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L'Edito de Guy Gweth

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Chine-Afrique : les nouveaux enjeux de l’or blanc

Véritable business en Asie, l’ivoire d’éléphant est en passe de devenir une nouvelle monnaie en Chine, un produit de placement très lucratif. Conséquence: le braconnage explose en Afrique où de nouvelles mafias spécialisées prospèrent désormais.

Il a suffi que la Convention internationale sur le commerce des espèces menacées (CITES) lâche un peu de lest en 2009 en accordant à quatre pays d’Afrique australe l’autorisation de vendre une partie de leurs stocks d’ivoire à la Chine et au Japon pour que la tuerie reprenne dans les savanes africaines. Depuis quelques mois, elle s’emballe, notamment en Chine où l’or blanc est devenu un investissement recherché par les personnes fortunées, mais aussi par la frange aisée des classes moyennes.

Effet mécanique: les prix s’envolent. Le coût du kilo d’ivoire est passé en trois ans de 4.500 yuans à 15.000 yuans (environ 2.000 euros), selon IFAW, une ONG britannique de protection des animaux. Forcément, pour fournir un marché aussi porteur, le braconnage explose dans la brousse où les pachydermes tombent comme des mouches.

En février dernier, dans un parc national du Cameroun, 450 éléphants ont été massacrés à l’arme lourde par des groupes de braconniers venus du Tchad et du Soudan. L’argent des défenses prélevées servant à acheter des armes et des munitions utilisées dans les nombreux conflits qui émaillent les pays voisins. Quant à l’ivoire, il file rapidement en Asie via l’Inde, plaque tournante du trafic.

Mieux qu’une devise forte

Et dire qu’il existe depuis 1989 un moratoire qui interdit ce type de commerce ! « Sous la pression de la Namibie, de l’Afrique du Sud, du Botswana et du Zimbabwe où les populations d’éléphants sont encore assez nombreuses, la CITES a estimé que la vente de l’ivoire issu des abattages sélectifs pratiqués dans ces pays permettrait d’affaiblir le commerce illégal et ainsi freiner le massacre des éléphants par l’engorgement du marché.

En fait, c’est exactement l’inverse qui se produit », explique Grace GABRIEL directrice d’IFAW pour l’Asie. Car en Chine, le marché dit légal est une chimère, faute de contrôle. « La forte demande a rendu inopérant le cadre réglementaire chinois instauré pour contrôler de manière stricte le commerce national de l’ivoire, comme l’exigeait la CITES », poursuit la militante. « Sur les 158 installations consacrées au commerce de l’ivoire inspectées dans 5 villes par des experts chinois, 101 ne disposaient d’aucune autorisation délivrée par le gouvernement », ajoute-t-elle. Si de telles « usines » de transformation turbinent à plein régime, c’est bien parce que les débouchés sont là : « le renforcement de la monnaie chinoise face au dollar augmente le pouvoir d’achat des Chinois. Ils convertissent leurs yuans en dollars sur les marchés étrangers où l’ivoire est revendu ». Comme l’or blanc de contrebande s’immisce sans problème sur le marché légal, les trafiquants engrangent des sommes colossales. « En Chine, l’ivoire est devenu une nouvelle monnaie, un placement très lucratif par rapport aux flottements de devises et aux incertitudes des bourses mondiales », ajoute Grace GABRIEL.

Et pendant ce temps en Afrique, des braconniers sont tués en essayant de tuer des éléphants, des rangers sont tués par des braconniers, les mafias prospèrent et des gens sont corrompus ou supprimés afin d’exporter la matière première hors d’Afrique pour l’importer en Chine. Ainsi va la sauvegarde de la biodiversité mondiale.

(Avec Patrice COSTA)

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