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L'Edito de Guy Gweth

Chaque semaine, le président du Centre Africain de Veille et d’Intelligence Economique (CAVIE) vous entraine dans les arcanes de la géoéconomie et de la géostratégie africaines.

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Intelligence stratégique et sport: contribution à la maîtrise de la sécurité et des conflits

Aujourd’hui encore plus que par le passé le sport joue un rôle stratégique dans les relations internationales, les rapports de puissance et d’influence. Dans ce domaine, le sport peut être appréhendé sous deux aspects : il joue un rôle important de rapprochement des peuples et des cultures, apporte des éléments d’aide à la réduction des conflits ainsi qu’à leur prévention, mais peut dans le même temps servir aussi de catalyseur pour exhorter des crises, voire être instrumentalisé ou pris en otage à des fins de propagande, ou en d’autres termes devenir un détonateur potentiel de conflits armés ou d’insécurité.

Par Marie Brigaud

Dès la fin du XIXème siècle ces problématiques étaient évoquées par le baron Pierre de Coubertin(1) , qui décrivait combien il est difficile de maintenir le sport en dehors de la sphère politique, tellement celui-ci est imbriqué dans la société. Nous constatons ainsi que l’histoire du sport et de l’olympisme confirment les liens étroits qui se sont noués entre la sphère sportive et politique. Mais quel est exactement l’impact du premier sur le second ? La Charte olympique évoque un impact positif des valeurs sportives sur la politique, mais elles sont parfois impuissantes à régler les conflits et à rapprocher les peuples, et peuvent parfois aller jusqu’à devenir la cause de conflits(2) , ou faire l’objet d’instrumentalisation par des régimes politiques autoritaires(3). Le sport est, en d’autres termes que j’emprunterai à Clausewitz(4), « la continuité de la politique par d’autres moyens ».

1/ Le sport participe au développement des échanges culturels, à la promotion de valeurs, à l’éducation, au rapprochement entre les peuples et à la construction de la paix. Mais son évolution au sein d’un monde désormais globalisé en fait aussi une cible potentielle au moment des grandes compétitions internationales, pour les groupes à la recherche d’une tribune médiatique :

Le sport est un vecteur de cohésion sociale et est présent à ce titre au cœur de nombreuses politiques publiques, sur le plan interne ou international, et peut à ce titre aider au règlement de conflits par le biais de mesures de confiances ou de rapprochements.

• Il participe à la création de lien social entre pratiquants, d’aide à l’insertion et à l’éducation des plus jeunes par la transmission de règles et de valeurs (tels que le fair-play, le respect de l’adversaire)

• Il participe à la reconstruction de la paix dans les périodes post-conflits, comme l’initiative des « cascos blancos » (5) qui a mis en place en Palestine en 1997 un programme de développement de la jeunesse par le sport. L’ONG Sport sans frontières intervient également dans divers pays tel le Kosovo, afin de favoriser l’insertion sociale des jeunes des minorités ethniques de ce pays à travers le sport.

Le sport participe par ailleurs à la reconnaissance internationale d’un État auprès de ses pairs, par le biais de la mise en place d’une véritable stratégie d’image(6), ou participe à sa séduction et son attractivité à l’international, comme les États-Unis le pratiquent depuis plusieurs années via le soft ou le smart-power. La diplomatie du sport devient un instrument de pouvoir, et occupe une place privilégiée dans les politiques des États.

Le sport est devenu un véritable enjeu mondial et une composante à part entière des relations multilatérales. Nous assistons depuis plusieurs années à une géopolitique du sport, qui conduit nombre d’acteurs à s’en emparer comme moyen d’action. A ce titre, les grands événements sportifs représentent un attrait pour tous ceux qui cherchent à faire passer leur message au moyen d’actions violentes et indiscriminées. L’enlèvement du coureur argentin Fangio lors du grand prix de F1 de Cuba en 1958, ou la prise d’otages de la délégation israélienne par le groupe Septembre Noir lors des Jeux Olympiques de Munich en 1972 en ont été en quelque sorte les malheureux précurseurs.

Ces menaces sont désormais partie prenante de quasiment tout grand événement sportif, comme à l’occasion de l’édition des Jeux olympiques, notamment depuis les attentats de septembre 2001 perpétrés par le groupe Al Qu’Aïda aux États-Unis. Les attaques terroristes les plus récentes ont eu lieu :

• Lors de l’édition 2010 de la CAF qui se déroulait en Angola, les éperviers togolais ont été victimes d’une attaque terroriste avant leur entrée en compétition dans la région de Cabinda par les Forces de libération de l’État du Cabinda, un mouvement armé se battant pour l’indépendance du Cabinda

• A l’approche des Jeux du Commonwealth, organisés cette année à New Delhi, des tirs ont eu lieu sur un bus de touristes aux abords d’une des plus grandes mosquées du pays, la Jama Masjid. Cette alerte à quelques jours du début de la compétition a conduit plusieurs délégations à demander de plus amples réponses relatives aux conditions de sécurité aux organisateurs.

Parce qu’ils entendent profiter de l’audience générée par ces grands événements pour se faire de la publicité, de nombreux groupes terroristes menacent régulièrement les pays hôtes de ces manifestations d’agir lors des compétitions par des actions violentes destinées à servir leur cause. La maitrise de l’information stratégique par les acteurs décisionnels publics et privés doit jouer ici un rôle d’anticipation et de résolution des futures menaces majeures.

2/ Il est désormais indispensable de maitriser l’environnement informationnel pour mieux anticiper ces évolutions

Toute activité exercée dans un monde ouvert connaît de nouvelles opportunités, mais aussi des menaces. L’intelligence stratégique appliquée au sport et à ses différents enjeux transversaux permet à l’ensemble de ses acteurs d’identifier les vulnérabilités et les nouvelles menaces qui pèsent sur lui pour mieux le protéger, mais aussi pour repérer les opportunités qui s’offrent et doivent être développées. Cette veille indispensable permet à l’ensemble des décideurs d’anticiper sur les évolutions à venir et de s’y préparer, en ciblant les objectifs à atteindre dans une stratégie offensive. Nous assistons désormais à de nouvelles formes de coopérations et d’échanges d’informations dans ce domaine, telles que :

• Le programme de défense chimique et biologique américain, qui a coopéré avec les organisateurs des derniers Jeux Olympiques d’hiver de Vancouver en 2010, afin d’anticiper sur de potentielles menaces d’attaques terroristes chimique ou bactériologique, et va prolonger cette coopération pour les Jeux Olympiques de Londres de 2012, ou encore les prochains Championnats du monde de rugby en Nouvelle Zélande.

• Le comité interaméricain contre le terrorisme (CICTE) a crée un programme de sécurité pour les grands événements, initié lors de la coupe du monde de cricket dont les épreuves se sont déroulées dans différents pays des Caraïbes en 2007.

Car le sport doit demeurer avant tout synonyme de rêve et d’espoir, fidèle à ses valeurs que sont le goût de l’effort, le respect de l’adversaire et des règles, le courage et la solidarité. Le développement du sport spectacle, la professionnalisation du sport et la course au gigantisme ne doivent pas occulter ni renier l’essence même du sport, au risque de le discréditer et de faire disparaitre ce modèle vertueux. Ce sont ces nouvelles menaces auxquelles les instances sportives et étatiques, nationales et internationales doivent faire face si elles veulent préserver un sport durable et performant, respectueux des valeurs qui l’ont façonné, et œuvrant pour la paix. Le sport, en synthétisant de nombreux enjeux, ne peut plus être géré comme auparavant, s’il ne veut pas être dépassé par les vecteurs négatifs tels que la violence, la corruption, le dopage, ou l’instrumentalisation..

Conclusion : de la nécessité de mettre en place dans les organisations une architecture qui rassemble les partenaires autour d’une stratégie globale

La mondialisation du sport a fortement modifié l’univers sportif, notamment par le développement et l’impact médiatique des grands événements sportifs, et par un afflux financier important, engendrant un spectacle toujours plus beau au service du sport, mais aussi de nouvelles menaces diffuses, telles que l’insécurité, les attaques terroristes ou les actes de violence des supporters. Chaque pays hôte doit désormais mettre en place une organisation stratégique pour pouvoir anticiper ces menaces, que ce soit la lutte contre le hooliganisme avec un partage d’informations sur les supporters à risque entre polices nationales, au sein des délégations sportives, ou avec des organismes spécialisés dans la prévention de menaces terroristes.

L’Union européenne s’empare progressivement de ces sujets, notamment depuis la mise en place du Traité de Lisbonne, et multiplie les coopérations entre polices européennes. Plusieurs de ces thématiques seront abordées à l’occasion du forum International « Peace and Sport », qui se tiendra à Monaco début décembre 2010.

 

Notes

(1) Discours de 1894 « Toute institution, toute création, pour vivante qu’elle soit évolue conformément aux habitudes, aux passions du moment. Aujourd’hui, la politique pénètre au sein de tout problème. Comment voudrait-on que le sport, l’olympisme même, lui échappe ? ». Extrait de l’ouvrage de Jacques Demorgon, « Les sports dans le devenir des sociétés : médiations et médias », aux éditions l’Harmattan – 2005

(2) Le Honduras et le Salvador sont entrés en conflit quelques jours en 1969, après un match éliminatoire de coupe du monde de football, mal vécu de part et d’autre.

(3) L’exemple le plus célèbre de cette instrumentalisation politique demeure les JO de Berlin de 1936, utilisés alors par Adolf Hitler pour affirmer sa propagande et offrir au IIIème Reich une vitrine internationale.

(4) Dans « De la guerre », publié en 1832.

(5) Les « casques blancs » sont un corps d’intervention civile international spécialisé en assistance humanitaire, mis en place sur l’initiative du Président de la République d’Argentine Carlos Menem en 1993.

(6) C’est le cas par exemple des Émirats arabes unis qui développent depuis plusieurs années une véritable politique volontariste de développement et d’attractivité dans le domaine du sport, en investissant massivement dans les infrastructures, et la formation.

Source : AIEF.

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