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L'Edito de Guy Gweth

Chaque semaine, le président du Centre Africain de Veille et d’Intelligence Economique (CAVIE) vous entraine dans les arcanes de la géoéconomie et de la géostratégie africaines.

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La confiance des chefs d’entreprises africains expliquée par PwC

La confiance des chefs d’entreprises africains expliquée par PwC

(Africa Diligence) Sur la croissance en Afrique, on entend souvent le point de vue des grands argentiers et moins celui des chefs d’entreprise africains. Le cabinet de conseil et d’expertise comptable PwC a interrogé quelque 300 entrepreneurs dans 19 pays africains. Surprise…

De cette étude, il ressort que 91% des patrons africains sont confiants dans l’avenir, contre 81% dans le reste du monde. Mais au-delà de ce bel optimisme, il y a de gros soucis, évoqués par Pierre-Antoine Balu, conseiller de PwC pour l’Afrique francophone.

RFI: Vous avez interrogé près de 300 chefs d’entreprise africains dans 19 pays, pourquoi sont-ils plus optimistes que la moyenne ?

Pierre-Antoine Balu : Tout d’abord, ils ont fait un constat. C’est que les fondamentaux en terme de croissance sont là, puisque la population va être multipliée par deux d’ici 2050, vous avez l’émergence d’une classe moyenne, vous avez un phénomène d’urbanisation, des gens qui consomment de plus en plus. Ils sont effectivement optimistes sur un éventail géopolitique.

La plus forte demande des chefs d’entreprise, c’est plus d’infrastructures. Est-ce que ça veut dire plus d’Etat ?

C’est une attente forte vis-à-vis des Etats : des grands projets d’infrastructures, les routes, les ports, les aéroports, l’électricité, l’accès à l’énergie, ce n’est pas forcément plus d’Etat. Ca veut dire plus d’efficacité de la part des Etats.

Autre demande de ces quelque 300 chefs d’entreprise, la formation de cadres intermédiaires. L’Afrique a de grands managers mais elle manque de ce que vous appelez des « middle managers » ?

Force est de constater qu’en Afrique, vous avez effectivement une classe de dirigeants qui sont formés dans les grandes universités ou grandes écoles européennes ou internationales. Et en dessous, il y a un vrai déficit de talents pour pouvoir justement jouer ce rôle de relais, d’encadrement intermédiaire. Ce qui fait qu’aujourd’hui, vous avez beaucoup de groupes africains qui se lancent dans une logique de formation, de création de ce qu’on appelle des corporate universities, donc d’universités d’entreprise, pour pouvoir monter en compétence les équipes afin de répondre à ces enjeux précis.

Et est-ce que ce manque de cadres intermédiaires ne pose pas le problème des universités africaines ?

Tout à fait. C’est un point saillant qui est observé par beaucoup de dirigeants. Vous avez des universités aujourd’hui, mais qui produisent en sortie des diplômés qui ne sont pas forcément adaptés aux besoins des entreprises.

Vous qui voyagez beaucoup en Afrique francophone et anglophone, quels sont les pays où il y a quand même une bonne adéquation entre les diplômés et chefs d’entreprise ?

On voit effectivement que le Maroc, l’Afrique du Sud ont commencé à travailler sur ces sujets. Le Ghana sort aujourd’hui du lot avec un système de formation, notamment de l’encadrement intermédiaire, intéressant. La Côte d’Ivoire par exemple a un gros chantier devant elle autour de la réforme universitaire indéniablement.

Ce qui apparaît dans votre sondage, c’est que les chefs d’entreprise craignent une concurrence de plus en plus forte dans leur secteur d’activité. Est-ce que ce n’est pas la rançon du succès de la croissance en cours ?

Absolument. On parle tout le temps maintenant de rising Africa avec des séminaires sur « Comment investir en Afrique », « le potentiel de l’Afrique ». Il y a une course à la conquête de parts de marché qui est relativement forte avec des acteurs internationaux qui sont Européens, Américains, Chinois, Indiens. Vous avez effectivement des entreprises sud-africaines qui sont trop à l’étroit sur leur marché et qui sont dans une logique finalement de conquêtes de parts de marché en Afrique subsaharienne. Vous avez des entreprises marocaines dans une logique de conquête et d’expansion agressives associées à de nouveaux territoires. Ca fait beaucoup de nouveaux acteurs. Et il y a un enjeu de compétitivité qui est très fort.

Est-ce que par exemple le chef d’entreprise chinois fait peur au chef d’entreprise africain ?

Les Chinois, c’est un peu particulier parce que, effectivement, ils fonctionnent un peu en vase clos et ils sont beaucoup sur les sujets d’infrastructures ou de mines. Donc c’est vrai qu’ils sont sur des pans d’activités qui sont peut-être un peu moins orientés vers la « clientèle de masse », le consommateur. Si je prends l’exemple peut-être de la banque-assurance, c’est un marché où aujourd’hui vous avez un taux de pénétration qui est relativement faible en Afrique : entre 10%, 15% parfois 20% dans certains pays, mais cela reste relativement faible. On voit bien qu’il y a une marche ou marge de progression importante et sur lequel vous avez beaucoup d’opérateurs très différents.

Sur ce marché de la banque et de l’assurance, je crois que les Marocains sont en pointe en Afrique subsaharienne ?

Indéniablement parce que le régulateur marocain a fait un excellent travail sur ces dix dernières années ; les banques marocaines sont très solides. Vous avez trois acteurs que sont Attijariwafa Bank, BMCE Bank et la Banque centrale populaire (BCP) qui sont des acteurs forts, qui tous les trois ont une volonté stratégique de s’affirmer comme des leaders sur l’Afrique subsaharienne.

Ce qui va évidemment compliquer le développement de banques subsahariennes ?

En tout cas, c’est un enjeu. Pour une banque dont le code génétique est purement subsaharien comme Ecobank par exemple. Effectivement, ce sont de nouveaux entrants. Et comment être plus compétitifs, comment défendre des parts de marché ?

Autre préoccupation de vos quelque 300 chefs d’entreprise, la corruption : 75% d’entre eux la craignent contre 41% au niveau mondial. Ca en dit long sur les progrès qu’il faut faire ?

Il ne faut pas être candide vis-à-vis de l’Afrique. Il est clair qu’effectivement, il y a des enjeux de corruption. Mais finalement nos dirigeants, qu’est-ce qu’ils nous disent ? Ils nous disent qu’il faut intégrer ça dans une logique de gestion des risques. C’est-à-dire des plans, des solutions de repli pour gagner en résilience.

La gestion des risques, c’est quoi concrètement. C’est la mise en place d’un fonds de secours pour faire face aux demandes du fonctionnaire corrompu qui veut de l’argent ?

Non ce n’est pas vraiment ça, parce que finalement quand on est un grand groupe, qui se veut un peu panafricain, il y a un enjeu d’images et de crédibilité vis-à-vis des investisseurs internationaux qui est primordial. Donc, jouer la course à l’enveloppe pour essayer de gagner un marché, ce n’est plus vraiment d’actualité pour ces groupes. Aujourd’hui leur enjeu, c’est être crédible au niveau international pour attirer finalement des investisseurs internationaux, des fonds de private equity qui vont financer leur développement et leur croissance. Du coup, ils sont plutôt dans une logique de solidification, d’avoir des règles claires.

Et éviter les pays les plus corrompus ?

Effectivement. Il y a des pays, on le sait, qui sont plus risqués. Après c’est toujours compliqué parce que finalement, la croissance est souvent aussi dans les pays les plus risqués. Pour attaquer ces pays-là, il faut avoir des dispositifs de gestion à risque qui doivent être très solides.

Quels sont les pays les plus risqués justement aux yeux des chefs d’entreprise que vous avez consultés ?

Dans le désordre, il y a des questions qui se posent autour de la Tunisie. Les dirigeants tunisiens aujourd’hui quand on le voit par exemple sur notre étude, font partie de ceux qui sont les moins confiants. Mais la situation peut rapidement se retourner de façon positive si finalement la crise se résout.

Et en Afrique subsaharienne ?

En Afrique subsaharienne, il y a des questions qui restent en suspens sur la Côte d’Ivoire parce que le train des réformes s’est accéléré, mais il y a des attentes qui sont encore fortes. Sur la République démocratique du Congo qui indéniablement est un marché qui offre énormément de potentiel, il y a encore beaucoup de questions sur la qualité de la gouvernance. Du coup, ça reste une zone à risques.

Entretien réalisée par Ch. Boisbouvier

 

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