ce soit. François Hollande s’est fait élire sur une moralisation des pratiques et de la vie politique, on attend de voir. La gauche n’est absolument pas vaccinée contre les pratiques « barbouzardes ».

Les détectives privés ont toujours existé, qu’est-ce qui a changé ? Pourquoi vous les appelez « Les Nouveaux Barbouzes » ?

Depuis la fin des années 90, il y a une véritable mutation géopolitique qui a vu de nombreux espions formés au temps de la guerre froide se reconvertir dans le privé. On est passé de la guerre froide à la guerre économique et aujourd’hui, les espions se retrouvent dans le milieu de l’entreprise. Des méthodes traditionnelles de l’espionnage sont maintenant appliquées au milieu de l’entreprise.

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