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L'Edito de Guy Gweth

Chaque semaine, le président du Centre Africain de Veille et d’Intelligence Economique (CAVIE) vous entraine dans les arcanes de la géoéconomie et de la géostratégie africaines.

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Angola: de Karl Marx aux pétrodollars

En paix depuis 10 ans, les Angolais sont allés élire, le 31 août 2012, les 220 députés de leur Assemblée nationale. Le scrutin, le troisième depuis l’indépendance de l’ex-colonie portugaise, fait figure de test pour la démocratisation de ce pays de 19 millions d’habitants. Mais comment Luanda est-il passé de Marx aux pétrodollars ?

Devenu, grâce à son pétrole, la troisième économie d’Afrique subsaharienne – derrière le Nigeria et l’Afrique du Sud –, il est gouverné depuis plus de trente ans par le même homme, le président José Eduardo dos Santos, et un parti omniprésent et tentaculaire, le Mouvement populaire pour la libération de l’Angola (MPLA). La population, qui a vu une petite élite s’enrichir sans limites grâce à la rente pétrolière, cache de moins en moins ses aspirations à davantage d’égalité et de liberté.

La guerre civile est-elle l’alibi d’un verrouillage politique ? L’Angola a connu de 1975 à 2002 l’une des guerres civiles les plus violentes du continent africain. Un million de personnes ont été tuées au cours de ce conflit fratricide qui opposa les deux principaux mouvements de libération du pays, sur fond de guerre froide : le MPLA (marxiste) au pouvoir, appuyé par l’URSS et Cuba, et l’Union pour l’indépendance totale de l’Angola (Unita), soutenue par les Etats-Unis et l’Afrique du Sud. Il ne prit fin qu’en 2002 avec la mort du chef historique de l’Unita, Jonas Savimbi.

Cette guerre avait été précédée par celle de l’indépendance contre le colonisateur portugais (1961-1975). Au total, le peuple angolais a donc vécu quatre décennies de violences et de destructions.

La mémoire de ces années d’horreur est un puissant marqueur de la vie politique nationale. Elle a servi d’épouvantail à toute volonté de déstabilisation politique et explique en partie que le MPLA, au pouvoir depuis 1975, ait pu opérer un tel verrouillage politique. « La longévité [du pouvoir] est fondée sur trois facteurs principaux : la promesse de paix à une nation épuisée par la guerre, l’utilisation de la rente pétrolière pour garder la petite élite du pays de son côté, et une habile manipulation de l’opposition politique », expliquait en juin 2011 un rapport du Center for Strategic and International Studies.

Si, sur le papier, l’Angola est une démocratie – sa Constitution garantit le multipartisme, la séparation des pouvoirs et les droits fondamentaux –, dans la pratique le pays est sous la coupe d’un véritable parti-Etat. Le MPLA a remporté les législatives de 2008 avec 82 % des suffrages contre 10 % pour l’Unita, principal parti d’opposition.

Les pouvoirs du Parlement sont de toute façon faibles, à l’image des autres contre-pouvoirs. Le véritable lieu de prise de décisions politiques et économiques se situe à la présidence. A la tête du pays depuis 1979, José Eduardo dos Santos, 70 ans, détient un record de longévité sur le continent, sans jamais avoir été élu au suffrage universel direct. La présidentielle, initialement prévue en 2009 mais suspendue, n’aura finalement pas lieu. Une nouvelle Constitution, adoptée en 2010, supprime l’élection présidentielle : dorénavant, c’est la tête de liste du parti vainqueur des législatives qui devient président.

Le miracle économique angolais est-il en train de se fissurer ? En dix ans, le pays a connu un spectaculaire boom économique tiré par ses ressources pétrolières. Avec près de 1,7 million de barils par jour en 2011, l’Angola est le deuxième producteur africain de brut. De l’américaine ExxonMobil à la brésilienne Petrobras, toutes les multinationales du secteur sont présentes. Le pays espère bientôt dépasser le Nigeria alors que de nouveaux permis ont été accordés pourexplorer le bassin en eaux profondes du Cuanza. Le français Total, déjà premier opérateur du pays, y participe. Outre le pétrole, le pays dispose notamment de diamants (quatrième producteur mondial en valeur), de fer, de gaz, d’uranium.

Ces ressources ont converti l’Angola en investisseur mondial. En avril, ses réserves de change s’élevaient à 26 milliards de dollars (20,8 milliards d’euros). Ironie de l’histoire, le premier ministre portugais, Pedro Passos Coelho, a rendu visite au chef de l’Etat angolais fin 2011 pour demander une aide financière à l’ancienne colonie. Et de plus en plus de Portugais ont décidé de s’y exiler.

Mais le pilier de cette économie est aussi son talon d’Achille. Le pétrole représentant 50 % du PIB angolais, les deux tiers des revenus de l’Etat et plus de 90 % de ses revenus d’exportation, l’économie est à la merci des fluctuations des cours mondiaux du brut. Le taux de croissance du pays, qui était en moyenne de 12,5 % par an depuis 2003, s’est effondré dans le sillage de la crise économique de 2009 à 3,4 % en 2010. Il devrait atteindre 10,8 % en 2012 selon le Fonds monétaire international (FMI).

Autre difficulté grandissante : la corruption. Au classement « Doing Business » de la Banque mondiale, l’Angola est placé 172e sur 183 pays étudiés. Il y est plus difficile d’y faire des affaires qu’en Afghanistan ou en Irak. Et le phénomène s’aggrave : le nombre d’entreprises citant la corruption comme obstacle majeur à leurs activités est passé de 12 % en 2006 à 30 % en 2010.

Un « printemps angolais » peut-il se produire ? L’impressionnante croissance économique du pays est loin d’avoir profité à tous. Près de la moitié de la population vit toujours dans la pauvreté, même si ce nombre a effectivement chuté depuis 2003. Les importants investissements dans les infrastructures (hôpitaux, routes, écoles, etc.) – financés à hauteur de 15 milliards de dollars par un prêt de la Chine, l’un des principaux importateurs de pétrole brut angolais – n’ont pas permis de remédier aux graves lacunes en ce qui concerne l’ accès à l’eau et à l’électricité. Et le pays est aujourd’hui l’un des plus inégalitaires du globe. Classée ville la plus chère du monde, Luanda, la capitale, est devenue le reflet de cet Angola aux deux visages : d’un centre-ville grouillant de voitures et d’hôtels de luxe aux bidonvilles de la périphérie où s’entassent des millions de personnes.

Début 2011, peu après le début du « printemps arabe », Luanda a été le théâtre de manifestations de contestation. Elles ont été le fait de groupes de jeunes peu politisés communiquant par Internet qui dénonçaient la corruption et l’accaparement des richesses par une élite proche du pouvoir. « Ces rassemblements n’ont pas mobilisé des foules, mais ils ont un impact psychologique fort sur une population peu habituée à voir une critique du régime sur la place publique. C’est le signal d’un mécontentement. La façon dont ils ont été réprimés par la police montre la nervosité du pouvoir », explique Lisa Limli, de l’ONG Human Rights Watch.

Si la contestation publique reste circonscrite, le pays réunit tous les ingrédients d’un cocktail détonant : une urbanisation massive, un taux d’inflation à deux chiffres et une population très jeune (les deux tiers des Angolais ont moins de 20 ans) qui, contrairement aux générations précédentes, n’a pas connu la guerre civile.

Les élections du 31 août peuvent-elles amorcer une transition du pouvoir ?Le scrutin – ses résultats mais aussi les conditions de sa tenue – va être un révélateur des intentions du pouvoir. Il y a peu de doute sur le fait que le MPLA remporte la victoire ; l’enjeu se situe dans l’ampleur du succès. « Si ces élections se tiennent dans un climat libre et transparent, elles pourraient modifier le paysage politique, estime Paula Cristina Roque, de l’université d’Oxford. Le MPLA continuera à gouverner mais avec une marge moins confortable. Il devra alors rendre des comptes aux autres partis représentés au Parlement. »

Le climat s’est tendu ces dernières semaines. L’Unita dénonce, comme en 2008, des fraudes dans la préparation du scrutin. Des heurts ont eu lieu entre ses militants et ceux du MPLA. Les deux principaux partis se sont mutuellement accusés de vouloir fomenter des violences.

La question de la succession du président dos Santos, âgé de 70 ans, est posée. Manuel Vicente, 55 ans, patron de la très puissante compagnie pétrolière Sonangol, est apparu ces derniers mois comme un dauphin potentiel. Nommé ministre par le président, il figure en deuxième position sur la liste du parti pour les élections. Selon les observateurs, le président dos Santos pourrait lui céder la place en cours de mandat. Et ainsi garder la main sur sa propre succession.

(Avec Charlotte Bozonnet)

Repères et dates

Population 19 millions d’hab.

PIB par habitant 4 060 dollars (2011).

Indice de développement humain 148e sur 187.

Espérance de vie 54 ans.

Mortalité infantile 83,5 pour 1 000 (Afrique du Sud : 42,6).

Forces armées 115 000.

Victimes de la guerre civile 1 million de morts.

1961-1975 Guerre de libération contre le Portugal et proclamation de l’indépendance.

1975 Début de la guerre civile entre le MPLA, soutenu par l’URSS et Cuba, et l’Unita, soutenue par les Etats-Unis et l’Afrique du Sud.

1979 Eduardo dos Santos est désigné par le MPLA pour succéder à Agostinho Neto à la tête de l’Etat.

1992 Premières élections pluralistes un an après la signature d’un accord de paix. L’Unita refuse de reconnaître la victoire du MPLA. Le conflit reprend.

2002 Fin de la guerre.

2008 Elections législatives remportées par le MPLA au pouvoir.

2012 Elections législatives.

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