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L'Edito de Guy Gweth

Chaque semaine, le président du Centre Africain de Veille et d’Intelligence Economique (CAVIE) vous entraine dans les arcanes de la géoéconomie et de la géostratégie africaines.

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Influence: comment le Qatar a perdu l’Egypte

(Africa Diligence) Avec la chute de Morsi, le Qatar qui n’a cessé de graisser la patte aux Frères Musulmans égyptiens se trouve affaibli. Pour ne pas dire plus. A peine intronisé, le nouvel Emir a pour lourde tâche de revoir toute la politique d’influence régionale de la pétro-monarchie. 

 « Egypte : le Qatar joue la prudence » peut-on lire dans certaines gazettes. Mais l’Emirat n’en pense pas moins. La couverture des événements d’Egypte par Al Jazeera en est une des preuves. Quatre journalistes égyptiens basés au siège à Doha et 22 journalistes du bureau égyptien de la chaîne ont ainsi posé leur démission dénonçant une « couverture biaisée ». 

Un présentateur de la chaîne a également critiqué les « instructions de Doha qui nous demandent de présenter les Frères Musulmans sous un jour favorable ». 

Car l’Emirat a misé gros sur les Frères Musulmans et c’est sa suprématie sur le Moyen-Orient que Doha joue en ce moment : une suprématie politique et financière patiemment et savamment mise en place à coups de pétro-dollars.

Selon le Financial Times, le Qatar a apporté un soutien financier de près de 8 milliards de dollars, s’affichant comme le principal bailleur de fonds du gouvernement Morsi.

«Le Qatar s’est trompé en Libye,  en Syrie et maintenant risque de perdre des milliards d’investissement en Egypte. Tout cet argent était destiné à acheter un avantage politique. Le Qatar a misé sur le mauvais cheval » ironise un économiste.

Les autres pays du Golfe persique comme les Emirats Arabes Unis, le Koweït ou l’Arabie Saoudite sont beaucoup moins à l’aise avec la montée en puissance des Frères Musulmans impulsée par Doha.

Le Qatar graisse la patte des leaders des Frères Musulmans

Les rivaux régionaux du Qatar ne se sont d’ailleurs pas faits prier pour sortir leur portefeuille et occuper l’espace laissé vacant : l’Arabie Saoudite, les EAU et le Koweït ont promis 12 milliards d’aides au nouveau pouvoir égyptien.  Des pays qui s’étaient abstenus de verser des aides lors de la présidence Morsi.

Si le Qatar adopte désormais une position mesurée sur l’Egypte, les internautes égyptiens n’ont pas oublié qui finançait le régime islamiste et partagent sur les réseaux sociaux des documents (avec noms et signatures) attestant des « subventions » de l’émir aux Frères égyptiens. Depuis la chute de Moubarak, le Qatar n’a pas cessé de graisser la patte des leaders du parti Liberté et Justice, le parti des Frères Musulmans.

Révélé par le site tunisien Kapitalis, un document daté du 28 mars 2013 porte les noms de 15 dirigeants des Frères musulmans qui auraient reçu un montant total de «subventions» de plus de 7 millions de dollars.

Les montants des « dons » atteignent jusqu’à 850.000 dollars pour le Dr Mohamed Baltagi, dirigeant du parti Liberté et justice.

L’Arabie Saoudite reprend la main

C’est toute la politique qatarie de soutien au printemps arabe qui se trouve mise en échec selon l’analyste koweïtien Ayed al-Manaë interrogé par l’AFP, « le Qatar a tenté de prendre le leadership dans la région mais il a outrepassé ses limites en parrainant clairement les Frères musulmans en Égypte, en Syrie et ailleurs dans les pays du Printemps arabe ».

Et la guerre d’influence entre le Qatar et l’Arabie Saoudite, qui soutiennent deux approches différentes de l’islam politique ne fait sans doute que (re)commencer.

Les deux monarchies rivalisent dans les pays du Maghreb, en Syrie, au Liban, au Yémen, en Palestine. Bref, sur tout le territoire du grand Proche-Orient.

Le Qatar, qui accueille sur son sol la plus grande base militaire américaine de la région, n’avait pas apporté qu’un soutien économique et diplomatique aux Frères musulmans égyptiens, soutenant aussi les forces islamistes en Libye, en Syrie, en Tunisie ou encore le Hamas palestinien. Largement de quoi irriter les saoudiens.

L’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis, dont la diplomatie du carnet de chèque est moins tapageuse, ont toujours davantage supporté le maintien ou le retour à un ordre autoritaire, craignant de voir leurs propres pays déstabilisés. Surtout l’Arabie Saoudite n’entend pas laisser le petit Emirat aux ambitions de grande puissance lui disputer son statut de « leader régional ». 

C’est une lourde tache qui attend le tout nouvel Emir du Qatar, à peine assis sur son trône : la redéfinition progressive de la politique d’influence régionale d’un Emirat auquel tout réussissait jusqu’à il y a une semaine. L’onde de choc de la chute des Frères musulmans devrait se faire sentir encore longtemps.

Régis SOUBROUILLARD

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