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L'Edito de Guy Gweth

Chaque semaine, le président du Centre Africain de Veille et d’Intelligence Economique (CAVIE) vous entraine dans les arcanes de la géoéconomie et de la géostratégie africaines.

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Le nouveau modèle de développement du sud du Maroc

Le nouveau modèle de développement du sud du Maroc

(Africa Diligence) Le Conseil économique et social a dévoilé l’intégralité du nouveau modèle de développement des provinces du Sud. Revue des grandes lignes de ce nouveau visage du sud du Maroc, par secteur et par région. Une rupture totale avec le passé.

C’est une rupture. Une rupture totale avec les mentalités, les modes de gouvernance, le système socio-économique basé sur l’assistanat et la rente. C’est la fin d’une époque, héritée de l’ère Basri. C’est le coup d’envoi d’une normalisation totale des provinces du sud, sur le plan du développement et des mentalités.

Le système a montré ses limites et généré énormément d’effets pervers. La population locale bénéficie de transferts de richesses à partir du nord. Elle a dépassé la moyenne nationale en matière d’indicateurs de développement humain. Elle reçoit d’énormes investissements. Elle est exonérée de nombreux impôts et également de taxes locales. Elle est choyée. Des allocations sociales en nature et en espèces sont versées à une grande partie d’entre elle. Mais elle n’est pas satisfaite.

Le chômage est élevé, il est très élevé par rapport à la moyenne nationale : 15% en moyenne (contre 9% en national), il est alarmant chez les jeunes (28%), les femmes (35%) et les diplômés de l’enseignement supérieur (41%).

La population locale est convaincue que le nord exploite ses richesses alors que le transfert net est très largement en sa faveur. Elle est convaincue et elle constate, parfois (souvent ?) avec raison, que le clientélisme est à la base de l’octroi des autorisations, des licences d’exploitation des ressources locales. Les politiques sociales ne sont pas lisibles, ni la fiscalité.

La justice n’existe que sur le papier puisque les tribunaux ne sont pas facilement accessibles, que la cour d’appel la plus proche est à Agadir, qu’il n’y a pas de tribunaux de commerce.

L’Etat reste le premier investisseur et le premier employeur. L’initiative privée est rare. La population éprouve et exprime des sentiments de frustration, d’injustice, d’impatience, relève le rapport du Conseil économique, social et environnemental (CESE) dédié au nouveau modèle de développement dans le Sud.

Le rapport qui a été réalisé en une année, a nécessité l’audition de 1.500 personnes, de la société civile, des élus, de la population, des autorités, des experts, des opérateurs économiques…

Il est sans concessions. C’est le rapport qu’on aurait aimé avoir avant. Il aurait évité bien des difficultés. Maintenant, il est là, et c’est déjà bien.

Ce rapport a donc été présenté vendredi 8 novembre à Rabat par Nizar Baraka, président du CESE.  Avec cette vision socio-économique et culturelle d’un côté, la régionalisation avancée de l’autre, c’est une page nouvelle qui s’ouvre, pleine de promesses et en tous les cas, crédible et cohérente.

Les chiffres marquants. En 10 ans, doubler le PIB des trois régions concernées (Laâyoune-Boujdour, Guelmim-Smara, Dakhla), y créer plus de 120.000 emplois, réduire de moitié le taux de chômage tout en ciblant particulièrement les jeunes et les femmes, investir 140 milliards de DH entre public et privé, lancer des stratégies sectorielles et enfin faire de la région un hub commercial, logistique et des énergies renouvelables entre le Maghreb, l’Afrique de l’Ouest et les Canaries.

Il s’agira de renforcer l’attractivité de ces régions, de favoriser les initiatives privées, de traduire dans le quotidien les valeurs de transparence, de reddition des comptes et de justice, de créer une dynamique de développement basée sur la démocratie participative.

120.000 emplois en 10 ans. «Cette dynamique d’emploi repose essentiellement sur la valorisation des ressources naturelles, en particulier des secteurs de la pêche et de la transformation des produits de la mer qui sont susceptibles de créer 55.000 à 60.000 nouveaux emplois en 10 ans».

Agriculture et l’élevage : 10.000 à 15.000 emplois.

Mines et énergie fossile et renouvelable: 1.000 à 2.000 emplois. Ce dernier secteur est peu créateur d’emplois directs mais contribuerait fortement à la hausse du PIB régional se répercutant ainsi sur le reste de l’économie (emploi indirects dans les services).

L’emploi dans l’ensemble des secteurs tirés par les ressources primaires progresserait de près de 4% par an.

Services marchands : 15.000 à 17.000 nouveaux emplois.

Bâtiment et des travaux publics : 12.000 à 14.000.

Hôtellerie-restauration : 15.000 à 17.000 nouveaux emplois, soit une croissance de 9% par an.

Très forte demande de services privés dans l’éducation, la culture, la santé de sorte que le poids de l’administration publique dans l’emploi serait ramené à 20% (contre 26% aujourd’hui).

Financements.  La réussite de ce modèle nécessite sur 10 ans une hausse de l’investissement qui atteindrait 140 milliards de DH et serait réalisé par le secteur privé et le secteur public. Pour le financement des grands projets, les partenariats publics/privés devraient représenter 30% de cette croissance, estime le rapport.

Une spécialisation régionale

Chacune des trois régions se spécialisera en fonction de la géographie et des ressources naturelles, selon le rapport :

• Région Laâyoune-Boujdour: pôle économique diversifié, en exploitant les atouts de la région dans le secteur primaire (valorisation halieutique, développement de la filière cameline, du potentiel agricole), en développant un pôle industriel du Sud (transformation du phosphate dans le cadre d’un complexe chimique intégré permettant de produire une gamme élargie d’engrais, production de matériaux de construction), et dans le secteur tertiaire (plateforme logistique et de commerce, pôle touristique et artisanal de niche).

La région consolidera sa place de centre administratif et évoluera vers un hub pour les provinces du Sud et pour l’Afrique subsaharienne.

• Région Oued-Eddahab-Lagouira : un pôle économique en pointe sur la pêche, l’agriculture à haute valeur ajoutée, les énergies renouvelables, le tourisme de niche ainsi que la logistique et le commerce. Elle présente des atouts pour jouer un rôle central dans l’intégration avec les pays subsahariens.

• Région Guelmim-Es-Smara : une région reliant entre le Nord et le Sud du Royaume, dont le développement sera basé sur l’émergence d’une économie sociale et solidaire dynamique et diversifiée (agriculture/élevage, artisanat), sur le tourisme balnéaire responsable et l’offre d’écotourisme d’oasis et de montagne et sur le rattrapage des indicateurs de développement humain et de lutte contre la pauvreté.

Les provinces du Sud bénéficient d’atouts leur permettant de se positionner en pôle majeur de production d’énergies renouvelables notamment éolienne autour des sites de Dakhla, de Tiskrad et Boujdour, de Tarfaya et Akhfennir et Laâyoune, en assurant l’interconnexion de Dakhla en 400 kva au réseau national en perspective d’une connexion au réseau mauritanien.

6 leviers majeurs. Les 6 leviers majeurs préconisés par le rapport pour initier des ruptures sont les suivants :

a. encourager l’initiative privée, qu’il s’agisse du secteur marchand ou de l’économie sociale et solidaire ;

b. refonder la politique sociale et valoriser le capital humain ;

c. promouvoir les cultures, notamment la culture hassanie, comme facteur de cohésion sociale et de développement ;

d. garantir une gestion soutenable des ressources naturelles et protéger l’environnement ;

e. renforcer la connectivité et l’aménagement numérique ;

f. rénover le rôle de l’Etat par une gouvernance responsable.

 Les politiques sectorielles

Les moteurs économiques des provinces du Sud ne peuvent continuer à reposer uniquement sur les secteurs primaires et la dépense publique, souligne le rapport. Ils doivent être renouvelés sur la base d’une meilleure valorisation des produits mais également par la création de pôles de compétitivité et d’excellence.

Les spécificités locales fortes serviront de base pour développer les nouvelles stratégies: pêche, agriculture, mines et hydrocarbures, écotourisme, services et commerce, en synergie avec les acteurs de l’économie sociale et solidaire. Ces secteurs recèlent des potentialités de création de richesse et d’emploi encore sous exploités.

Transformation de la pêche et des produits de la mer. Les provinces du Sud pourraient tirer un meilleur profit du potentiel de développement des secteurs de la pêche et de la transformation des produits de la mer. Pour ce faire, il faudrait ériger ce secteur en moteur économique à travers une plus grande valorisation et exploitation du potentiel, faisant ainsi du territoire non seulement le premier pôle national en capture de produits de la mer (notamment par l’exploitation du stock), mais également en transformation locale par la création de pôles de compétitivité, écrit le CESE.

Laâyoune-Boujdour : l’accent doit être mis sur la modernisation, la montée en gamme et l’expansion du tissu industriel de transformation existant. Dans la région d’Oued Eddahab–Lagouira, le port de Dakhla a tous les atouts pour devenir le premier pôle national pour les produits de la mer à travers la valorisation du stock de pélagiques, qui présente un potentiel additionnel. Enfin pour la région de Guelmim-Es-Smara, il convient de moderniser la flotte et les industries de transformation existantes, en vue d’améliorer la qualité et le potentiel de valorisation des captures débarquées.

Agriculture et élevage. Une agriculture responsable, en adéquation avec les ressources hydriques de la région.

«Sous réserve d’études complémentaires qui doivent être conduites sur l’impact environnemental et le coût économique, le développement du secteur agricole irrigué doit être poursuivi dans des conditions distinctes selon les types d’acteurs considérés. Les coûts de l’approvisionnement en eau doivent être pris en charge par les investisseurs privés. Sera également imposée à ces investisseurs privés une obligation de réserver une partie de leur financement à la connaissance des réserves de la nappe fossile qu’ils prélèvent. En revanche, l’Etat pourra accompagner les activités agricoles développées et mises en œuvre dans le cadre de l’économie sociale et solidaire et octroiera prioritairement les autorisations de prélèvement d’eau issue des nouvelles réserves découvertes à ce type d’activité».

«Les cultures à forte valeur ajoutée (maraîchages destinées à l’exportation) peuvent être développées (développement de la production à Dakhla et déploiement de nouveaux périmètres à Laâyoune, Boujdour et dans la région de Guelmim-Es-Smara). Mais elles méritent d’être encadrées pour conditionner l’accès aux ressources (foncier, eau,) à des exigences de soutenabilité écologique et de respect de l’environnement des populations locales.

Mines. «Le développement du secteur des mines et des hydrocarbures nécessite des investissements importants en amont (phases de recherche et d’exploration), sur de longues durées. C’est pourquoi il convient de renforcer la dynamique enclenchée, en créant les conditions favorables pour un engagement plus large et plus soutenu des investisseurs du secteur, notamment les leaders mondiaux.

«Il est nécessaire également de consolider le rôle clé joué par l’exploitation des phosphates dans la région en approfondissant la connaissance de ses réserves par une prospection qui élargirait la couverture du territoire et en accentuant la valorisation de la ressource sur place. Le programme prévu à cet effet par la filiale locale de l’OCP est en ce sens prometteur. En effet, des investissements miniers importants sont planifiés par l’entreprise (plus de 250 millions USD, dont 40 millions USD de frais de fonctionnement et d’entretien par an), englobant la construction d’une unité de laverie et la mise à niveau du matériel d’extraction.

« Quant à la valorisation de la roche, le plan de développement de l’OCP ambitionne, dans une phase devant se décliner au-delà de 2015, la mise en place d’un complexe chimique intégré permettant de produire une gamme élargie d’engrais (DAP/MAP et TSP). Le montant de l’investissement est estimé à 1,2 milliards USD pour la mise en place d’une plateforme multi-produits».

Tourisme et artisanat. Une meilleure articulation entre l’artisanat et un tourisme ciblé sur des niches écologiques, sportives ou culturelles.

Promotion du tourisme durable de qualité tel que le balnéaire responsable et les niches d’éco-tourisme (tourisme du désert ou oasien, tourisme sportif ou culturel). A côté de quelques projets de grande envergure (ex : Oued Chbika / plage blanche) déjà inscrits au niveau de la vision nationale 2020.

Développer dans les cinq prochaines années un tourisme oasien et de désert dans le secteur Guelmim – Assa – Tata et, à terme, dans l’ensemble de la région de Guelmim-Es-Smara.

Une stratégie de soutien aux projets de micro-tourisme, culturel en particulier, sera développée.

Intégration de l’artisanat traditionnel (tissage, bijouterie) dans les circuits touristiques (intégration de l’oasis d’Asrir aux circuits touristiques) permettra d’assurer un accès à de nouveaux marchés ; la structuration d’une filière moderne de tissage/habillement «Melhfa & Derâa» et le développement des produits dérivés du camelin (maroquinerie, terroir) serviront les besoins du marché régional, national voire international ; enfin la préservation des savoir faire ancestraux (argent, cuir) peut être mise en valeur à travers la création de musées.

Commerce et services. «Clarification et mise en application du cadre fiscal et adaptation du code d’investissement aux spécificités du territoire ; assainissement de la situation du foncier (en particulier à Laâyoune) par l’accélération de l’exécution des décisions de justice et la réservation du foncier pour le commerce et les plateformes logistiques ; création de plateformes logistiques modernes (à Laâyoune, Guelmim et Dakhla) et création d’une filière de formation professionnelle aux métiers de la logistique».

Etudier l’opportunité de créer une zone franche à Birgandouz, comme plateforme de commerce susceptible de capter une part des échanges subsahariens.

Economie sociale et solidaire. Mise en place de dispositifs de financement en adéquation avec les valeurs du secteur ainsi que des mécanismes de formation des ressources humaines.

L’économie sociale et solidaire doit devenir un axe majeur de développement, générateur d’emplois et de revenus, en s’inspirant des meilleurs standards internationaux et en s’appuyant sur les traditions et le savoir-faire local. Les premières expériences ont déjà montré que des activités solidaires peuvent participer à la lutte contre la désertification et au maintien des populations dans les zones oasiennes et montagneuses (à l’instar des exemples d’Assa-Zag et de Tata), par l’exploitation et la valorisation des richesses et des potentialités locales.

Autres activités sociales et solidaires : soutien aux filières traditionnelles (produits du terroir à l’instar des dattes et des cactus, artisanat, élevage camelin, patrimoine culturel), pêche et transformation des produits de la mer – y compris les services associés à la fabrication et à la réparation des équipements – mais aussi dans le domaine de la formation, de l’éducation et la santé.

(Avec B. Berrada)

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