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L'Edito de Guy Gweth

Chaque semaine, le président du Centre Africain de Veille et d’Intelligence Economique (CAVIE) vous entraine dans les arcanes de la géoéconomie et de la géostratégie africaines.

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Cacao africain: les multinationales veulent plus

En ce début 2012, les entreprises alimentaires multinationales se rapprochent des producteurs de cacao, en Afrique subsaharienne notamment, pour suivre le rythme de la demande en chocolat. Les ONG internationales estiment que ces initiatives entraînent souvent des effets secondaires néfastes.

Les géants de l’agro-alimentaire Nestlé et Barry Callebaut l’affirment: l’amélioration des rendements des cultures de cacao, c’est tout bénéfice pour les entreprises, les agriculteurs et les consommateurs. C’est en tout cas une nécessité, avec une population mondiale en expansion rapide, le pouvoir d’achat accru des consommateurs dans les économies émergentes et donc une demande en perpétuelle augmentation.

 Des conditions météorologiques défavorables peuvent aggraver la pénurie de nombreux produits alimentaires de base, conduisant dans certains cas à une flambée des prix. Les méthodes agricoles inefficaces pratiquées dans certains pays ont aussi contribué aux déséquilibres de l’offre et la demande.

 Basé à Zurich, Barry Callebaut, le plus gros fabricant de chocolat du monde, estime que la production mondiale de fèves de cacao (4,25 millions de tonnes en 2010-2011) devrait augmenter d’un quart d’ici 2020 pour répondre à la demande.

Selon ce chocolatier, le plus grand obstacle à une telle augmentation de l’offre en cacao tient aux mauvaises pratiques agricoles dans les pays en développement, qui ont érodé la qualité des sols et des cacaoyers.

Formation continue

Pour assurer un approvisionnement durable en cacao, Barry Callebaut a lancé en 2005 un programme pour améliorer les pratiques agricoles en Côte-d’Ivoire.

 «En Côte-d’Ivoire, les plantations de cacao permettent normalement d’obtenir environ 400 kilos de fèves par hectare, ce qui est inférieur à d’autres parties du monde, précise le porte-parole de Barry Callebaut, Raphael Wermuth. Nous croyons que nous pouvons doubler cette production avec des améliorations très faibles dans certaines des pratiques agricoles de base.»

En plus des programmes de formation, Barry Callebaut a engagé l’an dernier près de 31 millions de francs en prêts sans intérêts pour aider les agriculteurs à acheter de nouveaux produits et des engrais, une stratégie également suivie par ses concurrents.

D’autres sociétés alimentaires suisses, comme Nestlé ou le chocolatier Lindt & Sprüngli, mènent des programmes sociaux en Afrique de l’Ouest avec l’objectif déclaré de sortir les communautés paysannes de la pauvreté.

Les ONG saluent ces développements qui rapprochent les multinationales des agriculteurs locaux, et augmentent la traçabilité des fèves issues des plantations les mieux gérées.

Travail des enfants

Cependant, le problème des enfants contraints de procéder à des travaux dangereux dans certaines plantations inquiète encore des organismes tels que la Déclaration de Berne.

 Bien que les entreprises multinationales aient collectivement accepté en 2001 de mettre fin aux pires formes de travail des enfants, une étude publiée l’an dernier par l’Université Tulane en Louisiane a montré que de nombreux enfants sont encore victimes de la traite et mis en danger en Afrique occidentale.

 «Il est malhonnête de la part des entreprises de communiquer sur leur engagement en matière de responsabilité sociale, tout en omettant d’investir suffisamment dans l’abolition du travail des enfants esclaves, déclare Flurina Doppler, de la Déclaration de Berne. Ils sont beaucoup plus intéressés à assurer leur approvisionnement en cacao qu’à améliorer les conditions sociales.»

 Un avis que partage en partie le consultant James Amoroso: «Ces entreprises ne sont pas des œuvres de charité, assure-t-il. Mais si ces programmes sont appliqués correctement, ils peuvent avoir des effets secondaires philanthropiques pour les agriculteurs locaux.»

«À court terme, il est plus coûteux pour les entreprises de cacao de s’approvisionner directement auprès des agriculteurs locaux, ajoute l’expert. Mais sur le long terme, leur proximité avec les paysans locaux et leur implication dans la qualité de leur production leur donne un avantage concurrentiel.»

 Volatilité des marchés boursiers

Toutefois, James Amoroso est convaincu que les entreprises suisses prennent leurs responsabilités sociales beaucoup plus au sérieux que certains concurrents mondiaux.

 Le géant suisse de l’agroalimentaire Nestlé assure, de son coté, s’être engagé à éradiquer le travail des enfants. Et ce en améliorant la productivité des exploitations en tandem avec des projets éducatifs et de santé en Afrique de l’Ouest dans le cadre de son Plan cacao.

 «Le travail des enfants est un symptôme de la pauvreté», relève Chris Hogg, porte-parole de Nestlé. En améliorant les moyens de subsistance des cultivateurs de cacao, le Plan cacao vise à améliorer les conditions sociales dans les communautés agricoles. Ce qui permet de réduire le travail des enfants.»

 Mais, selon la Déclaration de Berne, la seule façon de vraiment améliorer les moyens de subsistance des agriculteurs est de mieux réguler le commerce mondial des matières premières alimentaires. Nombreux sont ceux parmi les ONG, les entreprises et les politiciens à dire qu’il n’est plus possible de laisser les prix des denrées alimentaires à la merci des spéculateurs boursiers.

Comme le souligne Flurina Doppler: «Avec ce système, il n’y a pas de concurrence équitable parce que les agriculteurs sont impuissants à influer sur les prix.»

AD (avec Matthew Allen et Frédéric Burnand)

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