Innovation : KCG creuse le sillon de la due diligence foncière en Afrique Le Renseignement criminel au profit de l’économie africaine Africa Diligence crée FCV, le Fichier des Clients Voyous Et ces diplômés africains qui se cassent la gueule en rentrant

L'Edito de Guy Gweth

Chaque semaine, le président du Centre Africain de Veille et d’Intelligence Economique (CAVIE) vous entraine dans les arcanes de la géoéconomie et de la géostratégie africaines.

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L’Afrique, nouveau marché émergent: entre risques et profits

L’Afrique, nouveau marché émergent: entre risques et profits

(Africa Diligence) L’Afrique connaît un décollage économique fulgurant depuis quelques années. Une lancée qui offre une multitude d’occasions d’affaires pour les entreprises étrangères, mais qui comporte aussi de nombreux défis et risques.

«Les 20 prochaines années seront celles de l’Afrique !» lançait récemment Charles Sirois devant l’auditoire de gens d’affaires québécois et africains venus l’entendre lors du récent Forum Africa, à Montréal.

Le fondateur de Telesystem sait de quoi il parle. Depuis 10 ans, il sillonne l’Afrique pour aider des Africains à se lancer en affaires par l’intermédiaire d’Enablis, un organisme qu’il a cofondé et qui aide à l’émergence de l’Africa inc.

L’effervescence en Afrique lui rappelle les années 1990, alors que Telesystem était un fournisseur de China Telecom, en Chine, et plus tard, quand Telesystem était aussi un pionnier des télécoms en Inde. À l’époque, beaucoup de gens d’affaires canadiens lui disaient qu’il était fou d’investir dans ces marchés émergents.

L’histoire se répète avec l’Afrique : elle n’est pas suffisamment sur l’écran radar des entreprises canadiennes. Une erreur, selon Charles Sirois. «C’est l’une des économies qui a la plus forte croissance. Ce continent offrira des occasions d’affaires exceptionnelles», dit-il.

La deuxième meilleure croissance économique

En 2013, l’Afrique subsaharienne enregistrera une croissance de 5,1 %, soit la deuxième meilleure performance derrière celle des économies émergentes d’Asie (6,9 %), selon le Fonds monétaire international. Et de 2010 à 2015, sept des dix économies les plus dynamiques de la planète seront situées en Afrique, selon le cabinet McKinsey.

Des entreprises québécoises commencent à se positionner sur ce continent pour en profiter. C’est le cas de Novatech, un fabricant de portes et fenêtres de Sainte-Julie, sur la rive sud de Montréal. La PME vient de décrocher un contrat d’un an au Sénégal pour y vendre 500 maisons modulaires. Des habitations en acier pouvant être assemblées en 10 jours et à moindre coût. «Ce produit a été conçu pour le marché africain», confie le pdg Harold Savard.

L’Afrique est un marché très intéressant pour Novatech. La population africaine devrait doubler d’ici 2050, pour atteindre deux milliards d’habitants, selon l’Organisation des Nations Unies. Les besoins y seront donc immenses dans le secteur immobilier. «Ce boom démographique explique en grande partie pourquoi l’Afrique connaît ce décollage économique», affirme Laurent Maruani, professeur à HEC Paris, qui conseille aussi des entreprises européennes en affaires en Afrique.

L’exploitation des ressources naturelles, notamment par les Chinois, est un autre moteur important, ajoute l’ex-premier ministre du Québec Bernard Landry, professeur de stratégie à l’ESG UQAM. «Ça stimule l’ensemble de l’économie», dit l’homme qui enseigne parfois à l’université francophone Senghor, à Alexandrie, en Égypte.

Les secteurs qui se démarquent

Aussi structurant soit-il, le boom dans les ressources naturelles en Afrique n’a toutefois contribué qu’au quart de la croissance de l’Afrique entre 2000 et 2008, selon McKinsey. L’essentiel provient du commerce de détail, de la distribution, de l’agriculture, du transport, des télécommunications, sans parler du secteur manufacturier et des services financiers.

Des pays ont des besoins tout simplement pharaoniques. «Le Nigeria manque d’électricité», confiait l’ancien président nigérien Olusegun Obasanjo, lors du Forum Africa. Ce pays a une puissance installée de 5 000 mégawatts (MW) – par rapport à 36 000 MW au Québec. Tout un défi pour ce pays de 170 millions d’habitants, qui abritera un Africain sur quatre en 2050 !

Dans d’autres pays plus développés, les gouvernements font des réformes pour attirer les investisseurs étrangers. Par exemple, la Côte d’Ivoire – qui a connu une grave crise politique en 2010-2011 – a allégé sa réglementation pour favoriser la création d’entreprises. On peut en créer une en 48 heures – et l’objectif est de 24 heures, dès 2014.

Lacunes et risques

Malgré son boom économique, d’importantes lacunes persistent en Afrique, selon Jean-Bernard Fournier, directeur des affaires institutionnelles et des communications chez Développement international Desjardins (DID), qui aide à créer un système financier en Afrique. «Près de 80 % des Africains n’ont pas encore accès à des services de base comme un compte bancaire», dit-il.

Selon lui, le déploiement d’un système financier est fondamental pour que l’Afrique parvienne à décoller. Les interventions de DID permettent d’ailleurs d’offrir du crédit aux entrepreneurs africains. «Ça a un impact très important sur le développement économique», dit-il, en précisant que l’Afrique n’est pas un eldorado. «La corruption est endémique, et dans certains pays, il est difficile de faire respecter ses droits.»

L’instabilité politique est un autre risque majeur, selon Pierre Fournier, analyste en géopolitique à la Financière Banque Nationale. «Les conflits religieux, tribaux, ethniques et linguistiques sont extrêmement déstabilisants», dit-il. Par exemple, le sanglant attentat terroriste dans la capitale du Kenya, Nairobi, à la fin de septembre, visait notamment des étrangers non musulmans.

L’Afrique fait aussi face au défi de mieux intégrer sa jeunesse au marché du travail. Par exemple, au Nigeria, le taux de chômage atteint 60 % chez les jeunes. Un bassin de main-d’oeuvre potentiel pour les entreprises étrangères, qui annonce peut-être déjà l’ère du Made in Africa. Les pénuries de ressources essentielles sont aussi un casse-tête. À la fin de septembre, une pénurie d’eau a provoqué une émeute à Dakar, au Sénégal.

Aux yeux de Laurent Maruani, c’est dans l’intérêt de la planète – et non seulement des Africains – que l’Afrique réussisse son décollage économique, comme la Chine depuis la fin des années 1970. Sa population va doubler d’ici 2050, pour atteindre deux milliards d’habitants. L’incapacité d’intégrer ces nouveaux humains à l’économie mondiale «serait une catastrophe», selon lui.

(Avec McKinsey, Knowdys, FMI, BBC, UQAM, HEC Paris)

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