Formation Intelligence Economique et Due Diligence L’aversion au risque ou l’étrange darwinisme des marchés africains Innovation : KCG creuse le sillon de la due diligence foncière en Afrique Africa Diligence crée FCV, le Fichier des Clients Voyous

L'Edito de Guy Gweth

Chaque semaine, le président du Centre Africain de Veille et d’Intelligence Economique (CAVIE) vous entraine dans les arcanes de la géoéconomie et de la géostratégie africaines.

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Et ce joug monétaire qu’est la Zone Franc…

Pour notre public africain, j’ai récemment demandé au professeur  Mamadou Koulibaly, président de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire, de nous expliquer ce qui bloque l’avènement d’une monnaie unique et indépendante en Afrique.

Voici la réponse complète de l’agrégé de sciences économiques parue dans le journal de la finance africaine n°100.

« La création d’une monnaie unique et indépendante en Afrique nécessite avant tout de la volonté politique. Le fond du débat sur les choix monétaires en Afrique repose sur la question de la souveraineté des Etats, des peuples et des individus.

« Une monnaie unique est-elle désirable et nécessaire pour les Africains ? Avant de répondre à cette question, il convient de s’interroger sur la souveraineté. Qui, en Afrique, est souverain pour décider en matière de choix monétaires, de choix politiques, de choix stratégiques, de choix publics ?

« Les États-Unis d’Amérique ont une monnaie unique, le dollar, appartenant à cinquante États, reflets des républiques fédérées. Le peuple américain en a décidé ainsi de part sa déclaration d’indépendance et sa constitution. L’Europe, quant à elle, émet et gère l’Euro, la monnaie unique et indépendante adoptée, par référendum de peuples libres et souverains des vingt-sept États qui la composent. Alors que le dollar est dans un environnement à gouvernement fédéral unique, à déficit budgétaire unique, avec un parlement unique, en Europe chaque pays conserve son parlement, son déficit budgétaire et une politique économique autonome. L’expérience nous montre donc qu’il n’y a pas de règle en la matière. Soulignons cependant que le point de convergence entre les deux modèles réside dans le libre choix que les populations américaine et européenne ont été en droit d’exercer à un moment donné pour définir leurs modèles monétaire et politique. Ces peuples sont effectivement souverains contrairement à ceux d’Afrique qui, à aucun moment de leur histoire, n’ont été consultés pour exprimer leur désir. En Europe et aux États-Unis, le fondement de la souveraineté repose sur les populations. Les États reconnaissent, respectent et protègent les droits individuels. Leurs citoyens sont les propriétaires reconnus des terres de ces pays et ils ont la liberté d’échanger leurs propriétés. Ce sont ces titres fonciers qui donnent droit aux nations à leur intégrité territoriale. Le territoire européen est la somme des propriétés foncières des citoyens européens et il existe des marchés libres de la propriété. Est-ce le cas en Afrique ? Non.

« La conception même du pouvoir est différente. Aux États-Unis et en Europe, les gouvernants sont des serviteurs de leurs peuples au nom desquels ils décident dans le strict respect des droits individuels et n’ont de droit que ceux qui leurs sont délégués par leurs peuples, libres et souverains. Les opinions peuvent certes diverger mais ne peuvent s’éloigner du principe fondamental du respect des droits individuels. Est-ce le cas en Afrique ? Non

 » L’Afrique, jusqu’à présent, ne s’est pas montrée capable de relever le défit des droits de l’homme. Ceci explique en partie l’exclusion des pays du continent du cadre de la souveraineté internationale. Les populations demeurent dépouillées au profit des Etats et de ceux qui les dirigent.

« Ces États gèrent jalousement des monnaies nationales ne leur permettant pas d’avoir de système financier capable de soutenir les besoins de financement des citoyens. Les populations coutumièrement propriétaires des terres sont expropriées, dépouillées, réduites à la pauvreté, leurs richesses foncières n’étant pas reconnues et, sans patrimoine, elles ne peuvent exprimer de demande de monnaie.

« Des Etats soumettant leur propre peuple à « l’esclavage » s’enlèvent le droit à l’autodétermination, à l’indépendance et à la souveraineté monétaire. Ils sont alors des cibles faciles et sont considérés par les pays riches de l’OCDE comme des nations hors la loi.

« Toutes les constitutions d’Afrique proclament pourtant que les peuples sont souverains et que cette souveraineté est exercée par les États issus d’élections libres et transparentes. Les citoyens n’ont d’autre liberté qu’un bulletin de vote. Le préalable absolu à la création d’une monnaie unique et indépendante en Afrique est donc la modernisation de nos États et la refonte totale du cadre institutionnel. Tous les enclos de sauvageries politiques, primitives, tribales ou technocratiques permettant de violer les droits individuels doivent disparaître. Les États africains doivent sortir du carcan politique qui fait qu’un seul homme peut décider de façon souveraine d’engager le patrimoine des peuples entiers dans des réseaux maffieux, affairistes et anti-économiques sans qu’il n’ait à rendre de compte à quiconque. Seuls les citoyens, les populations, les peuples peuvent trancher de façon crédible en engageant leur volonté, leurs richesses, ce dont ils sont les propriétaires.

« Lorsque les États africains parleront au nom de leurs peuples alors, la monnaie unique ou la monnaie commune sera envisageable. Lorsque les États africains seront devenus respectueux des droits individuels de leurs populations alors, les autorités monétaires africaines seront indépendantes. Lorsque la souveraineté des États africains les conduira à des monnaies et à des systèmes monétaires libres et transparents, alors les banques centrales ne seront pas aux mains des États et alors l’inflation, les taux de change, les taux d’intérêt seront tels que les opérateurs économiques privés accèderont rationnellement au crédit et que les surliquidités ne serviront plus qu’à financer les déficits des budgets des Etats. Alors la bancarisation sera plus forte pour ne pas dire totale et la croissance avec.

« Retenons que la monnaie unique, sans refonte institutionnelle préalable, conduira à des financements monétaires, des déficits budgétaires avec l’inflation et les dévaluations réelles qui s’ensuivront. Ce n’est pas la monnaie unique qui conduira l’Afrique à l’intégration mais c’est l’ouverture des économies entres elles, sans barrière, qui rendra nécessaire une monnaie unique pour simplifier les échanges et les calculs économiques. La monnaie unique n’est pas compatible avec le système de l’aide internationale qui réduit les États africains à la mendicité pour boucler leurs budgets nationaux. Le modèle des pays africains de la Zone Franc, enchâssés dans le pacte colonial, est l’exemple même de ce qu’il faut éviter dans les projets de mise en place d’une monnaie unique africaine. Il faudra donc une révolution des mentalités et une bonne dose d’audace aux élites des pays d’Afrique pour réussir la mise en place de leur monnaie commune. Les hommes étant naturellement plus réticents au changement, c’est la refonte du cadre institutionnel qui aidera ces dirigeants à rompre avec l’oppression, à reconnaître des droits à leurs populations et à appliquer des politiques favorables au bien être commun. Le régime parlementaire et le scrutin majoritaire à un tour est à notre disposition quand nous nous déciderons à prendre la route de la liberté. »

Mamadou Koulibaly est professeur agrégé  des Facultés de sciences économiques, diplômé de l’université d’Aix-Marseille 3, ancien ministre des finances et actuel président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire.

Président de « Audace Institut Afrique«  un think tank international installé à Abidjan pour initier des réflexions sur le renouveau de la pensée sur la liberté économique et politique en Afrique.

Guy Gweth

Ouvrages du Prof. Mamadou Koulibaly parus en 2009 chez l’Harmattan :

La souveraineté monétaire des pays africains

« Alors que les constitutions africaines proclament la souveraineté de leurs États et de leurs peuples, ils demeurent soumis à la prééminence des contraintes venues de l’extérieur. Les aberrations du système actuel conduisent à des conséquences déconcertantes économiquement telles que des banques accumulent des surliquidités sur des marchés où les entreprises privées et les particuliers manquent d’accès au crédit et où les États trouvent facilement financement. »

Eurafrique ou Librafrique, l’ONU et les non-dits du pacte colonial

« Une nouvelle définition du mot « démocratie » semble prendre forme et se répandre sur tout le continent africain, avec la bénédiction des plus grandes organisations internationales. Doit-on se résigner à une version tropicalisée de la démocratie ? Une démocratie africanisée qui se résume à l’équation: multipartisme + élection = démocratie! En Afrique deux écoles continuent de s’affronter : une sécrétée par les partis uniques qui considèrent que la tutelle de l’ancienne puissance coloniale est nécessaire, et l’autre qui se veut plus émancipée, entendant assumer pleinement l’indépendance. »

Leadership et développement africain, les défis, les modèles et les principes

« Que ce soit dans les entreprises privées ou à l’échelle des nations, le dénominateur commun de la réussite est le capital humain. L’auteur, actuel président de l’Assemblée Nationale de Côte-d’Ivoire, expose les défis et modèles de fonctionnement auxquels est confrontée l’Afrique et partage sa vision du leadership nécessaire à la sortie de la trappe à pauvreté durable dans laquelle les peuples de ce continent se trouvent depuis trop longtemps déjà. »

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