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L'Edito de Guy Gweth

Chaque semaine, le président du Centre Africain de Veille et d’Intelligence Economique (CAVIE) vous entraine dans les arcanes de la géoéconomie et de la géostratégie africaines.

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Intelligence économique: l’oubliée d’Alger, par Abdelhak LAMIR

(Africa Diligence) Pour Abdelhak LAMIR, docteur en sciences de gestion, « la complexité et la dangerosité du monde des affaires exigent une vigilance de tous les instants, des améliorations continues des outputs et des méthodes pour espérer s’en tirer. » Pour lui, l’intelligence économique doit devenir une priorité en Algérie.

LE PROPOS D’ABDELHAK LAMIR

Le concept d’intelligence économique est beaucoup plus proche du terme  «renseignement». Il concerne la stratégie et les méthodes opérationnelles de collecte, tri, analyses et diffusion de l’information économique en vue de son utilisation, tant par les Etats que par les entreprises. L’information est le second facteur clé de réussite des entreprises, précédé uniquement des modes de management des ressources humaines. La complexité et la dangerosité du monde des affaires exigent une vigilance de tous les instants et des améliorations continues des outputs et des méthodes pour espérer s’en tirer. Certains auteurs n’hésitent pas à parler de guerre économique, alors que d’autres utilisent le terme plus édulcoré de rivalités. L’arme de l’information devient un outil d’avantage concurrentiel décisif aux mains des entreprises qui la gèrent convenablement. Au sein des pays développés, les Etats et les bonnes entreprises conçoivent des schémas d’intelligence économique.

L’Intelligence économique en opération

De nombreux pays ont compris l’importance du renseignement économique pour la dynamique de développement. Le Japon investit massivement dans l’intelligence économique depuis plus d’un siècle. Cette activité a été localisée au sein du fameux MITI où se déroule continuellement un intense dialogue entre toutes les parties prenantes (patronat, syndicat, universités, centres de recherche, ONG, décideurs publics, etc.). L’information analysée concerne les technologies, les pratiques managériales, les législations, les politiques publiques, les brevets, au niveau national, mais surtout international. Aux USA, l’Etat mène de son côté des analyses à travers ses institutions spécialisées (CIA) et les entreprises investissent énormément dans la collecte, le tri, l’analyse de l’information. Elles se regroupent également à travers des institutions communes, comme la SCIP (Society of Compétitive Intelligence Professionals). La Suède se distingue également dans ce domaine par des réseaux spécialisés, tels que le BISNES (Business Intelligence and Security Network of Sweden). En France, deux rapports sur l’intelligence économique, commandés par le Premier ministère, ont abouti à créer des institutions sous l’égide de ce dernier.

Elles ont pour mission de sensibiliser, diffuser les bonnes pratiques, booster la formation et promouvoir au sein de l’Etat et des entreprises, des systèmes de management efficaces d’intelligence économique.  Il est difficile d’imaginer les multiples avantages d’un système d’information économique. Il y va de l’avenir du développement économique, de la création de richesses et de l’emploi de milliers de personnes. Un simple exemple suffit à illustrer cette idée. Au début des années quatre-vingt-dix, l’industrie textile tunisienne était aussi menacée que la nôtre par les produits asiatiques. Mais au contraire de l’industrie algérienne, cette dernière faisait de l’intelligence économique. Une délégation d’experts tunisiens fut dépêchée en Asie pour analyser les forces et les faiblesses des industries concurrentes. Les conclusions ne tardèrent pas à tomber. Elles stipulaient qu’il serait inutile de vouloir concurrencer le textile asiatique par le prix. Par contre, l’industrie était peu flexible pour changer fréquemment de styles et ne pouvait satisfaire les segments moyens et haut de gamme. Forte de ces observations, l’industrie tunisienne s’est modernisée et a développé des stratégies de marketing à l’export en direction des segments haut et moyenne gamme. Quelques années plus tard, l’industrie textile tunisienne exportait et créait des emplois. Le textile algérien, public et privé, fut laminé par les importations asiatiques. Plusieurs autres raisons expliquent le succès du textile tunisien avant la révolution. Mais, l’intelligence économique, a été au cœur de son renouveau et de son essor.

Un chantier immense nous attend

Nous n’avons même pas débuté une réflexion nationale sur l’intelligence économique. Quelques tentatives timides eurent lieu. Des séminaires ont été consacrés à la question. Quelques entreprises disposent de structures qui essayent de se spécialiser dans cette activité ou qui font réellement de l’intelligence économique : Sonatrach, Asmidal, etc. Aucune université ne propose une post-graduation en intelligence économique, ce qui est en soi dangereux. La mise en place d’un schéma d’intelligence économique est aussi bien l’affaire des pouvoirs publics que des opérateurs économiques nationaux. Les organisations patronales doivent se saisir de la question. En premier lieu, nous avons beaucoup de hauts conseils qui font double emploi avec les ministères. Il faudrait réfléchir à une profonde réorganisation des structures de l’Etat. Mais nous avons besoin d’une haute instance qui dépende directement de la Présidence ou du Premier ministère pour établir un schéma national d’intelligence économique. En second lieu, il y a toujours le diagnostic à faire : où en sommes-nous ? Il va falloir également se situer par rapport au reste du monde. Certes, le fossé se creuse à vue d’œil, mais nous avons besoin d’évaluer le gap, le mesurer, l’analyser et en comprendre sa mécanique.

Nous devons, à l’instar des pays à tradition d’Etat fort, interventionniste, concevoir un schéma national d’intelligence économique. Une institution bien définie, en haut de la hiérarchie de l’état et très écoutée doit voir le jour. On ne peut pas continuer à errer dans ce domaine comme dans bien d’autres. Elle aura pour mission de concevoir, implanter et auditer périodiquement un système d’intelligence économique national. Elle sera chargée de l’exécuter pour les structures publiques et de sensibiliser les acteurs privés à prendre leurs responsabilités. Ces derniers sont interpellés. Ils ne peuvent pas toujours se déresponsabiliser sous prétexte que les pouvoirs publics n’ont rien fait. D’ailleurs, leur désunion n’honore ni notre pays ni leur image au niveau international. Nous n’avons vu aucune organisation patronale monter une entité d’intelligence économique professionnelle. Dans les pays anglo-saxons le gros de l’intelligence économique est fait par les entreprises elles-mêmes. Mais l’idéal serait que les instances publiques et privées jouent leur rôle et assument pleinement et entièrement leurs responsabilités en matière d’intelligence économique.

Abdelhak LAMIR, PH. D.

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