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L'Edito de Guy Gweth

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Ethiopian Airlines ou la stratégie de puissance d’un pays pauvre

Fleuron de l’économie nationale, Ethiopan Airlines a récemment franchi un nouveau palier en acquérant le Dreamliner, dernier-né de Boeing. La stratégie de puissance régionale développée par Addis-Abeba, à travers cette compagnie aérienne notamment, déroute de nombreux analystes, car l’Éthiopie est un pays très pauvre…

168 millions d’euros, environ, c’est le prix auquel Ethiopian Airlines a acheté en août le dernier-né de la gamme Boeing, le 787, dit « Dreamliner ». L’Ethiopie était le second pays à se procurer ce bijou technologique, juste après le Japon. Un symbole supplémentaire de la bonne santé de la société, qui fait partie des principales compagnies aériennes d’Afrique. Un symbole, certes, mais un paradoxe aussi, car, classé au 174e rang sur 187 pays d’après le rapport 2011 sur le développement humain de l’ONU, le pays demeure parmi les plus pauvres au monde.

Avec l’équivalent de 552 millions d’euros de chiffres d’affaires en 2011, une quarantaine d’avions et 69 destinations internationales sur 4 continents, Ethiopian Airlines est un véritable fleuron de l’économie éthiopienne. Et un véritable exemple de réussite d’une entreprise publique, car la compagnie appartient à 100% à l’Etat. Pour Philippe Hugon, spécialiste des questions géopolitiques africaines de l’IRIS, la compagnie, née fin 1945 d’une collaboration initiale avec la compagnie aérienne américaine Trans World Airlines, a contribué à faire de l’Ethiopie une puissance régionale et lui a permis d’être « présent dans l’espace africain. »

Un secteur stratégique

Un développement rendu possible, toujours selon ce spécialiste, par l’action d’un Etat fort, mettant en place de véritables stratégies pour renforcer certains domaines de l’économie. Meles Zenawi, le Premier ministre récemment décédé ou encore le militaire Mengistu Haile Mariam, à la tête de l’Etat de 1977 à 1991, ont bien sûr caractérisé ce type d’Etat.

Un fleuron de l’économie, certes, mais qui révèle toutefois un certain paradoxe. En effet, car malgré une croissance parmi les plus dynamiques du continent africain, l’Ethiopie reste un pays très pauvre. Classé au 174e rang -sur 187 pays- d’après le rapport 2011 sur le développement humain de l’ONU, sa population est régulièrement la proie de famines. Environ 39 % de sa population vit avec moins de 1,25 dollar par jour, selon l’IRIN, un service de la Coordination des Affaires Humanitaires des Nations Unies.

Mais pour Philippe Hugon, il n’y a rien de vraiment très exceptionnel dans ce paradoxe. L’Ethiopie ressemblant en cela à d’autres pays africains, où une minorité ethnique s’accapare le pouvoir au détriment du reste de la population. Un schéma malheureusement assez classique sur le continent.

(Avec Julia Gaulon)

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