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L'Edito de Guy Gweth

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Une machine de guerre économique appelée Exim Bank

[Africa Diligence] Entre aide au développement et diplomatie du carnet de chèques, la banque chinoise d’import-export fait de plus en plus parler d’elle. Sur le continent, elle est même plus active que la Banque mondiale. Une vraie machine de guerre économique.

Alors que la transition politique à la tête de la Chine s’annonce tendue, il est un poste stratégique que se disputent quelques dizaines de prétendants de haut rang : celui de directeur de la banque d’import-export China Exim Bank. Le poste, occupé depuis 2005 par Li Ruogu, ancien économiste du Fonds monétaire international (FMI) et vice-gouverneur de la Banque centrale de Pékin, pourrait échoir à  un patron plus « politique ». Signe que China Exim Bank est désormais bien plus que le robinet à  crédits de l’empire du Milieu.

Selon le quotidien britannique Financial Times, China Exim Bank et China Development Bank (CDB, l’autre responsable des actions de financement de la Chine à  l’étranger) ont ainsi accordé plus de 110 milliards de dollars (plus de 83 milliards d’euros) de prêts entre 2009 et 2010. Vraisemblablement à  parts égales entre les deux établissements. Dans un rapport, l’agence de notation Fitch Ratings estime à 67,2 milliards de dollars les prêts accordés par China Exim Bank à  l’Afrique entre 2001 et 2010. Davantage que la Banque mondiale et ses 54,7 milliards de dollars !

Bras financier

Sur le continent, China Exim Bank est devenue incontournable. L’institution créée en 1994 y réaliserait entre un tiers et la moitié de son activité. Pour la seule année 2012, elle a accordé 500 millions de dollars pour la réhabilitation d’un quartier de Brazzaville détruit par l’explosion d’un dépôt d’armes, 465 millions de dollars pour la construction d’une autoroute au Cameroun, ou encore quelque 130 millions de dollars destinés à  des projets d’électrification au Tchad. Et ce ne sont là  que les prêts rendus publics par une institution connue pour sa relative opacité. China Exim Bank a refusé de répondre à  nos questions. Son rapport annuel ne contient quant à  lui que quelques chiffres très généraux.

Placée sous la double tutelle du ministère du Commerce et de celui des Affaires étrangères, la banque profite des quelque 3 200 milliards de dollars de réserves de change du pays (un tiers des liquidités de la planète) et se positionne comme le bras financier de la diplomatie chinoise. Son objectif officiel ? « Promouvoir les relations économiques et commerciales et développer les relations entre les pays en développement et la Chine. » Son arme ? Des financements distribués très largement aux pays du Sud. L’Afrique profiterait de 45 % des prêts concessionnels accordés par China Exim Bank à  travers le monde, selon Fitch Ratings. « La Chine a une pratique concessionnelle de l’aide au développement, précise le professeur Li Wai, de l’université de Hong Kong. Le cas de China Exim Bank est à  ce titre très révélateur des pratiques de l’État, qui mêle diplomatie, développement et commerce. Ainsi, tous les pays qui entretiennent de bonnes relations diplomatiques avec la Chine se voient offrir une aide et des prêts à  taux zéro. Même ceux qui ont un niveau de richesse par habitant supérieur à  celui de la Chine profitent de cette aide. » En Afrique, China Exim Bank accorde ainsi des prêts concessionnels à  des pays pourtant bien notés, comme la Namibie ou Maurice.

Selon un rapport publié par l’agence Standard & Poor’s, les prêts aux entreprises chinoises exportatrices s’élèvent à  97 % du total des crédits de la banque. Des chiffres que celle-ci ne confirme pas mais qui illustrent parfaitement sa philosophie : aider les intérêts chinois en Afrique. En cette période de crise économique mondiale, o๠le crédit s’assèche notamment en Europe, la généreuse politique de China Exim Bank est généralement la bienvenue.

Comme principale contrepartie à  ses prêts, Pékin espère un accès aux ressources naturelles de ses débiteurs pour assouvir sa boulimie en matières premières. Venezuela, Russie, Brésil, Angola ou Nigeria comptent parmi les plus importantes réserves de la planète et sont parmi les plus gros clients de China Exim Bank. La Chine, usine du monde, a besoin de gaz et de pétrole pour faire tourner son économie. En finançant des raffineries, des routes et des ports en eau profonde pour ses supertankers, elle s’assure un accès aux ressources dont elle a besoin.

L’aide de la Chine s’accompagne également souvent du recours à  sa propre technologie et à  l’arrivée de sa propre main-d’œuvre. Les ouvriers chinois débarquent dans la foulée des lignes de crédit pour construire voies ferrées, autoroutes, aéroports, bâtiments administratifs… On estime ainsi que la plupart des crédits consentis par Pékin comportent une clause prévoyant qu’au moins la moitié des travaux soit effectuée par des entreprises chinoises.

Enfin, les financements de China Exim Bank – tout comme ceux de CDB – participent à  l’internationalisation du yuan voulue par le Parti communiste. La monnaie chinoise, qui n’est toujours pas convertible sur les marchés internationaux – à  quelques exceptions près -, se taille ainsi une place aux côtés du dollar et de l’euro. Quelque 20 % du prêt de 20 milliards de dollars récemment consenti au Venezuela ont ainsi été libellés en yuans, le reste étant financé par les réserves de Pékin en devises étrangères. Objectif : faire acheter des produits et des équipements chinois.

Influence

Pour les pays africains en quête de financements, la solution China Exim Bank est d’autant plus pratique que les prêts de l’institution ne comportent pas, contrairement à  ceux des banques de développement occidentales, des clauses et des conditions multiples : pas de consultant externe, pas d’ingérence occidentale, peu d’études préparatoires, et des fonds débloqués rapidement. Aucune étude enfin sur l’impact environnemental des projets. En d’autres termes, une « diplomatie du carnet de chèques » qui séduit : plus de 90 pays dans le monde bénéficient déjà  des prêts chinois.

En Afrique, China Exim Bank cultive aussi son influence par d’autres biais. Elle serait ainsi l’un des tout premiers actionnaires internationaux de la banque d’import-export africaine Afreximbank, qui a symboliquement tenu en 2012 son assemblée générale des actionnaires à  Pékin. Des liens que d’autres banques de développement opérant sur le continent aimeraient avoir : « Il est clair que nous aimerions travailler davantage avec les grandes banques chinoises actives en Afrique, souligne le président de l’une des grandes institutions financières de développement occidentales. Le souci, c’est qu’elles fonctionnent dans des rapports d’État à  État et qu’elles ne font jamais de cofinancement. »

Pour les Occidentaux, se rapprocher de China Exim Bank aurait un double intérêt : d’une part, muscler le montant de leurs interventions financières en Afrique ; d’autre part, regarder de plus près les méthodes d’une institution qui fait de plus en plus parler d’elle. Pas certain que le futur patron de China Exim Bank soit prêt à cela.

Avec Sébastien LE BELZIC

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