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L'Edito de Guy Gweth

Chaque semaine, le président du Centre Africain de Veille et d’Intelligence Economique (CAVIE) vous entraine dans les arcanes de la géoéconomie et de la géostratégie africaines.

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Comment se passer de l’intelligence économique? Par Nicolas MOINET

Le 11 décembre 2012 s’est tenue une rencontre sur l’intelligence stratégique à l’Assemblée Nationale (française). Cette manifestation inédite était organisée par le Député Jean-Jacques URVOAS, Président de la Commission des Lois de l’Assemblée.

Pour saluer d’emblée cette initiative qui place ce sujet au cœur du débat politique, il nous semble utile de fournir ci-dessous le verbatim des conférenciers qui ont tracé un chemin pour une nouvelle politique publique d’intelligence économique et stratégique. Ce verbatim est personnel et non exhaustif. Il a pour seul objectif que de montrer l’évolution positive d’un discours trop longtemps exclusivement défensif vers une conception plus stratégique et offensive. Enfin !

Jean-Jacques URVOAS, Député et Président de la Commission des lois de l’Assemblée Nationale : « Je vois dans l’intelligence économique un outil au service de la compétitivité des entreprises, de la nation et des territoires. Comment s’en passer ? »

ALAIN ROUSSET, Député, Président de l’Association des Régions de France :
« L’intelligence économique n’est pas un concept abstrait. Elle doit être un état d’esprit faisant l’objet d’une politique affirmée assorti d’une boîte à outils faite de veille technologique, économique, scientifique… mais aussi d’influence pour permettre le développement d’un véritable tissu industriel compétitif.

L’intelligence économique, c’est aussi savoir comment se positionner pour développer des filières. On peut citer l’exemple des énergies renouvelables où la France a pris un retard énorme par absence d’anticipation…

La France a été capable de développer Spot Image, c’est-à-dire les meilleures vues de la Terre. Sauf que c’est Google qui a industrialisé le dispositif (…) C’est Google qui a développé Street View à partir d’une technologie d’un Polytechnicien français. (…) Nous ne savons pas mâturer nos technologies ! (…) L’intelligence économique a un volet culturel important. Il faut que nous soyons capables d’être non seulement un pays d’ingénieurs mais d’y associer les sciences humaines et sociales, d’observer les usages de marché et de pouvoir franchir au bon moment les barrières technologiques…

C’est pourquoi j’ai proposé au Président de la République de créer un Haut-Commissariat à l’Intelligence Economique. (…) On a eu trop tendance à considérer que l’intelligence économique devrait être faite par des sociétés privées. Non pas qu’elles n’aient pas leur rôle mais par définition cela ne permet pas de réarmer la puissance publique. »

BORIS VALLAUD, conseiller du Ministre du Redressement productif:
« Le chantier est d’autant plus colossal que nous évoluons dans un monde d’une incroyable complexité avec quelques traits saillants et inédits avec lesquels il nous faut composer. Parmi ces traits, il y a l’émergence de nouveaux acteurs (…), l’avènement de l’ère du Big Data – c’est-à-dire une ère dominée par une information abondante et immédiatement disponible –, une mondialisation déloyale faite du détournement ou du contournement des règles internationales à des fins de concurrence inéquitable, la contestation de la légitimité des Etats et in fine de la démocratie par les marchés et puis, autre trait marquent, le déplacement du centre de gravité de l’économie mondiale d’Ouest en Est.

Et le redressement productif, quand on dresse ce tableau, est bien plus que le seul redressement de notre industrie. C’est la reconquête de notre liberté et le réarmement de la puissance publique. C’est la remise en ordre d’un monde qui nous a échappé et parfois enchaîné, l’affirmation de nos préférences, de nos choix et, d’une certaine manière, de notre souveraineté. C’est dans ce contexte là que la question de l’intelligence économique ou de l’intelligence stratégique se pose. A cet égard, elle fait partie intégrante de la politique industrielle française… La puissance et le rayonnement d’une nation comme la nôtre nécessite une politique d’intelligence stratégique qui soit structurée, qui soit coordonnée pour gérer un environnement international à notre avantage, détecter et anticiper ses évolutions (…) L’intelligence économique ne se réduit pas à une conception et une acception défensive ou sécuritaire aussi nécessaire soit-elle (…) L’intelligence stratégique doit nécessairement s’appuyer sur une stratégie d’influence qui est devenue inévitablement un élément de la compétitivité de nos territoires et de nos entreprises.
Chantier ouvert dans le cadre du pacte de compétitivité : la marque France. Dans la compétition économique mondiale, la guerre réputationnelle entre les Etats est forte et la France ne peut pas rester à l’écart d’une stratégie de « Nation Branding » ».

CLAUDE REVEL, spécialiste d’intelligence stratégique internationale :
« La concurrence est multiforme, elle porte sur les produits, les services, de plus en plus sur les actifs immatériels (règles du jeu, savoir-faire, recherche, données, image…) et enfin sur des valeurs, des préférences collectives, des modèles. Elle est jouée par une multitude d’acteurs de toutes natures, publics, privés, associatifs.
Il faut jouer cette compétition avec les armes de l’intelligence économique et stratégique en n’oubliant pas qu’en économie ouverte nos concurrents sont aussi nos partenaires. C’est ce qu’on appelle la coopétition, qui implique d’être particulièrement intelligent, en alerte et en action.

Les États doivent impérativement s’adapter à une donne où ils ne sont plus totalement souverains et adopter ces règles de l’intelligence économique et stratégique pour eux-mêmes.

La compétition est dure et complexe, il faut impérativement travailler en amont pour faciliter l’aval. Que de gâchis évité si on avait en amont travaillé la connaissance de la concurrence, la norme, le brevet, l’image…

Tout cela demande un profond et réel changement d’état d’esprit et de culture pour tous les acteurs, publics et privés. Ceux-ci doivent jouer en connivence bien comprise, comme le font nos concurrents qui réussissent. Les entreprises doivent prendre leur part de la défense et promotion de l’intérêt commun, car c’est aussi in fine le leur. L’Etat doit savoir le leur expliquer et adopter lui aussi de nouveaux comportements. Il faut notamment décompartimenter le traitement des sujets sur le fond.

Pour tout cela, il faut une orientation commune légère et musclée, professionnelle, qui fasse faire et ne fasse pas à la place, qui impulse, organise et suive des stratégies mises au point ensemble, avec l’aide de toutes informations utiles y compris des services, et avec un soutien politique total. Ce ne serait rien de plus que ce que font nos concurrents. On pourrait commencer à agir pragmatiquement, sur quelques cas d’intelligence et d’influence, puis étendre la méthode en en tirant des leçons. C’est par petits pas qu’on avance et que finalement on gagne. »

JEAN-LOUIS LEVET, économiste : « Pourquoi un Etat stratège ? L’Indispensable réindustrialisation nécessite un changement radical de perspective : aller vers une industrie forte et bas carbone ; disposer d’une vision intégrée de l’action publique ; permettre la mobilisation de toute la société (…)

Quels sont les freins à un état stratège ? Trois déficits : de stratégie, de prospective et d’évaluation des politiques publiques.

Sur la période récente, la dynamique de l’intelligence économique a été enfermée dans une approche sécuritaire alors que les territoires s’emparent de l’intelligence économique à travers une approche dynamique et coopérative.

Il faut redéfinir les objectifs d’une politique d’intelligence économique à la hauteur des défis d’aujourd’hui : rendre moins vulnérable notre système productif, augmenter notre influence normative et notre pouvoir de négociation, coordonner nos systèmes d’information sur les marchés, pays, et continuer à former…

Un nouveau dispositif d’intelligence économique est nécessaire : un comité national d’IE placé directement auprès du Premier ministre (impliquant la suppression de la délégation interministérielle) qui doit aussi tisser des liens en aval avec le commissariat à l’investissement, et, en amont avec le futur commissariat à la stratégie et à la prospective : telle doit être la feuille de route de la nouvelle politique publique d’intelligence économique. »

En conclusion, Jean-Jacques URVOAS a insisté sur l’importance de replacer l’intelligence économique auprès du Premier ministre, son positionnement à Bercy étant d’autant moins pertinent que la vision prônée ces dernières années a été essentiellement sécuritaire. Ce 11 décembre, une voie a été tracée pour sortir l’intelligence économique de l’ornière. Mais si l’essai a été marqué, il reste encore à transformer. A suivre donc…

Nicolas MOINET

Titre original: L’intelligence économique, comment s’en passer ?

Source : Les Echos

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