Formation Intelligence Economique et Due Diligence L’aversion au risque ou l’étrange darwinisme des marchés africains Innovation : KCG creuse le sillon de la due diligence foncière en Afrique Africa Diligence crée FCV, le Fichier des Clients Voyous

L'Edito de Guy Gweth

Chaque semaine, le président du Centre Africain de Veille et d’Intelligence Economique (CAVIE) vous entraine dans les arcanes de la géoéconomie et de la géostratégie africaines.

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L'Afrique attaquée par la crise de la zone €uro

À peine s’est-il remis de la dernière crise économique que le continent africain subit l’onde de choc des tourments de la zone euro. Et cette fois-ci, les conséquences pourraient être pires qu’en 2008. C’est une déclaration commune des ministres de l’Économie de plusieurs pays africains qui est passé inaperçue… ou presque.

Le 25 septembre, à l’issue de la dernière assemblée annuelle du Fonds monétaire international (FMI), ces grands argentiers africains ont reconnu que les turbulences économiques traversées par les pays dits riches – et notamment ceux de la zone euro – faisaient peser un “risque considérable” sur l’Afrique. Depuis cette mise en garde, la crise de la dette en Europe s’est aggravée, frappant l’Italie et forçant Silvio Berlusconi à démissionner.

Pour le continent africain, la perspective d’une nouvelle récession en Europe, qui pourrait se propager aux États-Unis, arrive au pire moment. “La plupart des pays africains se relèvent tout juste de la crise économique de 2008”, assure à France24 Shanta Devarajan, économiste en chef pour l’Afrique à la Banque mondiale. Car les effets de la chute de la banque d’affaires Lehman Brothers, en septembre 2008, ne se sont pas fait sentir que dans les pays développés. La croissance annuelle moyenne sur le continent africain était ainsi passée de 6% en 2007 à 1,9% en 2009.

Reprise en péril

La dernière crise mondiale aurait pu être encore plus dommageable pour le continent africain “si la plupart des pays n’avaient pas eu de fortes réserves d’argent provenant surtout de leurs exportations de matières premières qui leur ont permis d’amortir le choc”, rappelle Shanta Devarajan.

Une manne de dollars qui a servi dans grand nombre de pays africains à mettre en œuvre des politiques de relance économique. A partir de 2010, les effets de cette stratégie économique se sont fait ressentir avec un taux moyen de croissance d’un peu plus de 5% par an, selon le dernier rapport du FMI sur les économies africaines, daté de septembre 2011. Mais dorénavant, cette forte reprise est en péril. En effet, “cette fois-ci, la marge de manœuvre financière est bien moindre pour lutter contre les effets d’une éventuelle récession mondiale”, craint Shanta Devarajan, qui juge qu’une nouvelle crise “pourrait ainsi avoir des conséquences encore plus graves pour le continent que celle de 2008”. Certes, les prix des matières premières ont de nouveau grimpé ces deux dernières années, mais ce n’est rien comparé aux bénéfices engrangés par ces pays exportateurs durant les cinq ans qui ont précédé la débâcle économique de 2008.

Si les déboires de la zone euro se transforment en nouvelle crise mondiale, l’Afrique serait donc frappée de plein fouet. Le processus est connu : les pays développés risquent de réduire leurs importations, la demande mondiale va chuter, entraînant une baisse des prix. Dans certains cas, cette spirale est d’ailleurs d’ores et déjà à l’œuvre. La ministre de l’Économie du Cap Vert, Cristiana Duarte, a ainsi indiqué que les exportations de son pays avaient commencé à baisser. Cet État exporte, en effet, 80% de ses produits vers le Portugal, l’Espagne et l’Italie, trois des pays les plus affectés par la crise des dettes européennes. Par ailleurs les cours du cacao, dont la Côte d’Ivoire et le Ghana sont les principaux producteurs mondiaux, ont chuté à leur plus bas niveau depuis 2008.

Europe vs Chine

Le fait que l’Europe, et non pas les États-Unis, est cette fois-ci l’épicentre des soubresauts économiques mondiaux est également une mauvaise nouvelle de plus pour le continent africain. Passé colonial oblige, 37% des exportations africaines, hors pétrole, sont destinés au Vieux Continent. “L’Europe est également le plus important pourvoyeur d’aide au développement pour les pays africains”, rappelle à France24 Denis Cogneau, spécialiste de l’économie africaine et chercheur à l’Institut de recherche pour le développement (IRD).

“Si l’Europe entre en récession, il y aura forcément des réductions de ces aides”, pronostique-t-il. Pourtant, “ces aides peuvent être décisives car elles pourraient offrir à plusieurs pays les marges de manœuvre nécessaires pour mener des politiques de relance économique”, confirme Shanta Devarajan. Cette même analyse s’applique également aux transferts d’argent des émigrants africains installés dans les pays développés qui s’élèvent actuellement à 20 milliards de dollars. Surtout que “75% de cet argent provient d’Europe”, remarque Shanta Devarajan. Un tarissement de cette source de revenu affecterait davantage certains pays comme le Mali ou encore le Sénégal. En tout, selon les calculs de la Banque mondiale, une baisse de 1% de la croissance en Europe équivaut à une chute de 0,78% de la croissance en Afrique.

Ange gardien

Malgré cet amoncellement de nuages au-dessus de l’Afrique, le continent peut encore compter sur l’ange gardien asiatique. “Tant que la Chine et l’Inde continuent à avoir un aussi gros besoin de matières premières et notamment de pétrole, les pays qui possèdent ces ressources peuvent espérer amortir le choc d’une nouvelle crise mondiale”, juge Denis Cogneau. D’ailleurs, l’économiste constate que certains pays comme le Ghana ou l’Ouganda mènent une véritable course pour devenir des pays exportateurs de pétrole grâce à des gisements découverts récemment…

JMNK

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2 Commentaires

  1. rostant tane dit :

    cette crise ne pourrait elle pas conduire à une nouvelle devaluation de franc CFA pour rééquilibrer la baisse du pouvoir d’achat des européens sur l’Afrique???

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