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L'Edito de Guy Gweth

Chaque semaine, le président du Centre Africain de Veille et d’Intelligence Economique (CAVIE) vous entraine dans les arcanes de la géoéconomie et de la géostratégie africaines.

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Guerre économique: pourquoi et comment la Chine mise sur l’Afrique

Ils construisent des immeubles en Algérie, extraient du pétrole au Soudan, font pousser du riz au Cameroun… En quelques années, les Chinois sont devenus omniprésents en Afrique. Serge Michel, ancien journaliste du Temps et de L’Hebdo, collaborateur au Monde, les a pistés durant plus d’un an en compagnie de Michel Beuret, journaliste à L’Hebdo, et du photographe Paolo Woods. Leur livre, «Chinafrique»*, témoigne de la formidable expansion de l’Empire du Milieu sur le continent noir. Le Temps a interviewé Serge Michel.

-Comment a germé l’idée de ce livre?

Serge Michel: En octobre 2006, j’ai été reçu par le président de la Guinée, Lansana Conté. Il sortait de sa sieste et m’a parlé de la culture du riz, son obsession. C’est là qu’il a mentionné les Chinois, avec une remarque du genre: «Je leur ai donné un champ tout sec et vous devriez voir ce qu’ils en ont fait!» Il comparait leur attitude à celle des Blancs qui, dans son esprit, sont restés des colons qui veulent s’emparer des ressources de l’Afrique sans travailler. Cette idée que les Chinois mettent la main à la pâte impressionne fortement les Africains.

Dans l’antichambre qui menait au président, il y avait d’autres ministres qui m’ont tous parlé des Chinois. Celui des Mines m’a dit: cela fait 40 ans qu’Alcoa, Péchiney et les Russes exploitent notre bauxite et ne font rien d’autres que sortir le minerai, sans le raffiner pour en faire de l’aluminium. Les Chinois, eux, ont construit une mine, un barrage, une route, un chemin de fer, une usine de raffinage, le tout financé par leur banque pour l’import-export. En tant que dernière économie dirigée du monde, la Chine est aussi le dernier Etat à pouvoir aligner de la sorte banquiers et industriels pour réaliser de tels projets.

-Les Chinois auraient-ils trouvé la recette pour faire marcher l’Afrique?

SM: Leur recette, c’est d’amener des ingénieurs payés 500 euros par mois alors qu’un Occidental en coûterait 15000. Là où un Français amènerait sa femme et ses enfants, aurait besoin d’une école internationale, d’une voiture de fonction et de vols réguliers vers l’Europe, le Chinois vient seul, dort dans son usine, sur une paillasse devant ses machines ou pas loin, et fait tous les métiers possibles – ingénierie, achat de pièces détachées, logistique etc. Pour eux, l’Afrique est une terre de promesse, non de ténèbres comme pour beaucoup d’Occidentaux. En Europe, un jeune diplômé de HEC aura envie de travailler à Londres. A quelques exceptions près, l’Afrique ne fait pas partie de son plan de carrière. Mais pour le Chinois, oui, parce qu’il pense qu’il va s’enrichir. Il investit, il prend des risques. Dans notre livre, nous parlons d’une biscuiterie au Nigeria qui n’a jamais été rentable. Les Chinois ont construit un immense hangar et accumulé des stocks de farine considérables. Leurs machines sont compatibles avec la chaîne de production anglaise des années 1950 qui se trouvaient dans l’usine. Leur technologie rustique est parfaitement adaptée aux installations qu’on trouve en Afrique.

Cette présence obéit-elle à un plan visant à s’emparer de ressources naturelles, ou à conquérir une position stratégique?

SM: C’est très difficile à savoir. Mais il y a quelques indices. La carte des investissements chinois recoupe à peu près celle des pays pétroliers. La majorité de leurs capitaux se concentre au Soudan, en Angola et au Nigeria. Le Congo-Kinshasa, avec 13 milliards de dollars d’investissements chinois, est une exception récente, mais il y a tellement d’autres ressources minières là-bas… En 1995, le Parti communiste chinois a donné l’ordre à ses entreprises de sortir du pays et de se mesurer à la compétition internationale. Beaucoup d’entre elles ont choisi l’Afrique, parce qu’elles peuvent y voir leurs concurrents à l’œuvre, les espionner, sans être trop jugées sur la qualité de leurs produits. L’Afrique est un terrain d’essai idéal pour des entreprises qui voulaient devenir globales et qui, un jour, viendront ici.

Deux autres facteurs ont accéléré cette évolution. D’abord, l’exigence de la Banque mondiale que tous les projets dans les pays qu’elle aide soient ouverts à des appels d’offres. Les Chinois gagnaient à tous les coups. Ensuite, les années 1990 ont été un grand moment de moralisme occidental envers les Africains. En 2002, l’Angola a demandé au FMI et à la banque mondiale d’organiser une conférence des donateurs pour sa reconstruction. Ces institutions ont refusé, au motif que le pays était corrompu et pas démocratique. L’Angola s’est donc tourné vers la Chine qui lui a prêté des milliards de dollars. Aujourd’hui, c’est un pays qui a le plus fort taux de croissance au monde – 23% en 2007 – et qui est très courtisé, comme le montre la visite de Nicolas Sarkozy à Luanda la semaine dernière.

En Occident, les Chinois sont parfois considérés comme des sauterelles qui s’apprêteraient à saccager les merveilles naturelles de l’Afrique…

SM: Je n’ai pas vu ça. Au Congo, j’ai vu des compagnies forestières chinoises dépasser leur quota, déborder leur concession, mais ce sont des coupes progressives, de deux ou trois arbres par hectare. Ce ne sont pas des coupes claires. Les Chinois ne sont pas en train de raser la forêt. Le principal problème est qu’ils ne nourrissent pas leurs bûcherons, qui sont obligés d’aller chasser dans la forêt de nuit pour s’alimenter. Cela dit, les compagnies occidentales ont déjà beaucoup coupé avant, donc nous sommes mal placés pour donner des leçons. En fin de compte, c’est aux Africains de savoir s’ils veulent conserver ou faire disparaître leur forêt. Mais les Chinois ne sont pas des sauterelles. Au contraire, ils sont très désireux de bien faire. Si les Africains leur imposent des règles, ils obéiront.

Les puissances occidentales, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, assistent-elles passivement à l’irruption chinoise dans leur ancien pré carré?

SM: Non. Il y a un renforcement global de la présence américaine en Afrique, avec le déploiement militaire dans le Sahara pour lutter contre Al-Qaida et le projet de commandement intégré AFRICOM, qu’ils veulent implanter en Afrique. Le discours des think-tanks à Washington, c’est que les Chinois peuvent être utiles au développement de l’Afrique, mais sur place, on constate que les diplomates américains sont obsédés par ce que font les Chinois et passent la moitié de leur temps à observer leurs activités. Ils sont extrêmement nerveux, même s’ils pensent qu’au fond, la Chine ne fait pas rêver les Africains, qu’elle n’est pour eux qu’un partenaire par défaut et que beaucoup de pays finiront par se tourner vers les Etats-Unis. Ces derniers ont d’ailleurs mis en place des programmes à long terme pour séduire les jeunes Africains.

Quant à la France, si elle a perdu beaucoup de terrain sur le plan économique – son commerce avec l’Afrique est de 55 milliards de dollars par an, contre 70 milliards pour le commerce sino-africain – elle a encore des entreprises très bien implantées comme Bolloré, Total, Bouygues ou Areva. Mais les Chinois sont utilisés pour leur faire peur. Au Niger, par exemple, le gouvernement leur a donné quelques contrats et a expulsé le directeur local d’Areva, ce qui a forcé cette société à doubler le prix de son offre pour un gros gisement d’uranium. Les Chinois ont servi d’épouvantails. Lorsque les Français se maintiennent, c’est souvent à des conditions moins avantageuses qu’avant.

-Est-ce que l’Occident, en redoutant une mainmise chinoise sur l’Afrique, n’est pas en train de se refaire le vieux film du «péril jaune»?

SM: Toute la question est de savoir si les Chinois vont aider l’Afrique à se développer. C’est vrai que la psychose anti-chinoise est forte en ce moment, mais l’Occident a commis tellement d’erreurs en Afrique qu’il faut leur laisser cette chance. La présence chinoise a beaucoup d’aspects positifs. Lorsqu’elle réalise un projet, la Chine paie et construit derrière, ce qui réduit la corruption. Avant, les prix des projets triplaient entre leur conception et leur réalisation: avec les Chinois, ça ne marche plus comme ça. Et puis, il y a les infrastructures. En six mois, la Chine peut envoyer 2000 ouvriers dans un pays et y construire 700 kilomètres de routes. C’est le seul Etat au monde à pouvoir, comme en Algérie, déployer jusqu’à 13000 ouvriers sur un chantier d’autoroute. La Chine a cette dimension, elle est à l’échelle du continent africain, colossale.

* La Chinafrique, Pékin à la conquête du continent noir, Serge Michel, Michel Beuret, photographies de Paolo Woods, Paris, Grasset, 2008.

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