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L'Edito de Guy Gweth

Pour Vous, tous les 7 jours, je montre comment la surveillance et le décryptage des échiquiers impactent la compétitivité des Etats, des entreprises et des ONG. Découvrez l'éditorial de cette semaine...

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Chine-Afrique : les meilleurs succès de 2011

Vu de Chine, les meilleurs succès de la coopération sino-africaine en 2011 tiennent en quatre points relayés par l’agence Chine Information : l’aide à la sécurité alimentaire durable (1), le renforcement de l’économie africaine face à la crise de la zone Euro (2), la lutte contre le changement climatique (3) et la construction du principal stade de la CAN 2012 au Gabon (4).

1. COOPERATION AGRICOLE POUR UNE SECURITE ALIMENTAIRE DURABLE

En 2011, la Chine a fait un don en céréales à la Corne de l’Afrique, d’une valeur de 443,2 millions de yuans (environ 69,58 millions de dollars). Plus de 13 millions d’habitants y sont touchés par l’une des pires sécheresses que la région ait connues au cours des 60 dernières années, a déclaré le 23 octobre Lu Shaye, directeur général du département des Affaires africaines du ministère chinois des Affaires étrangères. « Il s’agit du plus important don en céréales octroyé aux pays africains par le gouvernement chinois depuis la fondation de la République populaire de Chine en 1949« , a indiqué M. Lu. « Confrontées aux catastrophes naturelles ou à d’autres difficultés particulières, la Chine et l’Afrique se tendent toujours mutuellement la main« , a poursuivi M. Lu.

« Donnez un poisson à un homme, il mangera un jour. Apprenez-lui à pêcher, il mangera toute sa vie ». C’est dans cet esprit que, pour aider l’Afrique à parvenir à une sécurité alimentaire durable, la Chine s’efforce de partager sa riche expérience en matière agricole avec ses frères africains, avec notamment la création de plusieurs centres pilotes pour le développement des technologies agricoles sur le continent africain. Ces centres visent à promouvoir le développement agricole durable et une meilleure utilisation des ressources naturelles pour faire face aux enjeux représentés par la sécurité alimentaire.

A Nanga-Eboko, au nord-est de la capitale du Cameroun, une série de nouveaux bâtiments retiennent l’attention. Démarré au mois de juillet 2009, le Centre pilote d’application des technologies agricoles, un don du gouvernement chinois au peuple camerounais, est prêt à être remis aux autorités camerounaises. « Le centre est dans sa phase de finalisation, il ne reste plus qu’à équiper les différentes salles« , a déclaré le 4 octobre Mme Angélia Ketchajuene, qui joue un rôle clé au ministère camerounais de l’Agriculture et du Développement rural dans les projets de coopération agricole avec la Chine. « Les gens disent que les Chinois sont ici pour labourer leurs champs. Mais quand le centre pilote sera mis en service, ils comprendront que la Chine accorde une grande importance au développement de l’agriculture au Cameroun. C’est un centre destiné à l’expérimentation et à la sélection de nouvelles variétés de cultures, à la formation des techniciens et à la diffusion des technologies agricoles. Nous ferons tout pour qu’il devienne une référence en matière de coopération », explique-t-elle.

« Le centre est chargé d’initier les Camerounais à l’agriculture moderne, et sera le lieu d’un véritable transfert de technologies« , ajoute-t-elle, avant de préciser : « L’agriculture du Cameroun doit passer à la mécanisation, on ne peut plus continuer de nos jours à cultiver avec la houe et la pioche« . Le Cameroun vit une situation paradoxale où, malgré un important potentiel agricole, sur ses 19,4 millions d’habitants, 5 millions sont menacés de famine, selon la FAO.

La Chine a également lancé un projet hydro-agricole à Guiguidou en Côte d’Ivoire, et ouvert un Centre pilote pour les techniques agricoles dans la banlieue de la capitale congolaise de Brazzaville.

2. UN MOTEUR POUR RENFORCER L’ECONOMIE AFRICAINE AFFECTEE PAR LA CRISE DE LA ZONE EURO

Une coopération économique et commerciale renforcée entre la Chine et l’Afrique aidera les deux parties à accélérer leur croissance économique et à résister aux effets de la crise de la dette de la zone Euro, ont affirmé récemment des analystes chinois.

Zhang Jin, chercheuse à l’Institut des études africaines de l’Université normale du Zhejiang (Chine), a indiqué dans un rapport soumis au Forum des groupes de réflexion Chine-Afrique, tenu en octobre en Chine, que les pays africains qui dépendaient fortement du marché européen s’efforçaient actuellement d’élargir leurs relations commerciales avec les marchés émergents, dont la Chine, en raison de la diminution continue des commandes européennes.

La crise de la dette européenne va conduire à une montée de l’inflation en Afrique. La dévaluation du dollar américain et de l’Euro aura de multiples effets sur les pays africains, car le dollar constitue une partie importante de leurs réserves en devises étrangères, a analysé Mme Zhang. « Le marché africain, qui dépend encore largement de l’exportation de produits de base et de matières premières, est peu mature, et donc plus vulnérable à l’instabilité de l’économie européenne et mondiale. Le renforcement de la coopération avec la Chine aidera l’Afrique à résister aux effets d’une telle crise économique« , a-t-elle indiqué.

Avec une croissance globale estimée à 5% pour 2011, contre 4,7% en 2010, l’Afrique poursuit sur une courbe ascendante l’amélioration de sa croissance. Les perspectives s’annoncent tout aussi favorables pour 2012, selon la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA), qui fait état de faibles risques de répercussion de la crise de la zone euro. « Les risques existent. Mais il est possible qu’ils s’avèrent relativement minimes, dans la mesure où la croissance des pays africains est en grande partie portée par la demande en matières premières, demande qui provient surtout des pays émergents« , a récemment déclaré à Xinhua Emile Ahohe, directeur du bureau sous-régional de la CEA pour l’Afrique centrale.

La Chine et l’Afrique ont besoin de coopérer et de promouvoir le développement commun, en dépit des incertitudes qui persistent quant au rétablissement de l’économie mondiale, a déclaré le 9 septembre le ministre chinois du Commerce Chen Deming, au cours du Symposium de haut niveau sur l’Investissement et la Coopération Chine-Afrique organisé à Xiamen, dans le sud-est de la Chine.

Fin 2010, les investissements cumulés de la Chine en Afrique ont atteint environ 40 milliards de dollars, dont 13 milliards de dollars d’investissements directs dans plus de 2 000 entreprises de 50 pays africains, a précisé le ministre.

3. EFFORTS CONCERTES POUR COMBATTRE LE CHANGEMENT CLIMATIQUE

La Chine travaille actuellement sur plusieurs projets d’énergie propre dans plus de dix pays africains, afin d’aider le continent à lutter contre les multiples effets du changement climatique, dont il est l’une des principales victimes, selon plusieurs experts, a annoncé Lu Shaye lors du Forum des groupes de réflexion Chine-Afrique, qui s’est tenu le 28 octobre en Chine. Dans le but d’améliorer la capacité d’adaptation des pays africains au changement climatique, la Chine travaille activement sur pas moins de 100 projets d’énergie propre, dont des projets liés à l’énergie solaire, au biogaz et aux centrales hydroélectriques de taille réduite, a-t-il précisé.

Il a expliqué que la Chine avait élaboré des plans spécifiques adaptés à la situation de chaque pays, et procédé à des études préliminaires portant sur la mise en place de projets dans 11 pays, en particulier l’Ethiopie et le Mozambique. Ces projets doivent débuter dans un proche avenir. Ces 100 projets d’énergie propre ont été suggérés par le Premier ministre chinois Wen Jiabao durant la quatrième conférence ministérielle du Forum de coopération Chine-Afrique (FOCAC) en 2009. Ces projets s’inscrivent dans le cadre des huit nouvelles mesures prises par le gouvernement chinois pour renforcer la coopération sino-africaine.

4.  INAUGURATION DU PLUS GRAND STADE DE LA CAN 2012

Le Stade de l’Amitié sino-gabonaise, financé par un prêt du gouvernement chinois et construit par une entreprise chinoise en moins de 22 mois, a été officiellement inauguré le 27 novembre à Libreville en présence du président gabonais Ali Bongo Ondimba et de l’ambassadrice de Chine au Gabon Li Fushun. Ce stade gigantesque abritera la finale de la CAN 2012, co-organisée par le Gabon et la Guinée équatoriale.

A cette occasion, le ministre gabonais de la Jeunesse, des Sports et des Loisirs, René Ndemezo Obiang, a souligné que cette œuvre était la concrétisation de l’amitié entre le peuple chinois et les peuples gabonais et africains, amitié marquée durant les dernières décennies par d’innombrables réalisations dans tous les domaines.

Le Stade de l’Amitié sino-gabonaise est non seulement le stade principal de la CAN 2012, mais aussi une précieuse occasion pour les jeunes Africains de faire montre de leur talent, d’apprendre à mieux se connaître et de renforcer leur amitié, a souligné pour sa part l’ambassadrice chinoise.

Lors d’une interview accordée à l’agence Xinhua avant la remise officielle du Stade aux autorités gabonaises, la diplomate chinoise a également qualifié de « miracle » cet ouvrage d’une envergure encore jamais vue au Gabon, dans la mesure où il s’agissait d’une « mission presque impossible » en raison de toutes sortes de difficultés, en particulier les délais extrêmement courts.

« En soutenant le Gabon dans la réalisation d’un stade moderne destiné à héberger la finale de la CAN 2012, la Chine a contribué à satisfaire les besoins immédiats du peuple gabonais, et plus généralement des peuples africains. Cette réalisation souligne une fois de plus la philosophie de la Chine en matière d’aide aux pays africains : nous prenons à cœur les besoins des peuples africains, nous voulons leur apporter des avantages réels et tangibles« , a-t-elle noté.

« Vous voyez l’arc métallique qui recouvre les tribunes du Stade? Il est long de 320 mètres, c’est le plus long de tous les stades d’Afrique. Dans cet arc, je vois un pont entre le peuple chinois et les peuples africains, un symbole de leur amitié« , a affirmé la représentante chinoise.

*

Ci-dessous, l’interview exceptionnelle accordée le 1er décembre 2011 par Lu Shaye, directeur général du département Afrique du ministère des affaires étrangères chinois, au journal Jeune Afrique.

Le « Monsieur Afrique » de Pékin accorde sa première longue interview à la presse internationale. L’occasion de présenter la stratégie de son pays, mais surtout de répondre aux critiques des Occidentaux, qui dénoncent une « Chine prédatrice » et peu soucieuse des libertés sur le continent.

Imposante bâtisse située sur l’une des principales artères de Pékin, l’immeuble du ministère chinois des Affaires étrangères fait face au siège, presque aussi imposant, de Sinopec, l’une des deux grandes compagnies pétrolières et gazières de Chine. Faut-il y voir un signe ? La politique étrangère de l’empire du Milieu n’est-elle pas principalement guidée par la nécessité d’assurer les approvisionnements énergétiques ?

De fait, au terme d’une inexorable poussée, la Chine est devenue en vingt ans le premier partenaire commercial de l’Afrique, devant les États-Unis et la France. De quelques centaines de millions en 1990, les échanges ont atteint 129 milliards de dollars (97 milliards d’euros) l’année dernière. Pékin a troqué ses habits d’idéologue pour revêtir ceux de commerçant. Le Palais des congrès de Yaoundé, le nouvel hôpital de Bangui, le Sénat à Libreville, le gazoduc du Mozambique, le barrage d’Imboulou, au Congo-Brazzaville, le grand théâtre de Dakar… Les raisons du succès sont manifestes. Non-ingérence, réciprocité des intérêts, aide sans conditionnalité, projets fournis clés en main… La recette fait des merveilles. Mais elle agace et inquiète, aussi.

Cette féroce compétitivité est surtout guidée par un appétit insatiable en pétrole et s’accompagne d’une diplomatie peu regardante, dénoncent en cœur les Occidentaux, adeptes depuis peu de la bonne gouvernance et qui constatent, amers, une perte d’influence indexée sur les parts de marché.

Mardi 18 octobre, nous avons rendez-vous avec l’un des principaux décideurs de cette politique chinoise sur le continent. Lu Shaye, 47 ans, est à la fois directeur général du département Afrique du ministère et secrétaire général du Forum de coopération Afrique-Chine (Focac, conférence ministérielle qui se tient tous les trois ans et dont la dernière édition a eu lieu au Caire en 2009).

Un jeune diplomate nous attend à la porte principale du ministère, gardée par des militaires figés dans un impeccable garde-à-vous. Il nous fait pénétrer dans un monumental hall d’entrée décoré d’un relief représentant quelques œuvres emblématiques de la culture chinoise, avant de nous installer dans une élégante salle de réunion – le salon no A 0218 – située au rez-de-chaussée.

À 14 heures précises, Lu Shaye nous y rejoint escorté de deux de ses collaborateurs, qui ne desserreront pas les dents mais prendront beaucoup de notes au cours de l’entretien. Bien que parfaitement francophone, le haut diplomate préfère – par souci, dit-il, de précision – s’exprimer en chinois, quitte à reprendre, à deux ou trois reprises, son interprète.

Lu Shaye se plie à l’exercice avec bonne volonté, précisant d’emblée qu’il acceptera de répondre à toutes les questions, y compris les plus gênantes ou les plus personnelles, et acceptant d’être enregistré – fait qui mérite d’être souligné. Plus surprenant encore de la part d’un haut dirigeant, il ne demande pas à relire l’entretien avant publication. Entre deux gorgées de thé vert, il s’offre à nos questions.

Jeune Afrique : Avec quels pays d’Afrique la Chine n’entretient-elle pas de relations ?

Lu Shaye : Aujourd’hui, cinquante pays, y compris le Soudan du Sud, entretiennent des relations avec la République populaire de Chine. Seuls quatre pays n’en ont pas : le Swaziland, la Gambie, São Tomé e Príncipe et le Burkina.

En refusant d’avoir des relations avec ces quatre pays qui ont reconnu Taiwan, la Chine ne remet-elle pas en question le principe de non-ingérence ?

En ayant des relations avec Taiwan, ce sont ces pays qui s’ingèrent dans les affaires intérieures de la Chine. Selon le principe d’une seule Chine, nous ne pouvons pas avoir de rapports avec eux.

Peut-on encore parler de non-ingérence lorsque les relations avec la Chine deviennent un enjeu électoral majeur dans certains pays ? La Chine a par exemple menacé de se retirer de Zambie si le candidat Michael Sata était élu en 2006…

En effet, j’ai lu des reportages réalisés par des médias occidentaux. Ils ont vu une menace de retrait du pays sans en voir la cause. En 2006, le candidat Sata menaçait de renouer des relations avec Taiwan, la Chine a donc répondu que dans ce cas elle serait obligée de se retirer de Zambie. Ajoutons que Michael Sata est à présent le nouveau chef de l’État, après sa victoire en septembre dernier, et qu’il a renoncé lui-même à cette idée de relations avec Taiwan.

Laissez-moi vous rappeler ce que nous appelons « non-ingérence ». Tous les pays sont en principe souverains et égaux. En réalité, il est facile pour les grandes puissances de s’ingérer dans les affaires des pays pauvres, faibles, petits, et de les malmener. Voilà pourquoi elles fustigent le principe de non-ingérence.

On a accusé la Chine de maintenir des liens avec des autocraties africaines en fermant les yeux sur les droits de l’homme et la démocratie. Mais cette année on a vu des pays occidentaux disqualifier des régimes, ceux de Moubarak et de Ben Ali, par exemple, dont ils étaient pourtant les alliés. Ainsi en est-il de Kaddafi : il n’était pas l’allié de la Chine, en revanche il était l’ami de beaucoup de dirigeants occidentaux.

À propos de la Libye, lorsque les troubles ont éclaté, le principe de non-ingérence a empêché la Chine de prendre une position claire. Lors du vote de la résolution de l’ONU, en mars, elle n’a ni approuvé ni mis son veto. Qu’attendait-elle pour se déterminer ?

La Chine prend position selon sa propre appréciation des choses : nous considérons que c’est le peuple libyen qui doit décider de son avenir. La Chine n’a pas approuvé la résolution de l’ONU, car elle craignait qu’elle soit source d’abus de la part d’autres puissances qui auraient cherché à s’imposer en Libye. Ce genre de scénario était d’ailleurs sous-jacent dans le texte proposé. Nous n’avons pas mis notre veto pour autant, car cette résolution était parrainée par la Ligue arabe. Mais la Chine s’oppose toujours à l’ingérence dont font preuve certains pays, notamment au moyen de la force.

Ne devient-on pas finalement complice de gouvernements ayant des agissements criminels ? Certaines populations africaines attendent peut-être de la Chine qu’elle intervienne davantage face à leurs dirigeants.

Je pense que les pays africains ne souhaitent pas que l’on intervienne dans leurs affaires, que cela soit la Chine ou n’importe qui d’autre. Certes, et on l’a vu cette année lors des événements dans le monde arabe, il existe dans chaque pays des factions qui demandent une aide occidentale pour renverser des gouvernements. Mais une fois au pouvoir, ces factions-là ne souhaitent plus du tout que le monde extérieur s’ingère dans leurs affaires. Cette année, les Occidentaux ont subitement soutenu certaines d’entre elles alors qu’elles demandaient le changement depuis bien longtemps déjà. Aujourd’hui, les Occidentaux se targuent de soutenir les revendications des peuples d’Afrique du Nord, mais où étaient-ils avant ?

La Chine a-t-elle renoncé à apporter au monde un modèle de société ? Ses motivations sont-elles devenues exclusivement commerciales ?

Les relations entre la Chine et l’Afrique ne sont pas exclusivement commerciales, elles englobent des questions politiques, économiques, sociales et même culturelles. Il faut reconnaître cependant que notre diplomatie a beaucoup évolué ces cinquante dernières années. Dans les années 1950-1960, la Chine pensait que son modèle pouvait s’exporter en Afrique. Elle a donc accordé un soutien aux pays du continent dans leur quête d’indépendance ainsi qu’une aide économique unilatérale afin qu’ils réalisent des projets productifs tels que des sucreries, des usines de textile, des brasseries, et qu’ils mettent sur pied un système d’économie nationale.

Avec le lancement de la politique de réforme et d’ouverture, en 1979, le développement rapide de notre économie et le besoin en ressources naturelles, le commerce s’est accru rapidement. La Chine a mis en place un nouveau système où elle tient compte des besoins de ses partenaires et réalise des projets d’infrastructures en échange d’un accès aux matières premières. Les deux parties sont gagnantes dans cet échange. En dépit de l’attrait qu’exerce aujourd’hui le modèle chinois, nous ne pensons plus qu’il soit universel. Nous pensons désormais que chaque pays doit choisir son modèle de développement en suivant les conditions nationales et la tendance de l’époque.

Les investissements chinois en Afrique sont très concentrés sur quelques pays et secteurs. Contribuent-ils vraiment au développement du continent ?

Seuls les Occidentaux font ces remarques. Quand je rencontre des Africains, dirigeants, chercheurs, gens ordinaires, ils se montrent plutôt favorables à la coopération sino-africaine. Ils savent que les bénéfices apportés sont plus nombreux que les inconvénients. Vous évoquez notamment la concentration des investissements dans les pays riches en matières premières. Certes, mais tous les pays vont là où il y a des ressources naturelles.

Et la Chine n’a pas oublié pour autant les pays pauvres. Il n’existe pas un endroit en Afrique où la Chine n’ait pas investi et réalisé des projets. Nous avons même des projets aux Seychelles. Prenons aussi l’exemple du Sénégal, qui a peu de ressources naturelles. Après le rétablissement des relations diplomatiques entre Pékin et Dakar en 2005, nous y avons bâti le plus beau théâtre du continent africain, rénové le réseau électrique de la capitale, réaffecté onze stades régionaux. Nous avons aussi envoyé deux groupes d’agronomes pour aider à cultiver du riz et des légumes, ainsi qu’une équipe médicale. Voilà ce que nous avons fait en cinq ans ! Aucun autre partenaire n’en a fait autant. On peut aussi prendre le cas de la Centrafrique, qui n’a pas de ressources connues à part la forêt. Ces dernières années, nous y avons construit un stade et le plus gros hôpital de Bangui, entre autres.

On a beaucoup dénoncé les salaires et les conditions de travail sur vos chantiers en Afrique, ainsi que la concurrence déloyale faite aux entreprises africaines et occidentales.

La Chine est compétitive car elle propose des projets à bas prix. Ces conditions sont avantageuses pour les gouvernements africains. Cela peut-il porter préjudice aux entreprises locales ? Cette question commence à nous préoccuper, même si nous pensons que la concurrence chinoise peut, à moyen terme, aider les entreprises locales à devenir plus compétitives. Quant aux accusations à l’encontre des conditions de travail, elles sont injustes. Nul doute que les ouvriers chinois sont traités de façon plus dure que les occidentaux, car ils n’ont pas peur de travailler sans relâche pour nourrir leur famille. Ils travaillent en relais, afin que les projets avancent très vite.

C’est à ce prix que nos entreprises sont compétitives. Elles dépensent très peu d’argent pour la main-d’œuvre : 95 % des budgets sont affectés aux travaux, tandis que les sociétés occidentales en dépensent 80 % pour le confort de leurs équipes.

Malgré tout, les groupes chinois respectent le droit du travail et les minima salariaux dans les pays où ils sont implantés. Il se peut que certaines petites entités dérogent à la réglementation du travail, mais cela n’est pas le résultat d’une volonté politique. Ce sont des dérives individuelles que nous ne pouvons contrôler.

Par ailleurs, nos entreprises rémunèrent moins que celles des pays développés car leurs réalités nationales diffèrent. La Chine est encore un pays en développement. Reprenons le cas de la Zambie, où les employés des mines réclamaient une hausse de salaire. Ils gagnent près de 800 dollars par mois si l’on compte les primes, soit l’équivalent de 5 000 yuans. Ils demandaient à être augmentés de 400 dollars. En Chine, 5 000 yuans, c’est le salaire moyen à Shanghai, la ville la plus développée du pays, ou encore le salaire d’un col blanc. Pour un ouvrier du bâtiment à Shanghai, le salaire est plutôt de 2 000 yuans. Et si on ajoutait les 400 dollars revendiqués, on arrivait à mon salaire de diplomate ! Vous pensez vraiment que c’était réaliste ? Il est naturel d’améliorer les conditions des travailleurs dans le monde, mais tous les gouvernements doivent le faire en prenant en compte leurs conditions nationales.

Autre accusation, on dit que des Chinois seraient à la tête de réseaux de prostitution, que le gouvernement envoie des détenus pour travailler sur les chantiers en Afrique…

Ces inquiétudes attirent toute mon attention mais sont infondées. Prenons la question de la prostitution : il y a peut-être des cas, mais ils ne reflètent pas la coopération sino-africaine. Ce sont des activités délictueuses dont des ressortissants de nombreux pays sont coupables. Quant aux détenus qui seraient envoyés en Afrique en cours de peine, c’est un mythe !

On reproche aussi au « made in China » d’être bon marché mais de mauvaise qualité…

Chacun sait que certains produits chinois exportés sont jolis mais pas durables. Il ne faut pas en conclure de façon simpliste que tous les produits chinois sont de mauvaise qualité, mais plutôt se demander pourquoi nous en sommes arrivés là. Les Africains ont un pouvoir d’achat encore très bas, et ils aiment les produits bon marché. Or le prix reflète bien la qualité… Les marchands africains veulent les produits les moins chers pour leurs clients, au détriment parfois de la qualité.

Le gouvernement chinois, qui accorde une grande importance à ces questions, a lancé une vaste campagne d’inspection de la qualité pour les produits d’exportation. Nous avons cependant besoin du soutien des États où ces produits sont exportés. Or les douanes africaines et autres autorités gouvernementales ne sont pas assez efficaces et ne font pas toujours leur travail.

L’agriculture est en train de devenir une priorité pour la Chine en Afrique. Certains s’inquiètent de l’impact de vos investissements sur les structures agricoles locales, et donc sur la sécurité alimentaire.

L’objectif de la Chine est de contribuer à l’amélioration des rendements et de la sécurité alimentaire. La Chine n’a jamais pris un seul grain de céréale à l’Afrique ! Au Malawi, nous avons par exemple développé un projet cotonnier qui a permis d’assurer la survie de 50 000 familles. Au Sénégal, au Burkina, au Mali, nous avons des entreprises spécialisées dans les céréales.

Certains médias accusent les fermes chinoises d’occuper le marché local. Certes, elles sont très compétitives, mais elles répondent aux besoins alimentaires de la population locale. Les Occidentaux accusent aussi la Chine d’accaparer des terrains sur le continent ; c’est faux. Les pays occidentaux, eux, ont obtenu trente millions d’hectares, soit l’équivalent de la moitié de la superficie de la France. Ils ne se servent pas de ces terrains pour l’alimentation des Africains, mais pour produire des biocarburants. C’est le cas du Royaume-Uni, par exemple. La Chine ne fait pas de biocarburant. Notre coopération agricole repose sur trois points : la construction d’infrastructures, la formation du personnel et le renforcement technique, accompagné d’un transfert de technologie.

Les ventes chinoises d’armement demeurent opaques et on accuse Pékin d’inonder le marché africain d’armes légères. Le cas du cargo An Yue Jiang * accrédite ces accusations…

Le commerce d’armes entre la Chine et l’Afrique obéit à des logiques très transparentes et répond à trois critères : il doit favoriser l’augmentation des capacités d’autodéfense du pays bénéficiaire, ne pas porter atteinte à ce pays et répondre au principe de non-ingérence. Nous œuvrons donc avec une grande prudence. Toutes les exportations d’armes se font en conformité avec les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU, la loi chinoise et les règlements internationaux. Nous demandons aux pays acheteurs de s’engager à nous fournir des certificats d’utilisation finale.

Le cas An Yue Jiang est simple : une vente normale d’armes est devenue un sujet de tapage à cause des Occidentaux. Ils cherchent à désorienter l’opinion publique. La Chine n’est pas responsable de la quantité importante d’armes légères que l’on trouve en Afrique. La plupart d’entre elles sont de fabrication occidentale. Les jeeps conduites par les rebelles libyens sont de marque Toyota ; avez-vous vu un seul véhicule chinois ?

Combien de Chinois résident en Afrique aujourd’hui ?

Nous n’avons pas de statistiques précises  : il est très difficile de recenser les Chinois, car beaucoup ne se déclarent pas auprès de nos ambassades. Nous savons seulement qu’il y en avait 30 000 en Libye : en effet, nous avons dû tous les rapatrier cette année, avec l’aide de l’armée ! En dehors de ce cas, nous ne disposons d’aucun chiffre fiable.

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* En avril 2008, les dockers sud-africains du port de Durban refusent de décharger la cargaison du cargo An Yue Jiang, transportant des armes chinoises à destination du Zimbabwe. On craint en effet que celles-ci ne soient utilisées par Mugabe pour réprimer ses opposants à la suite d’élections contestées.

Propos recueillis à Pékin par Jean-Louis Gouraud avec Clara Arnaud

 

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