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L'Edito de Guy Gweth

Chaque semaine, le président du Centre Africain de Veille et d’Intelligence Economique (CAVIE) vous entraine dans les arcanes de la géoéconomie et de la géostratégie africaines.

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Les pépites et les pipeaux de l’aide au développement

[Africa Diligence] Santé et éducation. Voilà les deux piliers de l’aide publique au développement (APD) des pays occidentaux et, en particulier, de la France. Or, si le développement présuppose évidemment des êtres en bonne santé et instruits, il repose sur des agents économiques doués d’initiative et capables de réaliser leurs projets grâce à des infrastructures mises en place par l’État.

Autant dire que la récente irruption de la Chine sur la scène africaine a secoué les colonnes du temple tiers-mondiste de l’APD après des décennies d’investissements (souvent à fonds perdu) dans la santé et l’éducation. Est-ce la fin du misérabilisme ?

Un bref rappel des faits. Au lendemain des indépendances, jusqu’au milieu des années 1970, les grands travaux d’infrastructures avaient les faveurs des Occidentaux. À travers le continent, des routes et complexes industriels étaient construits avec leur aide. Malgré quelques « éléphants blancs » et des autoroutes transcontinentales aux tronçons inachevés, cet esprit bâtisseur a trouvé un second souffle grâce aux pétrodollars qu’il fallait recycler. Mais vers la fin des années 1970, le tiers-mondisme misérabiliste s’est imposé comme doctrine incontournable. Dorénavant, ce qui comptait en guise de « développement » était la santé des populations et leur degré d’instruction formelle. Comme si la prospérité dépendait en premier lieu de carnets de vaccination et de diplômes.

Le Sida, cause plus porteuse que le palu en Occident

Évidemment, mieux vaut-il être bien portant et sorti des meilleures écoles que d’avoir une santé chancelante et du mal à déchiffrer un mode d’emploi. Mais ce truisme dissimule des faits et des choix cruciaux, qui sont devenus des anathèmes dans notre conversation sur le développement. Pour ce qui est des faits : les investissements massifs en matière de santé se sont-ils révélés productifs ? Oui, dans la mesure où la survie des populations est la condition sine qua non de tout, pas seulement du développement. Non, cependant, si au lieu d’investir dans les soins de santé primaires, on lève surtout des fonds pour faire accroire – par démagogie et pour avoir bonne conscience – que, par exemple, les Africains atteints du sida pourraient avoir les mêmes chances de prolonger leur vie grâce aux antirétroviraux que les malades occidentaux.

À l’arrivée, la lutte essentielle contre la mortalité infantile et maternelle a ainsi été négligée au profit de « causes » plus populaires dans le miroir narcissique de l’Occident. Et encore, malgré des dizaines de milliards dépensés ici plutôt que, par exemple, pour la recherche d’un vaccin antipaludéen, seulement 44 pour cent des Africains ayant besoin d’antirétroviraux reçoivent effectivement leur médication de survie.

Le sida plutôt que l’accouchement médicalisé – comme on le voit, des choix de vie et de mort sont faits sans que cet arbitrage, aux mains de l’Occident, soit exposé sur la place publique. Est-il sensé de dépenser les rares deniers de l’État pour produire une masse de chômeurs diplômés au nom de la liberté de s’instruire dans des filières pour lesquelles il n’y a pas de débouchés au pays ? C’est une autre question gênante. L’Occident a longtemps porté à bout de bras un système éducatif calqué sur ses propres modèles, mais peu adapté aux réalités africaines.

Dans des pays où l’écrasante majorité de la population active gagne sa vie dans le secteur informel, est-il indispensable d’étudier Shakespeare ou Durkheim ? Ne suffirait-il pas d’apprendre à lire, mais alors bien, pour donner l’accès à ces chefs d’œuvre à ceux qui désireront à en bénéficier ? Est-ce que l’histoire de France ou la sociologie sont plus utiles qu’une initiation à l’informatique ?

Éducation, santé : le paradis des frères Castro

Le paradoxe cubain est révélateur d’un trompe-l’œil prétendant que la santé et l’éducation sont l’alpha et l’oméga de toute politique de développement et que de « bons » systèmes d’éducation et de santé génèrent mécaniquement une forte croissance voire le bonheur. La patrie des frères Castro est remarquablement dotée dans ces deux domaines, mais n’en demeure pas moins une usine à chômeurs et à la désespérance sociale.

De nombreux gouvernements africains font aujourd’hui un choix différent. Ils mettent en œuvre une stratégie volontariste d’émancipation, souvent avec l’appui de nouveaux partenaires – pas seulement la Chine, mais, aussi, l’Inde, la Turquie ou le Brésil. Des dizaines de pays à travers le continent, de l’Éthiopie à la Zambie en passant par le Mozambique ou l’Angola, privilégient cette option. Est-ce un hasard si ce sont les zones d’Afrique qui affichent les plus forts taux de croissance, frôlant parfois les 10 pour cent ? En même temps, d’autres Etats, tels que l’Afrique du Sud ou certains pays d’Afrique de l’Ouest, continuent à donner la priorité budgétaire aux programmes sociaux de soutien. La majorité d’entre eux ne génèrent que 2 à 4 points de croissance, soit à peine plus que leur taux de croissance démographique.

Qu’il s’agisse de grands projets routiers, d’investissements dans les télécommunications ou dans le secteur énergétique (pour garantir notamment un meilleur accès à l’électricité, l’une des plaies ignorées de l’Afrique), ces chantiers ont en commun, outre leur finalité d’utilité publique, de générer de l’emploi, directement ou indirectement. Or, favoriser la croissance par de grands chantiers et enclencher ainsi un cercle vertueux, ce n’est évidemment pas une idée nouvelle. Au milieu de la Grande Dépression, et avant même le New Deal du président Roosevelt, son prédécesseur, Herbert Hoover, avait initié le chantier pharaonique de ce qui allait devenir le Hoover Dam, un barrage dont la construction a généré des milliers d’emplois et qui, aujourd’hui, alimente toujours en électricité une grande partie du Nevada et de l’Arizona.

Il n’y a pas, d’un côté, les bons sentiments et, de l’autre, le froid calcul du taux de croissance. Dans la dure réalité d’un pays en développement, le sentimentalisme porté à la boutonnière fait rarement le bonheur du plus grand nombre. En Afrique, où l’économie est au sens propre vitale, les choix politiques ressemblent au triage d’un médecin arrivant sur les lieux d’un accident. Faut-il tenter de sauver le plus grièvement blessé au risque de ne pas y parvenir et avec la certitude de condamner ainsi les blessés légers ? La réponse, qui s’impose, ne se prête pas aux fanfaronnades moralisatrices devant des caméras de télévision. L’éthique des urgentistes n’en est pas moins profondément humaine parce que bénéfique à la majorité et porteuse d’avenir.

(Avec Jean-Yves OLLIVIER)

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