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L'Edito de Guy Gweth

Chaque semaine, le président du Centre Africain de Veille et d’Intelligence Economique (CAVIE) vous entraine dans les arcanes de la géoéconomie et de la géostratégie africaines.

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Ce à quoi servent précisément les banques centrales

[Africa Diligence] Une entreprise profitable doit choisir où placer ses profits et ses liquidités. A cet égard, dès lors qu’une entreprise décide de se lancer dans des investissements, ou au contraire de conserver ses liquidités en sécurité, la politique monétaire d’une banque centrale s’avère déterminante.

De fait, la problématique est loin d’être anodine. En effet, sans se lancer dans l’évocation des réserves époustouflantes d’Apple – qui se montent à 100 milliards de dollars – et qui fait dire à certains que cette société est plus riche que le gouvernement américain ! Les entreprises US, pour ne citer qu’elles, sont assises sur un montant global en cash de l’ordre de 2’000 milliards de dollars…

Le facteur « incertitude » est constamment évoqué par les chefs d’entreprise et par leurs directeurs financiers, qui préfèrent gonfler leurs réserves de guerre ou les placer dans des instruments à très bas rendement, plutôt que de s’engager pour l’avenir – en engageant leurs deniers. Cette incertitude fait pourtant partie intégrante de tout processus décisionnel et, à cet égard, tout entrepreneur qui se respecte sait gérer cette variable et s’y adapter. Pour le chef d’entreprise, tout est en effet incertain : de l’évolution de la technologie, au comportement du consommateur, en passant par la fiscalité de demain… Les directions des sociétés sont évidemment incapables de prévoir l’environnement international ou la règlementation des années à venir. Cette incertitude fait donc partie du quotidien de l’entreprise. Ce qui n’a pas empêché Google ou Samsung, entre autres, de prospérer.

En réalité, ce n’est pas tant ce facteur « incertitude » qui conduit les trésoreries des sociétés à investir dans des placements à très bas rendement et à miser avec parcimonie sur l’avenir, que le taux de l’inflation ou, à tout le moins, les anticipations inflationnistes. En effet, pourquoi un trésorier se creuserait-il les méninges dès lors qu’il est sûr que le taux d’inflation ne dépassera pas 2% dans un avenir proche ? Plus ce taux est bas et plus l’entreprise sera effectivement à l’aise dans cette posture consistant à privilégier une très faible rentabilité pour ses liquidités. Ces considérations relatives à l’absence de pressions inflationnistes allant de pair, bien-sûr, avec un pessimisme – ou un scepticisme – concernant les perspectives de croissance. Le strict bon sens suggère en effet de s’abstenir de tout investissement dans un contexte de conjoncture morose ou déprimée, où l’on ne perd rien à rester liquide.

Autrement dit, c’est seulement à partir du moment où les espoirs de croissance sont relancés ou que les anticipations d’inflation resurgissent, que l’entreprise sera tentée de canaliser son cash vers des horizons moins sécuritaires. Non pas tant que la considération de l’incertitude ait disparu des radars. Mais l’entreprise pourra asseoir ce changement d’allocation d’actifs – dans le sens de plus d’agressivité – sur des bases rationnelles. Cette attitude « entreprenante » induira donc un cercle vertueux car l’investissement sera lui-même à l’origine d’une augmentation de la production et d’une reprise de la tendance inflationniste. C’est là que le rôle de la banque centrale s’avère fondamental, à travers ses programmes de baisses de taux quantitatives, c’est-à-dire ses achats d’actifs en circulation, combinés à la définition d’un objectif clair en termes de P.I.B. à atteindre.

Dans le cadre d’une conjoncture déprimée, seule la banque centrale peut en effet installer ce cercle vertueux car ses acquisitions et ses injections de liquidités crédibiliseront cet objectif de croissance. Lesquelles perspectives de croissance en amélioration auront, à leur tour, un impact optimal sur ses achats d’actifs. Du reste, cette crédibilité en la banque centrale, comme ce regain de confiance en la conjoncture à venir, peuvent être renforcés davantage si cette politique expansionniste conduit à l’élargissement de la gamme des actifs achetés par l’établissement public. Pour être rassurés et rassérénés, les entreprises comme les consommateurs doivent être persuadés que la banque centrale est aux commandes et, ce, de façon tout aussi énergique que déterminée. Ce n’est en effet que si la banque centrale orchestre soigneusement ce regain d’optimisme que la confiance – qui est un sentiment et qui est donc psychologique et volatile – sera au rendez-vous. Seul son engagement sans équivoque de relancer la croissance et de rétablir l’emploi – quitte à tolérer une dose d’inflation – autorisera les entreprises à considérer l’avenir sous de meilleurs auspices.

Dans le même ordre d’idées, les critiques – souvent violentes – à l’encontre de la Réserve fédérale américaine sont malvenues et exaspérantes. Comment accuser en effet cet établissement de contribuer à la distorsion des conditions économiques et financières à travers ses multiples programmes de création monétaire, alors que les marchés et que la conjoncture sont eux-mêmes si troublés ? Il est temps de se rendre compte que notre monde actuel n’est rien moins que dans une trappe de liquidités car il est devenu strictement impossible de résorber le chômage en réduisant des taux d’intérêts…qui sont déjà au niveau zéro. Dans de telles conditions extrêmes, le devoir de la Fed – comme de toute autre banque centrale – est de corriger ces distorsions avec un objectif prioritaire : le rétablissement de l’emploi. Seule son action dans le sens d’une augmentation des attentes inflationnistes contribuera de manière décisive à faire baisser le taux d’intérêt « réel » quand le taux nominal, lui, se retrouve au plancher. La posture la plus risquée – et certainement la moins responsable et la moins digne d’une banque centrale – étant de ne rien faire, la Fed (comme la BCE dans un monde idéal) doit donc se lancer dans des achats d’actifs afin d’éviter la liquéfaction de son économie et de juguler le chômage.

Voilà pourquoi la seule approche qui motive les entreprises à mettre leurs liquidités à la disposition de l’économie réelle et au profit d’investissements d’avenir est dans les mains de leur banque centrale.

Michel SANTI

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