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L'Edito de Guy Gweth

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Gaza: un business pour le lobby militaro-industriel

[Africa Diligence] L’accord de cessez-le-feu signé entre Israël et le Hamas a mis un terme, au moins provisoirement, à l’opération « Pilier de défense ». Au-delà des enjeux politiques, ce conflit aura permis à Tsahal de tester l’efficacité d’un bouclier antimissile qui intéresse… la Corée du Sud.

« Iron Dome », ou Dôme de Fer. Le nom rappelle étrangement les projets de guerre des étoiles de l’administration Reagan dans les années 80. C’est pourtant bien sur le territoire israélien qu’est en train de s’illustrer Iron Dome, le système antimissile développé par la société israélienne Rafael pour abattre en vol des missiles de 4 à 70 km de portée. « 853 roquettes tirées de Gaza ont frappé Israël depuis le début de l’opération Pilier de Défense, 412 autres ont été interceptées. Total 1.265″, indiquait récemment le compte Twitter officiel de Tsahal. Ce qui donne un taux de réussite de 32,5%, l’armée israélienne évoquant plutôt le chiffre de 75 à 90%, car le système ne vise que les roquettes se dirigeant vers des zones habitées.

La bande de Gaza, terrain de jeu idéal pour le système antimissile israélien ? « L’opération sur Gaza n’a évidemment pas été lancée pour des raisons industrielles, mais elle est récupérée par le lobby militaro-industriel qui en fait une formidable publicité pour les équipements militaires israéliens, comme Iron Dome, les missiles ou les drones, souligne Pierre Razoux, directeur de recherche à l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire, et auteur de Tsahal : Nouvelle histoire de l’armée israélienne (éd. Perrin). Le groupe Dassault avait un peu bénéficié de la même exposition pour ses Mirage avec les guerres israélo-arabes de 1967 et 1973. »

L’Etat hébreu tente depuis plusieurs mois de vendre l’Iron Dome à la Corée du Sud, qui pourrait ainsi se protéger d’éventuels tirs de missiles conventionnels du voisin nord-coréen. Israël essaierait aussi d’exporter en Corée du Sud et en Inde le système anti-missiles balistiques (longue portée) Arrow 2, développé par l’israélien IAI et l’américain Boeing.

Des champions qui exportent 80% de leur production

De fait, malgré sa population de 7,8 millions d’habitants seulement, Israël est le huitième exportateur mondial d’armement, avec 12,9 milliards de dollars de contrats exports signés entre 2004 et 2011 selon le service de recherche du Congrès américain (CRS). Le dernier rapport au parlement français sur les exportations d’armement mettait même le pays au cinquième rang mondial, avec 5,3% de part de marché. Les champions locaux Elbit Systems, IAI, et Rafael figurent respectivement aux 38e, 41e et 48e rangs mondiaux des groupes de défense du magazine Defense News, avec 8,2 milliards de dollars de chiffre d’affaires cumulé, dont 80% en moyenne réalisés à l’export.

Comment expliquer de tels résultats ? Israël, en état de guerre quasi-permanente, s’est toujours servi de ces opérations pour développer son industrie de défense. Tel Aviv a ainsi été précurseur sur l’utilisation des drones de surveillance, dès la fin des années 70. Israël reste le deuxième acteur mondial du secteur, derrière les Etats-Unis : le Harfang français, utilisé en Afghanistan et en Libye, est un Heron israélien francisé.

« Les groupes israéliens ne conçoivent pas de systèmes d’armes complexes, comme des sous- marins, des chasseurs ou des porte-avions, mais ils se sont concentrés sur des niches, notamment les drones, les capteurs ou les radars », expliquait récemment à Challenges, Bertrand Slaski, consultant à la Compagnie européenne d’intelligence stratégique (CEIS). Parmi les bestsellers israéliens, les drones Heron et Hermes 450, ou encore le missile antichar Spike. « Israël est aussi très fort sur le segment du « retrofit », la modernisation d’équipements militaires », indique Pierre Razoux.

Combien coûte Iron Dome ?

Iron Dome pourrait être le prochain carton commercial sur la liste. Ce système consiste en un radar de détection et de pistage des roquettes, qui transmet ses informations à un système qui évalue les risques pour les zones habitées. Si le risque est fort, l’ordre est donné à une des cinq batteries actuellement installées sur camions – sur treize prévues à terme pour couvrir tout le territoire israélien – de tirer des missiles intercepteurs. Le problème, c’est que le système coûte cher : chaque tir coûterait, selon les estimations, entre 35.000 et 50.000 dollars, pour détruire en vol des roquettes à quelques centaines de dollars. De même, si les tirs de roquettes sont tirés de très près, le système n’a pas le temps d’entrer en action.

Iron Dome n’est d’ailleurs qu’une des trois couches d’un véritable bouclier antimissiles israélien encore en cours de développement. Il traite avant tout les missiles artisanaux Qassam, des missiles Grad ou les Fajr-5, engins de plus longue portée de conception iranienne. La deuxième couche est David’s Sling (la Fronde de David), conçue en partenariat avec l’américain Raytheon pour intercepter les missiles moyenne portée (70 à 250 km). Le dernier étage de la fusée est le fameux système Arrow de défense antimissile balistique (Arrow 2, Arrow 3 étant en développement), conçu par IAI et Boeing. Derrière l’expertise technologique israélienne, le porte-monnaie et la puissance de feu de R&D des Etats-Unis ne sont jamais loin.

« Israël a bénéficié en 2012 d’une aide américaine de 3 milliards de dollars, en plus des divers partenariats industriels avec les groupes américains », souligne Pierre Razoux. Une aide parfois à double tranchant : Washington avait bloqué, en 2000, une vente par Israël d’avions de surveillance AWACS à la Chine et interdit toute exportation qui pourrait concurrencer directement ses propres industriels.

(Avec Vincent LAMIGEON)

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