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L'Edito de Guy Gweth

Chaque semaine, le président du Centre Africain de Veille et d’Intelligence Economique (CAVIE) vous entraine dans les arcanes de la géoéconomie et de la géostratégie africaines.

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Aéronautique: Bombardier choisit le savoir-faire marocain

[Africa Diligence] Trois pays ont retenu l’attention de Bombardier lorsque l’entreprise a décidé d’étendre sa présence en marge du marché européen: la Tunisie, la Turquie et le Maroc. C’est finalement le royaume chérifien qui a été préféré. Pourquoi?

En 2008, celle qui est maintenant chef de pays pour l’Afrique du Nord chez Bombardier était en visite dans son patelin d’origine, Casablanca. S’avisant qu’elle travaillait chez Bombardier Aéronautique (elle était alors engagée dans la planification des technologies de l’information), un vieil ami de sa famille, le président de Royal Air Maroc, lui a demandé si elle connaissait l’industrie aéronautique marocaine. Devant son ignorance, il a immédiatement passé un coup de fil au président du GIMAS (Groupement des industries marocaines aérospatiales), Hamid Benbrahim El-Andaloussi, qui s’est amené dare-dare pour lui faire faire une visite éclair de quelques entreprises installées à l’Aéropôle, à côté de l’aéroport international de Casablanca: Matis, SERMP, Aircelle.

«Je suis sortie de là et j’ai dit «wow!», se rappelle Mme Elmallen, une dame énergique aux longs cheveux bruns, rencontrée dans un restaurant de Casablanca, au bord de l’océan Altantique. Dès le lundi suivant, je me suis précipitée chez Bombardier pour raconter ce que j’avais vu.»

Lorsque, quelque temps plus tard, Bombardier Aéronautique a voulu étendre sa présence en marge de l’Europe, Mme Elmallen s’est portée volontaire.

«Je connaissais la région, je pouvais avoir une valeur ajoutée, raconte-t-elle. J’ai dirigé l’exercice.»

Bombardier avait plusieurs critères: un site près de l’Europe, des coûts de production compétitifs, un bon bassin de ressources humaines qualifiées et un accent sur la qualité.

Trois pays répondaient aux critères et se sont retrouvés sur la liste des finalistes: la Tunisie, la Turquie et le Maroc.

«J’avais une équipe, nous faisions des visites avec notre liste de critères, se rappelle Mme Elmallen. C’était très scientifique comme exercice: nous faisions des calculs, des évaluations, des projections.»

Même si, au fond d’elle-même, elle avait un faible pour le Maroc, elle était décidée à ne considérer que des critères objectifs.

«Je m’étais préparée psychologiquement à ce que le choix se porte sur un autre pays, mais à mon grand bonheur, c’est le Maroc qui a été le gagnant», se réjouit-elle.

L’équipe avait notamment réalisé que l’industrie aéronautique de la Turquie se concentrait plutôt du côté de la défense. En outre, la langue posait un problème: même lors des rencontres à haut niveau, il fallait toujours un interprète.

La Tunisie a perdu des points notamment en raison de sa petite population.

«Le bassin n’est pas le même, explique Mme Elmallen. Si j’ai besoin de ressources, je préfère un bassin de 35 millions d’habitants à un bassin de 10 millions.»

Les événements du Printemps arabe, qui ont fortement secoué la Tunisie, n’ont pas aidé.

«Je faisais un suivi quotidien, se rappelle Mme Elmallen. Ça fait partie de l’exercice de projection. Lorsqu’on constate une faiblesse actuelle en fait de stabilité, on peut projeter de l’instabilité dans le futur.»

Bombardier a plutôt été impressionnée par la réaction du gouvernement marocain, et surtout, du roi Mohammed VI, qui a lancé un processus de consultation et la mise en place d’une nouvelle constitution.

«C’était une réaction pondérée, intelligente, logique, affirme Mme Elmallen. Elle avait tous les éléments pour que nous la considérions d’un bon oeil.»

Elle soutient que le Maroc est un pays plus mature que les autres pays de la région, politiquement parlant.

«Dans les années 60, il y a eu une grande effervescence au niveau politique, raconte-t-elle. Il y a eu une période difficile, mais cela nous a amenés à une grande maturité.»

Maintenant que le Maroc a réussi à attirer une usine de Bombardier Aéronautique, il rêve d’une usine de Bombardier Transport.

Or, le tramway tout neuf qui circule silencieusement dans Casablanca a été fabriqué par Alstom. Le nouveau train à grande vitesse qui reliera Casablanca à Tanger sera également une réalisation d’Alstom.

Mme Ellallem voit cependant de bonnes occasions pour Bombardier Transport dans la région.

«Sur le continent africain, il y a une volonté d’établir des relations avec d’autres pays que les anciens pays colonisateurs, affirme-t-elle. Les gens sont contents d’entendre parler du Canada, des États-Unis.»

Marie TISON

 

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