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L'Edito de Guy Gweth

Chaque semaine, le président du Centre Africain de Veille et d’Intelligence Economique (CAVIE) vous entraine dans les arcanes de la géoéconomie et de la géostratégie africaines.

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Il faut redynamiser l’économie égyptienne – par M. El-Erian

(Africa Diligence) Deux ans après la révolution égyptienne, l’économie du pays est en proie à une inquiétante spirale vers le bas. De plus en plus d’Egyptiens commencent à reprocher à la révolution d’avoir fait dérailler une économie croissante qui permettait de réduire la charge de la dette extérieure et de maintenir un confortable volume de réserves de change.

Cette critique de la révolution constitue pourtant une approche erronée des difficultés économiques actuelles de l’Égypte, bien que la tentation du reproche soit compréhensible dans la mesure où la situation économique du pays s’est encore détériorée ces derniers mois. Croissance anémique, taux de chômage élevé, diminution dramatique du nombre de nouveaux investissements – autant d’aspects qui aggravent des conditions financières, sociales et politiques déjà difficiles. Il en résulte une menace de voir se combiner un certain nombre de cercles vicieux.

Les ruptures d’approvisionnement national alimentent désormais l’inflation, et exacerbent les difficultés liées à un budget national lourd en subventions. Ces ruptures ont également accentué la faiblesse des finances extérieures, contribuant à une forte réduction des réserves de change, qui n’a pu être contenue qu’au moyen de prêts et de dépôts exceptionnels issus de l’étranger.

L’insuffisance de la croissance et l’importance de l’inflation exercent une pression particulièrement sévère sur les Égyptiens les plus vulnérables. Les filets de protection sociale sont sur-tendus, laissant chuter au travers de leurs mailles nombre de citoyens défavorisés. Par ailleurs, un certain nombre d’autres réseaux de soutien – opportunités de revenus dans le domaine du tourisme, secteur informel, soutien familial et aides de bienfaisance – cèdent sous la pression d’une pauvreté croissante.

Cet ensemble de difficultés en spirales a conduit les agences de notation à abaisser la note de l’Égypte. Il décourage également les investissements directs étrangers, ce que n’arrange en rien le discrédit des forces de police égyptiennes. Ceci entrave encore davantage les sources de capitaux d’investissement et d’exploitation, amplifiant l’impact de la fuite des capitaux domestiques.

Rien de tout cela ne saurait faciliter la réconciliation politique et l’unité nationale dont l’Égypte a besoin pour réussir le plus difficile des pivots de la révolution, à savoir le passage d’un passé d’oppression à la construction d’un avenir meilleur. En effet, ayant souffert d’un certain nombre de dysfonctionnements politiques et institutionnels post-révolutionnaires, l’économie connaît aujourd’hui un déclin qui alimente lui-même ces déstabilisateurs.

Il faut reconnaître aux gouvernements qui se sont succédé – dans un premier temps sous l’égide du Conseil suprême des forces armées puis sous la domination des Frères musulmans – le fait d’avoir admis ces difficultés. Pour autant, leurs réponses n’ont pas été à la hauteur des défis, les acteurs politiques ayant suivi cette séquence familière qui débute par l’attente d’un rebond endogène et l’espoir d’une autonomie. Face à l’absence de miracle, ils ont ensuite eu tendance à opter pour un contrôle des capitaux, ainsi qu’à envisager des cessions d’actifs et autres concessions tout en courtisant ceux qui étaient autrefois considérés comme perpétuant l’ordre ancien.

Le discours initial du gouvernement post-révolutionnaire a commencé par décrire le malaise économique de l’Égypte comme une difficulté temporaire qui s’autocorrigerait. Après avoir renversé de manière remarquablement rapide et relativement pacifique le régime trentenaire d’un Hosni Moubarak à la poigne de fer, les masses révolutionnaires de l’Égypte étaient censées se retirer des rues pour entamer une démarche enthousiaste en faveur de la prospérité économique et de la justice sociale. Leurs efforts étaient supposés être soutenus par une réorientation des institutions publiques (et plus largement de la gouvernance), qui s’écarterait d’un régime en faveur d’une poignée de privilégiés pour embrasser la philosophie d’un service à l’ensemble des citoyens du pays.

Ce discours a davantage reflété (de façon compréhensible) l’exubérance révolutionnaire que la réalité du terrain. De manière générale, plusieurs années sont nécessaires pour réformer les institutions. Les courroies de transmission économiques et financières ne peuvent être redirigées rapidement. Les entreprises discréditées ne peuvent être remplacées du jour au lendemain. Il n’est pas facile de mettre en place à la volée des partis politiques crédibles. Et beaucoup de ceux qui ont courageusement combattu pour la liberté ne jouissaient que d’une piètre expérience politique, compliquant encore davantage la possibilité de voir un leadership de qualité canaliser l’énergie considérable des Égyptiens – tout en appréhendant leurs revendications de meilleure justice sociale – en direction d’une vision partagée et d’un objectif commun.

Les vides politiques qui en ont résulté ont été comblés par ceux auxquels leur position précédente dans la société conférait un point de vue interne au moment du soulèvement populaire. Ces acteurs ont pris le pouvoir sur fond d’un ensemble existant d’idées et de procédures de fonctionnement censées s’adapter à la nouvelle Égypte.

À mesure que l’économie s’essoufflait, l’optimisme a laissé la place à un point de vue insulaire plus défensif, valorisant l’autonomie. Accompagné de contrôles insidieux de l’économie, le discours est devenu plus nationaliste. Plus que le mérite, c’est la loyauté qui a justifié les principales nominations, rendant la gestion des politiques encore plus difficile.

Une telle approche n’offrant guère de meilleures chances de succès, le pays a été de nouveau conduit à adopter des mesures qui, du moins dans l’esprit d’une grande partie de l’opinion, étaient associées à l’ancien régime. L’obtention d’un prêt de la part du Fonds monétaire international est devenue l’objectif principal de la gestion économique, accompagnée de tentatives soucieuses de lever du financement. Mais en l’absence d’une refondation politique fondamentale, une démarche de ce type peut tout au plus espérer permettre quelques mois de relative accalmie financière, qui plus est avec un coût pour l’avenir.

Les prêts du FMI et autres concessions d’actifs ne peuvent à eux seuls satisfaire aux besoins actuels de l’Égypte. Il s’agit là de la mauvaise nouvelle. La bonne nouvelle, c’est qu’en tant qu’observateur ayant analysé des cas similaires pendant plus de 30 ans, je puis affirmer en toute confiance que l’Égypte dispose de tous les outils nécessaires à la restauration d’une stabilité économique et financière : ressources, population, dynamisme, esprit d’entreprise, emplacement géographique, ainsi que relations avec la région et le monde entier.

L’Égypte possède également une arme secrète puissante qu’il lui reste encore à déployer – une génération de jeunes individus qui, après des années d’aliénation et de répression, croient pouvoir (et devoir) influencer le destin du pays. Certains d’entre eux permettent d’ores et déjà une différence notable sur le terrain, suscitant l’admiration générale.

L’Égypte n’est pas un État où les secteurs économiques et les segments de population peuvent réussir sans gouvernement. Il appartient à ce gouvernement de fournir les conditions d’un redémarrage des moteurs de la relance économique ; et il est nécessaire que les mesures politiques servent d’accélérateurs de croissance, en bâtissant les passerelles de développement nécessaires à une jeunesse dynamique, à une population pauvre agitée et à une classe moyenne sous pression.

Ceci nous ramène aux interactions qui existent entre l’économie, la politique et la finance, et qui alimentent une spirale néfaste pour les citoyens égyptiens et risquée pour l’avenir de leurs enfants. Des réformes politiques appropriées doivent précéder à tout autre chose ; une fois adoptées, il est à prévoir que le renouveau économique et financier de l’Égypte en surprenne beaucoup par sa force et sa vitesse.

On pourrait comparer le pays à une automobile capable d’atteindre de grandes performances grâce à un puissant moteur interne. L’Égypte est capable de connaître une croissance économique rapide et de présenter une santé financière durable. Il n’en demeure pas moins qu’à défaut d’efforts de détermination en faveur du progrès politique et de l’unité, l’automobile est vouée à demeurer au point mort – voire à passer en marche arrière.

Traduit de l’anglais par Martin Morel.

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