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L'Edito de Guy Gweth

Chaque semaine, le président du Centre Africain de Veille et d’Intelligence Economique (CAVIE) vous entraine dans les arcanes de la géoéconomie et de la géostratégie africaines.

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L’impact de la crise malienne sur l’économie sénégalaise

[Africa Diligence] Le nouveau rebondissement que vient de connaître la crise malienne annonce de sérieuses perturbations dans l’économie sénégalaise. Une économie très liée à celle malienne surtout concernant les exportations.

L’économie sénégalaise risque de ressentir négativement la crise qui secoue actuellement le Nord Mali, avec notamment l’intervention de l’armée française. Le Mali est, en effet, le premier pays vers lequel le Sénégal fait des exportations. Rien qu’en 2012 le Sénégal a exporté vers le Mali à hauteur de 85 milliards. Ce chiffre n’est pas aussi élogieux comparé aux 94 milliards enregistrés dans la même période de 2011. Cette baisse de 9 milliards rapportée par l’Agence nationale de la statistique dans son Bulletin mensuel de mai 2012 a coïncidé avec l’embargo en Avril. Ce qui a eu comme impact une baisse de 7,3 milliards sur les 9 milliards de baisse des exportations. C’est dire que déjà, en ces moments, l’économie avait déjà commencé à souffrir de la crise malienne. Autre illustration, la part des exportations sénégalaises vers le Mali, est passée de 65,4% en mars 2012, à 60,7% au mois d’avril de la même année. Et malgré le rôle de point de transit joué par le Sénégal dans les 1500 milliards d’exportations maliennes avec la crise ivoirienne.

Le Mali est cependant demeuré la principale destination des produits exportés par le Sénégal avec une part évaluée en moyenne à 62,9% dans le courant du second trimestre 2012 contre 56,3% pour le 1er. Les principaux produits exportés sont le ciment et les produits pétroliers raffinés. En décembre dernier, la Direction de la prévision et des études économiques (Dpee) avait tiré la sonnette d’alarme. Leur note de conjoncture du troisième trimestre 2012 avait fait savoir que la situation au Mali se traduisait par une réduction des ventes locales de moins 11% et des exportations de ciment de moins 5,7% entre les deux trimestres. En glissement annuel, l’activité s’est également contractée de 6%. Par ailleurs, le Mali est un lieu de transit important vers d’autres pays de la zone Uemoa. Son instabilité n’a pas manqué d’engendrer une baisse importante des exportations vers la sous région. Pis, le début des combats va empêcher le Sénégal de contracter de potentiels marchés, mais également d’entrer en contact avec des partenaires économiques dans la sous région.

L’impact qu’elle peut avoir sur l’économie sénégalaise

El Hadji Mounirou Ndiaye et Moubarack Lô sont deux économistes très au fait des relations commerciales entre le Mali et le Sénégal. Des experts de la question économique qui ont livré leurs lectures de la situation actuelle du Nord Mali et ses probables répercussions sur l’économie nationale. Pour le Dr El Hadji Mounirou Ndiaye, le Mali est plus perdant dans cette histoire. «La plupart des importations du Mali passent par le Sénégal. Même s’il faut reconnaître que le Mali dispose d’autres sources et d’autres possibilités d’approvisionnements, mais ces derniers seront perturbés pour tout le moment que va durer la guerre», explique-t-il.

La crise n’aura pas qu’un impact négatif sur l’économie

Dans son argumentaire, l’économiste affirme que le Sénégal peut arriver à en tirer son épingle du jeu. Car, dit M. Ndiaye, «la chance du Sénégal est d’avoir cette ouverture que le Mali n’a pas. Ça va être très difficile pour les Maliens, beaucoup plus pour eux que pour les Sénégalais». Son argumentaire est le suivant : «Si la guerre dure, il y a des institutions de la Cedeao qui vont quitter ce pays pour venir s’installer au Sénégal. Mais aussi des Ong, des associations diverses et même des entreprises. On peut voir ça comme un avantage pour le Sénégal. Et c’est une situation face à laquelle il faut s’attendre, car ces structures ne se sentiront plus en sécurité en terre malienne». Ce qui lui fera dire qu’«avec ces délocalisations vers le Sénégal, des emplois seront créés au détriment de l’économie malienne mais à la faveur de celle sénégalaise». Toutefois, se désole t-il, c’est une chose qui n’est pas très souhaitée dans l’espace Uemoa qui prône un développement harmonieux entre les pays.

Au Sénégal, le tourisme sera le premier secteur qui en pâtira

L’autre économiste, non moins Directeur de cabinet adjoint du chef de l’Etat, Moubarack Lô, pense que l’économie sénégalaise peut bien souffrir de cette crise malienne à cause de ce qu’il appelle «impact indirect». Selon M. Lô, c’est l’image auprès des investisseurs. Car, pour ces derniers, quand quelque chose se passe au Mali c’est toute la sous région qui devient instable. Ces gens ne font souvent pas la différence entre les pays et ils mettent le Mali et le Sénégal dans la même zone du Sahel. Moubarack Lô d’argumenter : «De telles considérations peuvent jouer sur le tourisme mais aussi dans le domaine des infrastructures et des manufactures. Mais l’impact le plus palpable c’est sur le tourisme. Il va enregistrer une perte sèche. N’oublions pas que nous sommes dans la haute saison touristique. Il faudra beaucoup communiquer pour que les gens arrivent à faire la différence entre le Mali», suggère t-il.

Au garage malien, on ne ressent pas encore l’impact

«La crise malienne n’a aucun impact sur la libre circulation des personnes et des biens», c’est le constat fait par le Malien Fanta Mady Coulibaly, responsable d’une compagnie de transport à la gare routière Léopold Sédar Senghor. Pour lui, ce conflit n’empêche pas les voyageurs, de rallier Bamako avec quiétude. Pour le prouver, il dira que d’ailleurs, toutes les compagnies qui y officient, partent chaque jour et reviennent sans difficulté, comme jadis. «Les bus rallient tous les jours la capitale malienne», a-t-il expliqué. Selon lui, le conflit ne concerne que la partie Nord du Mali, et à Bamako, il n’y a pas de problème. Tout le monde y vaque à ses occupations, sans souci», a-t-il conclu. Dans le même sillage, son collègue sénégalais, Modou Diop, apprenti de bus a affirmé qu’il était à Bamako le jeudi et avoue n’avoir remarqué aucune influence sur le comportement des voyageurs. «Donc, je peux vous certifier que l’axe est sûr et que les gens voyagent comme d’habitude, sans aucune pression», a-t-il fait savoir.

Mbaye THIAM

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