Le CEO de KCG promu Chevalier de l’Ordre National de la Valeur Due diligence en Afrique : Knowdys renforce la validation de partenaires Innovation : KCG creuse le sillon de la due diligence foncière en Afrique « afriques, Panafrique » : l’immense traité de géopolitique africaine

L'Edito de Guy Gweth

Chaque semaine, le président du Centre Africain de Veille et d’Intelligence Economique (CAVIE) vous entraine dans les arcanes de la géoéconomie et de la géostratégie africaines.

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Ce que la perte du AAA change pour la France

« Trésor national », comme l’affirme Alain Minc, ou simple symbole dont l’importance doit être nuancée ? En privant la France de son triple A sans toucher à la notation maximale dont bénéficie l’Allemagne, l’agence S&P a en tout cas choisi de mettre la zone euro un peu plus sous pression. Décryptage.

Cette dégradation est-elle vraiment grave ?

C’est la question qui divise les experts. De fait, la France n’emprunte déjà plus à des conditions conformes à son triple A depuis plusieurs semaines. Le « spread » – le différentiel de taux – avec l’Allemagne atteignait vendredi soir 134 points de base sur les marchés obligataires. Dit autrement, pour emprunter à 10 ans, l’Allemagne bénéficie aujourd’hui de taux presque inférieurs de moitié à ceux de la France : 1,75% contre près de 3,1%. En novembre, la situation était néanmoins encore plus critique puisque ce fameux « spread » atteignait 200 points de base, un record depuis la création de l’euro.

Les marchés semblaient donc avoir déjà intégré la dégradation de la France. Mais celle-ci ne sera pas indolore pour autant : « Il y aura un impact malgré tout, indirect et diffus » assurait le consultant Norbert Gaillard, spécialiste des agences de notation un peu avant Noël. Et d citer le cas des emprunteurs français notés AAA qui ne le seront plus : « RFF, la mairie de Paris, ou encore la Caisse des Dépôts. Ces emprunteurs devront payer plus cher. » Les banques ? Interrogé vendredi dans Les Echos Frédéric Oudéa, le PDG de la Société générale qui est également président de la Fédération bancaire française se montrait prudent : « Elle pourrait avoir des conséquences sur le secteur bancaire. » Le risque est néanmoins limité selon Norbert Gaillard qui rappelle que les banques françaises ont déjà été dégradées : « Je pense qu’elles ne le seront pas davantage ».

Les agences de notation sont-elles crédibles ?

Les agences de notation ne sont-elles qu’un thermomètre qui mesure les turpitudes des Etats ? Pour la présidence du Medef, elles restent un « thermomètre très utile « . Mais Laurence Parisot les appelle à publier des « commentaires plus professionnels ». De fait, le thermomètre en question a prouvé lors de la crise des subprimes qu’il pouvait prévoir de la neige en pleine canicule : 93% des produits notés AAA en 2006 et 91% de ceux de 2007 ont été dégradés depuis au statut de « créance pourrie » (junk bond).

Une myopie motivée à l’époque par la volonté de gagner des parts de marché à tout prix, quitte à consentir des notations accommodantes : « Les banques clientes étaient encouragées par le management à dénoncer les analystes pas assez accommodants, expliquait ainsi à Challenges mi-2010 Mark Froeba, ancien vice-président produits dérivés de Moody’s. Quand l’un d’eux était réfractaire, Clakson (ex-patron de Moody’s) menaçait de le mettre dehors. »

Sur le risque souverain, le thermomètre apparaît plus fiable. « Depuis la fin des années 80, le seul cas où on est parti d’une note élevée pour tomber dans le défaut de paiement est celui de la Grèce, qui était encore A+ il y a deux ans, détaille Norbert Gaillard. On peut dire qu’il y a dans ce cas un échec relatif des agences de notation, mais rien de comparable aux subprimes. »

S&P avait dégradé la Grèce en novembre 2004. Elle n’a plus rien fait jusqu’à janvier 2009, début d’une incroyable série de sept dégradations jusqu’au piteux CC actuel. L’agence a eu le nez plus fin sur l’Italie, dégradée à deux reprises par S&P avant la crise des dettes souveraines, en juillet 2004 et octobre 2006, passant de AA à A+. Le pays a depuis été dégradé à A en septembre 2011. Le Portugal avait aussi été dégradé assez tôt, en juin 2005 et janvier 2009. Il a depuis été « downgradé » à trois reprises, une fois en avril 2010 et deux fois en mars 2011.

Peut-on réduire l’influence des agences ?

Le vieux serpent de mer de la création d’agences publiques, sous l’autorité du FMI ou de la BCE, semble avoir fait long feu. Même le projet d’agence de notation de l’assureur crédit Coface, porté à bout de bras par l’ancien directeur général Jérôme Cazes, avait été interrompu sine die début 2011 par l’actionnaire Natixis (groupe BPCE). Ce n’était « pas du tout une bonne idée », expliquait à l’époque une source proche du dossier à l’AFP…

La Commission européenne est en train d’élaborer un projet de règlement qui devrait voir le jour en mai-juin 2012. « Ce projet comporte deux axes : accroitre la concurrence dans le secteur, pour ne plus dépendre que de trois acteurs, explique Norbert Gaillard. Au bout de trois ans, on change d’agence et on ne peut pas reprendre la même avant quatre ans. »

Mais la véritable solution serait probablement une « désintoxication » du système financier dans son ensemble à la notation, où chaque acteur (banques centrales, banques, assureurs, hedge funds) reprendrait lui-même l’estimation de ses risques. « Une idée est de retirer le critère des notes des agences des régulations financières, ce qui commence à se faire aux Etats-Unis avec la loi Dodd-Franck, souligne Norbert Gaillard. Mais cela va prendre du temps car il s’agit de détricoter tout le système mis en place depuis des décennies ».

Irène Inchauspé et Vincent Lamigeon, Challenge

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