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L'Edito de Guy Gweth

Chaque semaine, le président du Centre Africain de Veille et d’Intelligence Economique (CAVIE) vous entraine dans les arcanes de la géoéconomie et de la géostratégie africaines.

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La Chine à la conquête des médias d’Afrique

Depuis 2005, la Chine travaille les médias africains pour parer aux critiques occidentales et polir son image de superpuissance. A l’occasion du 90ème anniversaire du parti communiste chinois (PCC) célébré  le 1er juillet 2011, Hu Jintao a émis le vœu que pour le 100ème anniversaire, en 2021, l’empire du Milieu  soit un pays « puissant, démocratique, civilisé et modernisé. » Comment Pékin associe-t-il les médias d’Afrique à ce formidable projet chinois ? Décryptage.

Parer aux critiques occidentales

La question a longtemps divisé les stratèges du PCC. Face aux opérations de déstabilisation par l’information dont elle est victime sur le continent africain, la Chine doit-elle répondre directement (par ses propres organes de presse et d’édition) ou indirectement (par le biais des médias africains). La combinaison de ces deux approches associée au volontarisme politique des autorités chinoises a donné des résultats remarquables au cours des cinq dernières années. Comparée aux Etats-Unis et aux pays européens, la Chine jouit d’une bonne image dans les médias africains, y compris dans les blogs et les réseaux sociaux, grâce à son slogan « gagnant-gagnant », à l’octroi des aides sans condition, à sa non-ingérence dans les affaires intérieures des États, ainsi qu’à de nombreux programmes au profit des médias africains.

Interrogé fin juin 2011 à Yaoundé, le conseiller économique et commercial de l’ambassade de Chine au Cameroun reconnaissait que «  la présence chinoise en Afrique a provoqué des jalousies et même des ressentiments. Mais les chinois sont habitués. Je pense, affirmait-il, que la Chine et le monde occidental ont une approche diplomatique différente en Afrique. » Devant la différence de perception entre Africains et Occidentaux sur la présence de la Chine en Afrique, le diplomate est resté constant : « à propos des accusations portées par certains pays européens contre la présence chinoise en Afrique, je dirais que ce sont les pays africains qui sont en mesure de juger le bilan fondé de la coopération entre la Chine et l’Afrique

En visite le 21 avril 2011 au Kenya,  Li Changchun, membre du comité permanent du bureau politique du comité central du PCC, parti dynamiser la coopération entre médias de Chine et d’Afrique, a inauguré le premier journal mobile en Afrique subsaharienne. Avec cette entrée, le service de Journal mobile servira l’actualité internationale provenant de l’agence Chine Nouvelle aux 17 millions d’abonnés de téléphone mobile au Kenya. Insistant sur la nécessité de renforcer les partenariats sino-africains en matière d’information, le dirigeant chinois a rappelé qu’entre 2004 et 2010, la Chine a formé 208 journalistes et patrons de médias africains. Dans l’après-midi du 21 avril 2011, on pouvait lire sur le site de Xinhua que  « la coopération des médias sino-africains a contribué à offrir au monde une image plus fidèle de la Chine et de l’Afrique face aux reportages biaisés de certains médias occidentaux… »

Vendre l’image d’une Chine nouvelle

L’entrisme des autorités chinoises dans les médias africains participe d’une stratégie pensée, mûrie et clairement définie. Il s’agit de vendre l’image d’une Chine nouvelle par le biais de la coopération. Dans le plan d’action de Beijing (2007-2009) définissant l’évolution de la coopération sino-africaine adopté le 5 novembre 2006 lors du Forum de Beijing sur la coopération Chine-Afrique justement, les deux parties s’engageaient  à encourager « leurs médias respectifs à jouer un rôle positif dans l’approfondissement de la connaissance mutuelle et de l’amitié.»  Dans ce même document, Pékin décidait d’aider les pays africains à former le personnel des radio-télévisions et à « inviter des responsables et des autorités de la presse et des groupes de médias, ainsi que des journalistes africains, à venir en Chine pour  échanger des vues, faire des reportages et explorer des modalités de coopération efficaces. »

Quelques jours avant le Forum de Beijing, le gouvernement chinois avait pris le soin d’inviter 23 journalistes de 16 pays d’Afrique francophone, du 16 au 26 septembre 2006, pour « vivre les réalités de la République populaire de Chine comme des témoins privilégiés de la transformation d’un pays par la magie du travail. » Les journalistes originaires du Bénin, Burundi, Cameroun, Congo, Congo (RDC), Djibouti, Gabon, Guinée-Conakry, Madagascar, Mali, Maurice, Niger, Seychelles, Tchad, Togo et des Comores, avaient ainsi eu l’occasion de visiter trois villes symboles du décollage économique chinois : Pékin, Lanzhou et Shanghai. Ils avaient été accueillis, à leur arrivée, par Tian Songming, directeur général de Xinhua.

Considérée en 2005 comme « la plus grande agence de propagande du monde » par Reporters sans frontières, Xinhua est plus connue chez les lecteurs francophones d’Afrique sous l’appellation « Agence Chine nouvelle ». Créée en 1931, elle diffuse des informations via son site internet, dans une demi-douzaine de langues, depuis 2000. L’agence est présente en Afrique à travers plusieurs activités qui vont de la diffusion des dépêches à la promotion des cultures chinoises et africaines, en passant par la formation. C’est dans ce sens qu’elle a, par exemple, organisé fin mai 2011 à Bamako, un atelier de formation en photo-journalisme au profit d’une trentaine de photographes de presse maliens. A cette occasion, Cao Zhongming, ambassadeur de Chine au Mali, a eu cette phrase sans ambigüité : « les échanges de coopération entre les médias constituent aussi une partie indispensable dans la coopération multiforme entre nos deux pays. Et l’évolution de la coopération favorable de relations d’amitié sino-malienne ne sera réalisée qu’avec le soutien des médias. »

En se changeant, changer le monde

La guerre d’information que mène la Chine n’est pas exempte d’arrière-pensées. Pour Xi Jinping, vice-président de la République populaire, il est impératif de soutenir la diversité des cultures. « La diffusion de ces cultures dans le monde, dit-il, ne saurait être contrainte par les différents systèmes politiques et idéologiques… » Entré au PCC en 1971, Liu Binjie, directeur de l’administration générale de la presse et de la publication (plus connu sous le sigle GAPP) – l’organisme qui gère les droits d’auteurs, ainsi que l’ensemble des œuvres publiées en Chine – tient une feuille de route claire. Au second trimestre 2010, ce natif de Shaanxi, diplômé de l’institut d’études étrangères de l’université de Pékin, confiait: « la Chine a changé, les Chinois veulent transformer la Chine traditionnelle en un pays moderne, qui compte dans le monde. En nous changeant nous-mêmes, nous souhaitons aussi changer le monde. »

Et comment ! 2010 a été la grande année de l’édition chinoise. D’après les chiffres des officiels chinois, la participation de l’empire du Milieu comme invité d’honneur au salon du livre de Francfort cette année a donné lieu à la présentation, par 250 maisons d’édition chinoises, d’environ 600 ouvrages chinois traduits en plusieurs langues. Résultats : 2475 contrats signés avec des éditeurs africains, européens et américains. Une bonne nouvelle pour Pékin qui s’est fixé pour objectif de compter « au moins un éditeur à participation chinoise dans tous les pays du monde » dans l’intervalle 2010-2020. Les autorités chinoises entendent donc accélérer la coopération avec les éditeurs locaux dans plusieurs pays d’Afrique, certes, mais largement au-delà, les États-Unis et l’Europe figurant également parmi ses priorités.

« Les Chinois préfèrent garder le silence pour gagner de l’argent », disait Hongyi Wang, ancien ambassadeur de Chine au Cameroun, le 18 avril 2008, au Centre d’accueil de la presse étrangère à Paris. La dynamique est sensiblement différente pour les professionnels du soft power chinois. Rien qu’en 2009, près de 270 000 ouvrages et 44 milliards d’exemplaires de journaux ont été diffusés en Chine, générant un chiffre d’affaires de 145,6 milliards de yuans. Pour son influence, la Chine veut devenir une superpuissance en matière d’édition. Et elle en a les moyens. Début 2010, l’industrie de l’édition représentait 3% de son PIB, soit mille milliards de yuans ; elle devrait atteindre les 5,5% lors du 100ème anniversaire du PCC.

Pour les stratèges du parti aux 70 millions d’adhérents, les médias africains ne sont pas de simples caisses de résonance face aux concurrents, mais de vrais alliés « amis et frères » qu’il faut former, soutenir et alimenter en permanence dans une logique « gagnant-gagnant».

 Guy Gweth

 

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5 Commentaires

  1. Interculturel dit :

    Merci Guy, voilà (encore) un article important. Je partage sur linkedin et ailleurs!

  2. Trémiseau dit :

    Voilà un article très révélateur d’une prise de conscience de la nécessité d’informer et de maîtriser l’information à travers laquelle une culture, un pays… véhiculent leur réalité ou la réalité(?) qu’ils souhaitent véhiculer. Une prise de conscience et une action dont devraient davantage s’inspirer l’Europe dont l’image et les réalités se diluent dans trop de non dits, trop d’inattention médiatique et communicationnelle dans des pays africains qu’ils croient automatiquement acquis à leur cause

  3. Africa Diligence dit :

    Cher Trémiseau,
    Merci pour ce commentaire.
    A bientôt sur Africadiligence.com!

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