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L'Edito de Guy Gweth

Chaque semaine, le président du Centre Africain de Veille et d’Intelligence Economique (CAVIE) vous entraine dans les arcanes de la géoéconomie et de la géostratégie africaines.

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La longue marche des think tanks africains

Ce texte est le résumé d’une analyse non exhaustive sur les think tanks africains. Sont notamment reprises ici quelques conclusions relatives à l’Afrique sub-saharienne de l’étude « The Global Go-To Think Tanks » du Foreign Policy Research Institute, publiée en janvier 2009. Il s’agit à ce jour, selon l’auteur, du plus vaste travail de recensement et d’analyse des organismes pouvant entrer dans la catégorie « think tank ».

Par JPG

Une des principales conclusions, finalement peu surprenante, en est que malgré une croissance fulgurante depuis les années 1990, les think tanks africains restent sous-financés et relativement peu développés par rapport à d’autres parties du monde.

Une définition pour débuter

La définition du terme think tank utilisée par l’étude est la suivante : Think tanks are public policy research, analysis and engagement institutions that generate policy-oriented research, analysis and advice on domestic and international issues that enable policymakers and the public to make informed decisions about public policy issues.

Ainsi l’étude vise à établir une liste exhaustive d’organisations dont l’objectif est de peser sur les politiques publiques autour du monde et à les classer selon leur influence (voir le document ci-dessus pour l’explication précise de la méthodologie).

Une forte disparité au sein de l’Afrique subsaharienne

En 2008, lors de la réalisation de l’étude, environ 420 think tanks ont été recensés en Afrique subsaharienne, sur un total mondial d’un peu moins de 5500 (1200 en Europe de l’Ouest et 1900 en Américque du Nord). Cependant, ils sont loin d’être uniformément répartis au sein du continent noir. Ainsi, seuls 14 pays en comptent plus d’une dizaine, et quatre pays anglophones se détachent clairement : Afrique du Sud (78), Kenya (42), Nigeria (38), Ghana (33) (par comparaison, la France en compte 165). Six pays n’en comptent aucun : Comores, Djibouti, Guinée Équatoriale, Guinée-Bissau, Mauritanie et Sao Tomé-et-Principe.

Trois principaux pôles jouent le rôle de « hubs » de réflexion régionaux, de par la présence en leur sein de think tanks qui comptent dans le débat public : Le Cap, Nairobi et Dakar.

Cependant, si l’on regarde les classements, on se rend compte du déséquilibre flagrant entre les pays et régions africains. Ainsi les quatre premières places du Top 10 africain sont occupées par des think tanks sud-africains :

1 – Centre for Conflict Resolution (Afrique du Sud)

2 – South African Institute of International Affairs (Afrique du Sud)

3 – Institute for Security Studies (Afrique du Sud)

4 – Free Market Foundation (Afrique du Sud)

5 – Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (Sénégal)

6 – IMANI Center for Policy and Education (Ghana)

7 – Institute For Global Dialogue (Afrique du Sud)

8 – Africa Institute of South Africa (Afrique du Sud)

9 – African Center for the Constructive Resolution of Disputes (Afrique du Sud)

10 – Center for Development Studies (Ghana)

 

Un seul think tank francophone se trouve dans ce classement…même si l’on va jusqu’à la vingt-cinquième place.

Par ailleurs, seul le Center for Conflict Resolution figure dans les Top 50 Think Tanks – Worldwide (Non-U.S.), à la 41ème place. Pour information, l’IFRI, premier français de ce classement archi-dominé par le Royaume-Uni (en l’absence des USA, qui font l’objet d’un classement à part), est 9ème. Finalement peu étonnant, au vu de l’adéquation du concept de think tank au modèle politique anglo-saxon ?

Quelques tendances générales

60% des think tanks africains sont indépendants, les autres étant soit rattachés à des universités, soit dépendant directement des gouvernements. La moitié d’entre eux a moins de vingt ans, et un nombre important considère l’opinion publique comme une cible prioritaire de leurs travaux.

Par rapport à d’autres zones géographiques, leurs aires de recherches sont plus concentrées sur les problématiques locales et domestiques : développement économique et social, alimentation, santé (notamment virus du SIDA en Afrique australe), criminalité, stabilité régionale… Le développement durable fait également son apparition dans leur agenda, de même que le climat.

Le financement, clé de la pérennité et de l’indépendance

En termes de financement, seuls 15% ont des contrats de recherche, ce qui signifie que la plupart vivent grâce à des dons publics et privés, issus principalement de l’étranger (fondations, pays de l’OCDE). Les subventions occidentales, pour encourager la démocratisation des pays africains, mais également en réponse aux crises (guerres, épidémies…) qu’a connues le continent, ce sont accentuées ces dernières années. Mais trop au coup par coup, laissant peu de place à l’innovation et obligeant à se focaliser sur les priorités des donneurs d’ordre, qui ne sont pas nécessairement celles du terrain.

Le recrutement et la rétention de chercheurs de qualité et expérimentés est un sacré défi, notamment quand la recherche se fait sur des programmes très court-terme déterminés par les financements du moment. La pérennité (au sens de soutenabilité) des think tanks locaux passe par l’attractivité face à des filières internationales ou à l’étranger qui offrent plus de perspectives ou de stabilité de l’emploi.

La Think Tank Initiative menée par l’International Development Research Center canadien, et financée notamment par la fondation Bill & Melinda Gates, cherche à changer cet état de fait. Par son biais, 24 think tanks africains sélectionnés recevront dans un premier temps 30 millions de dollars sur cinq ans.

Le développement d’une capacité locale de réflexion prospective, que ne peuvent assumer les gouvernements, est jugée capitale, comme en témoigne Cheick Ba, chercheur à l’IPAR sénégalais, l’un des think tanks financés par la Think Tank Initiative :

African think tanks are essential to development and to disaster preparedness and to [climate] adaptation.

[…]

We can look ahead and anticipate the most urgent crises that our country will face and gather experts and community members and government to find solutions.

[…]

Governments here are simply managing emergencies and crises every day. They do not have the time to look 10 years in the future and study the possible scenarios of climate change impact or potential food crises.

La participation active à la gouvernance mondiale implique de disposer d’une vision et de solutions relatives aux principales problématiques, qui, planétisation oblige, frappent avant tout les pays les plus faibles. Comme le dit James McGann, coordinateur de l’étude « The Global Go-To Think Tanks »

Pick any issue – food, pandemics, climate change – and Africa will be on the downside receiving end of whatever the trend is. Africa cannot wait for the North to understand and respond to its needs.

 

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