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L'Edito de Guy Gweth

Chaque semaine, le président du Centre Africain de Veille et d’Intelligence Economique (CAVIE) vous entraine dans les arcanes de la géoéconomie et de la géostratégie africaines.

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Stratégie: pourquoi Areva a versé 35 millions d’euros au Niger

(Africa Diligence) Le 8 mars 2013, Areva a annoncé avoir versé 35 millions d’euros au Niger. Objectif affiché : aider le gouvernement à sécuriser ses sites d’uranium.  Le groupe nucléaire dément totalement que le versement de cette « offre » ait pour but de compenser le report en 2015 de l’exploitation de la mine géante d’Imouraren. Décryptage.

Cette annonce de la générosité du groupe d’Areva aura été quelque peu discrète, faite sur la télévision publique nigérienne, alors que la présence du géant français du nucléaire au Niger est à l’origine à plusieurs polémiques tant environnementales que politiques et économiques, certains analystes considérant même que l’action militaire française au Mali est fortement liée aux intérêts français au Sahel.

« Nous avons effectivement consenti à soutenir cet effort à concurrence de 35 millions d’euros. Ce n’est ni en relation avec un retard de la mine d’Imouraren, ni une obligation contractuelle », a tenu à déclarer Olivier Wantz, directeur général adjoint d’Areva chargé de l’activité minière.

Ajoutant qu’il s’agissait « simplement » d’ »un geste pour soutenir l’effort qui est fait au niveau de l’Etat du Niger pour protéger les activités, les biens et les personnes qui sont liés à nos activités ».
Précisons qu’à la suite de la prise d’otages survenue sur le complexe gazier d’In Amenas à la mi-janvier en Algérie, la France a envoyé des éléments des forces spéciales au Niger en vue de protéger les sites uranifères d’Areva dans le pays.

Si l’on en croit la télévision nigérienne, M. Wantz a effectué des visites sur les mines d’uranium d’Areva dans la région d’Agadez, dans le Nord désertique du Niger, proche du nord du Mali, terrain actuel d’un conflit militaire opposant d’un côté la France et certains pays africains et des groupes jihadistes.

En janvier dernier, alors que les extrémistes du Nord du Mali voisin avaient laissé entendre que leur riposte contre l’action militaire de la France pourrait se traduire par des attaques voire des enlèvements de ressortissants français à travers le monde, le directeur de cabinet du président nigérien avait affirmé qu’Areva venait de s’engager à verser 35 millions d’euros au Niger, à titre de « compensation » pour l’année de retard prise dans le chantier de la mine d’uranium d’Imouraren.
Nous avions alors rappelé ici-même que la menace est d’autant plus prégnante et préoccupante pour le groupe français, qu’Areva et le Niger se sont déjà heurtés sur des dossiers financiers, sociaux, écologiques, et environnementales. Et ce, alors même que l’uranium du pays – où, tout comme le Mali, sont implantés de nombreux touaregs – constitue un élément stratégique de la politique d’approvisionnement du géant nucléaire français.
« Prenant en compte le manque à gagner généré par le report de l’exploitation d’Imouraren, Areva s’engage à soutenir financièrement l’Etat du Niger en mettant à sa disposition 35 millions d’euros, soit 23 milliards de FCFA« , avait ainsi affirmé le directeur de cabinet du président nigérien.

Mentionnant par ailleurs qu’il s’agissait d’un « effort exceptionnel », le considérant en effet comme « un cadeau », qui « fera l’objet d’un protocole d’accord spécifique entre le ministère nigérien des finances et Areva ». Tout en précisant que cette somme était destinée à compenser l’année de retard qu’accusera l’exploitation de la mine entre 2014 à 2015. »
Les 35 millions d’euros devraient être débloqués par anticipation selon lui à raison de « 16 millions d’euros en 2013, 10 millions en 2014 et 9 millions en 2015″.

Menace à peine voilée, avais-je alors suggéré ? Indiquant que selon Hassoumi Massaoudou, l’exploitation de la mine – initialement prévue en 2012 – a été repoussée à 2014 … en raison de l’enlèvement en 2010 de collaborateurs français d’Areva à Arlit par Al-Qaida au Maghreb (Aqmi ).

Mieux encore, le directeur de cabinet du président nigérien avait alors tenu à préciser qu’initialement le paiement devait s’effectuer en 2015, mais que le Niger avait souhaité « avancer le paiement » en raison de « priorités ».

M. Massaoudou avait par ailleurs ajouté que « toutes les conventions minières, dont celle d’Imouraren» , seront « renégociées en 2013″, des « négociations politiques » étant par ailleurs programmées « sur la question de l’uranium » avec la France.
Précisons que ces propos ont été prononcés lors d’une conférence de presse organisée suite à la publication récente par la presse locale d’un « document confidentiel » sur des discussions tenues en novembre à Paris entre le directeur de cabinet du président nigérien et les responsables d’Areva au sujet d’Imouraren.

Fin octobre, un communiqué du conseil des ministres le Niger avait critiqué le partenariat historique avec le groupe français, estimant que ce dernier est « très déséquilibré en défaveur du Niger et ce, depuis quarante et un ans d’exploitation de ce minerai« .
Ajoutant que « ce déséquilibre est corroboré par le fait que les recettes tirées de l’uranium représentent 5 % des recettes du budget national » , alors que – selon le gouvernement – le pays devrait en tirer  »des ressources importantes ».
Le Niger avait alors exprimé « sa volonté d’accroître les retombées du secteur minier pour le peuple nigérien, à travers notamment le renforcement de sa participation à la gouvernance du secteur » .
A l’heure actuelle, le site de Imouraren est détenu à 57% par Areva, 33% par l’Etat nigérien et 10% par un consortium coréen mené par l’électricien Kepco, lequel a racheté sa participation fin 2009 à Areva.

Selon le groupe français, sa production devrait approcher les 5.000 tonnes de minerai par an sur une durée de plus de 30 ans, via un investissement initial de plus de 1,2 milliard d’euros et près de 1.400 emplois directs.

A la mi-janvier également, le journal « la Tribune » indiquait qu’Areva allait céder une participation d’environ 10% dans la mine d’uranium Imouraren au groupe chinois CNNC pour environ 200 millions d’euros. Toujours selon le journal, l’opération n’attendrait plus que le feu vert du gouvernement nigérien. Depuis … pas de nouvelles ….

 Précisons qu’Areva exploite deux autres mines d’uranium au Niger : la Somaïr, près d’Arlit dans le nord du pays – lequel a battu en 2012 son record de production annuelle – détenue à 64% par Areva et à 36% par l’Etat nigérien, et le site de la Cominak, près d’Arlit également .
Le groupe est le premier employeur privé dans le pays subsaharien.

(Avec  Elisabeth STUDER, AFP, Reuters et La Tribune)

 

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