[Africa Diligence] Deux Amériques sont postées aux portes des marchés africains. La première est celle de Barack Obama qui essaye depuis deux ans de mettre les bouchées doubles pour restaurer le leadership économique des États-Unis sur le continent. La deuxième est celle des entreprises pour lesquelles l’Afrique représente globalement moins de 5% du chiffre d’affaire annuel. Curieusement c’est la peur de la Chine qui les fédère.

Lorsqu’il est allé à Johannesburg et à Dakar, il y a deux ans, le président Obama a prévenu que son secrétaire au Trésor ainsi que son secrétaire au Commerce viendraient en Afrique après lui. Ils l’ont fait. Si Guy Gweth, consultant en intelligence économique et fondateur de Knowdys, souligne avec raison qu’Obama est « le président américain qui a le plus snobé l’Afrique », c’est avant tout à cause du très petit nombre de visites officielles effectuées par le 44ème président des États-Unis au continent.

Obama pense néanmoins que l’Afrique est peut-être la prochaine success story de l’économie mondiale, même s’il n’en est pas totalement convaincu. A ses yeux, il existe encore de nombreux écueils structurels à lever pour parvenir à un développement véritablement inclusif. En même temps, le président sent le vent souffler de manière positive pour l’Afrique.

Lorsqu’il analyse les discours successifs de l’actuel président des États-Unis, Guy Gweth en déduit que l’objectif d’Obama est « d’inciter les entreprises américaines à participer à la croissance africaine, en investissant prioritairement dans des sociétés africaines qui se fournissent en équipements aux États-Unis. L’objectif stratégique du président Obama, poursuit le fondateur de Knowdys Consulting Group, est d’injecter des capitaux américains en Afrique pour créer de nouveaux emplois aux États-Unis. »

Le problème, c’est qu’aux Etats-Unis, environ 40% des investisseurs institutionnels ne sont pas prêts à mettre plus de 5% de leurs fonds dans les marchés africains. Guy Gweth, qui est aussi en charge du programme « Doing Business in Africa » à Centrale Paris et à l’EMLyon, explique cela par le fait que « Mis à part des acteurs engagés comme Coca-Cola, General Electric ou IBM, les autres entreprises américaines voient l’Afrique comme une éponge qui absorbe beaucoup d’eau et met trop de temps à transformer cette eau en énergie positive. » Il avoue d’ailleurs que la corruption et l’insécurité juridique sont parmi les principaux facteurs qui effrayent les clients américains que Knowdys accompagne en Afrique, d’où leurs demandes accrues de due diligence.

Les experts intéressés par la question pensent qu’il faut soutenir le développement des marchés boursiers locaux. L’administration Obama penche pour un renforcement du dialogue entre gouvernements africains exemplaires et investisseurs internationaux, ce qui ne laisse pas beaucoup de choix. « Dans tous les pays, souligne Guy Gweth, les opérateurs économiques ont besoin de normes claires et prévisibles, de sécurité juridique et d’un climat des affaires sain. Mais comment bouger les lignes du continent si certains pays comme le Zimbabwe sont exclus ? »

La présence de nombreuses entreprises chinoises, évaluée à près de 2500 par Knowdys Database au 1er mars 2015 inquiète les Américains au plus haut point. L’un des exemples qui vient le plus souvent dans les conversations des analystes new-yorkais est la chinoise Tecno, actuellement la plus grande compagnie de téléphone au Nigeria, un pays délaissé par certains investisseurs à cause des nombreux risques présentés dans les médias.

« Ce qui fait encore plus peur aux stratèges américains, d’après Guy Gweth, c’est que les opérateurs chinois des Télécoms comme Huawei, Tecno et ZTE utilisent l’Afrique et ses 700 millions d’abonnés comme un tube à essai, qu’ils réinvestissent ensuite leurs flux de trésorerie dans la R&D pour être plus compétitifs sur les marchés européens et étasuniens. » Ce danger tend à fédérer les Américains en Afrique et à renforcer l’action engagée par le président Obama.

Au lieu de se contenter des « breaking news », les entreprises américaines semblent de plus en plus disposées à commander des études sérieuses à des agences spécialisées comme Knowdys afin de se faire une opinion plus précise de la réalité et des vrais enjeux des marchés africains.

Linda Marshall

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