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L'Edito de Guy Gweth

Chaque semaine, le président du Centre Africain de Veille et d’Intelligence Economique (CAVIE) vous entraine dans les arcanes de la géoéconomie et de la géostratégie africaines.

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Intelligence financière 109 : Enquête sur le business de Walter Butler

(Africa Diligence) Walter Butler est un remarquable spécialiste du « retournement ». Son business : reprendre des entreprises en difficulté et les restructurer pour les revendre. Jusqu’ici tout allait. Mais son échec avec Virgin a semé le doute sur la perspicacité de cet investisseur et sur la solidité de son fonds. A tort ? A raison ? Enquête sur le business de Walter Butler.

Dans le calendrier chinois, 2012 fut l’année du Dragon d’eau. Le financier Walter Butler, qui a pris deux bouillons, en sait quelque chose. En janvier, il était contraint de mettre Sernam en redressement judiciaire. Un an plus tard, c’est au tour de Virgin. Deux entreprises dont il est propriétaire. « Butler, assume tes erreurs », scandaient les salariés de Virgin, inquiets pour leur emploi. Le grand public découvrait alors le nom de cet investisseur discret et puissant, actif depuis vingt-cinq ans dans le « retournement ». Un métier d’urgentiste consistant à reprendre des entreprises en difficulté, à les restructurer et à les revendre.

Sous l’œil d’un féroce milieu

Il n’en fallait pas plus pour que les mauvaises langues se délient dans le microcosme féroce du private equity. « Tout le monde sait qu’il ne trouvera plus d’investisseurs », assène un concurrent. « Il se délocalise au Royaume-Uni, son fonds en France est planté », persifle un autre. Plusieurs pointures ont récemment quitté le fonds. Car la rumeur prospère vite dans ce métier à haut risque. Le premier fonds de Walter Butler, levé en 1998, avait par exemple démarré par l’éclatement d’un énorme LBO – celui sur Autodistribution – mis au tapis par une fraude.

Les bureaux de Butler Capital Partners (BCP) ne portent pourtant pas les cicatrices d’un business en danger. Situés dans un somptueux immeuble sur les quais de Seine, cours Albert-Ier, ils sont l’héritage de l’un de ses premiers coups fumants: le rachat à Axa d’un portefeuille immobilier. Walter Butler ne cille pas quand on lui demande s’il se sent décrédibilisé auprès d’investisseurs potentiels. « Compte tenu de notre expérience unique et des opportunités, nous ferons un nouveau fonds quand nous le voudrons. » Et de sortir fort à propos une lettre d’intérêt reçue d’un fonds de pension américain pesant 90 milliards! Argument essentiel, son précédent fonds avait terminé avec un taux de rendement interne (TRI) annuel de 15%. « Rien ne presse, nous avons beaucoup à faire avec nos participations », précise-t-il.

Aujourd’hui, le fonds qui abrite Virgin, France Private Equity III (FPE III), date de 2005. Avec 325 millions d’euros, il a représenté la plus grosse collecte des fonds européens de retournement en 2005, quand l’argent coulait à flots et que ce créneau était à la mode. Investi dans six entreprises, FPE III recèle quelques pépites qui compensent les 30 millions perdus dans Virgin. Adit, par exemple. Référence auprès de tous les grands exportateurs français, l’agence d’intelligence économique a été reprise en 2011 par BCP lors de sa privatisation. « L’Ebitda a depuis doublé, à près de 4 millions », affirme son patron, Philippe Caduc. Les acquéreurs se bousculent déjà au portillon pour une cession prévue en 2016. Walter Butler devrait tripler sa mise, qui était de 20 millions.

Une opération exemplaire

Autre participation dont Walter Butler se dit « très fier »: le réparateur et recycleur de matériel informatique Anovo, repris en 2011. « C’est la plus grosse reprise de la décennie en cessation de paiements. Cette entreprise qui perdait 40 millions d’euros par an est redevenue bénéficiaire dès la première année. » Les salariés ont voté à 85% pour son offre, qui préservait le mieux l’emploi d’un groupe de 4.500 salariés. « Butler joue pleinement son rôle d’actionnaire: il a injecté 20 millions d’euros de cash, nous aide sur la stratégie, surveille de près la trésorerie », confirme son directeur général, François Lacombe.

Walter Butler poursuit l’énumération des affaires en forme: le loueur de chariots Acces Industrie (63 millions de chiffre d’affaires, 4 millions de résultat net), le fabricant de bijoux Christian Bernard (160 millions de chiffre d’affaires)… Quid de Partouche, dont il possède 12%? Il assure être « protégé » sur la valeur de son ticket. Bien vu: l’actionnaire principal du groupe de casinos a été placé en « procédure de sauvegarde »…

Au total, Butler servira-t-il un rendement annuel correct aux investisseurs? « Nous avons fait mieux que la Bourse sur la période. » Soit 2 à 3% de rendement. Performance que le président de l’Association française des investisseurs pour la croissance (Afic), Louis Godron, estime honorable. « Le jugement des investisseurs dépend beaucoup des millésimes des fonds. Pour ceux levés juste avant la crise, une performance de 2% est plutôt bonne. Il faut la comparer au CAC 40, qui a baissé de 8%. »

Alors, d’où vient ce halo de suspicion? Il faut dire que le personnage alimente les fantasmes. Les pouvoirs publics sont ravis de voir débouler ce chevalier blanc, si utile à l’économie. Son tableau de chasse impressionne: BDDP, Atys (ex -filiale de Pernod Ricard), Groupe Flo (3,2 fois la mise), France Champignon (sauvée et revendue à Bonduelle), Osiatis, ex-filiale de Thomson et qui vient d’être cédée sur la base de 80 millions d’euros à Econocom.

Mais avec son histoire – fils d’un Américain et d’une aristocrate brésilienne, sorti de l’ENA dans la botte et ses puissants réseaux, il intrigue. Son beau-père, Jean de Roux, est un proche de François Pinault. Ses amitiés – notamment avec Dominique de Villepin – nourrissent les soupçons de connivence. « Son entrée dans Adit, c’est encore du copinage », raille un financier. « Ridicule. Butler a payé plus cher que les autres », rétorque Philippe Caduc.

Ces options lui valent une réputation de joueur. Emblématique, son aller-retour sur le PSG, ticket racheté à Canal+ et revendu au fonds Colony, a fait de lui le seul investisseur à avoir jamais gagné de l’argent avec le club parisien. Idem avec l’armateur SNCM, une participation revendue à Veolia 5,5 fois sa mise. « Faire des opérations très atypiques conduit à aller trop vite, ne pas comprendre les fondamentaux et perdre une partie de son équipe », tacle un acteur du secteur.

Des tripes et du cash

« Il a surtout des c … de mammouth, tranche le fondateur du cabinet Eight Advisory, Cédric Colaert. Ceux qui le critiquent n’ont ni les tripes ni le cash pour faire ce qu’il fait. » Là, tout le monde est d’accord: Walter Butler, menacé de mort quand il était actionnaire de SNCM, a accepté du bout des lèvres une protection policière. Et beaucoup saluent son éthique des affaires. « Jamais je ne l’ai vu acculer un chef d’entreprise pour lui prendre la boîte », dit un spécialiste du secteur. Philippe Caduc, d’Adit insiste: « C’est quel qu’un de très droit. » Les créanciers de Virgin, baladés les mois précédant la procédure judiciaire, auront du mal à partager cet avis.

 (Avec Delphine DECHAUX)

 

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