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L'Edito de Guy Gweth

Pour Vous, chaque semaine, je montre comment la surveillance et le décryptage des échiquiers impactent la compétitivité des Etats, des entreprises et des ONG. Découvrez l'éditorial de cette semaine ...

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L’édito de Guy Gweth

Priya, l’ancienne psy qui fait tourner les tables à Dar Es Salam

Mon atelier d’il y a une semaine était destiné aux « inpats » entrepreneurs, ces Africains qui, ayant fait leurs études et travaillé à l’étranger, décident d’aller entreprendre dans leur pays d’origine. C’est eux qui m’ont amené à commenter le retour de Priya Kanabar, co-fondatrice d’Akemi, le restaurant tournant dont tout le monde parle à Dar Es Salam. Son aventure est pleine de leçons.

Priya Kanabar est le prototype parfait des « inpats » que j’accueille dans mes « séminaires d’entrainement au retour dans le pays natal ». Pourquoi ? Eh bien parce que Priya a fait de brillantes études en Grande Bretagne où elle a travaillé plusieurs années comme psychologue jusqu’à ce que l’appel du pays lui devienne insupportable. Bien que toute son enfance se soit déroulée au Royaume-Uni, Priya n’a jamais rompu le lien avec la Tanzanie qu’elle visite régulièrement. C’est donc une observatrice attentive des changements qui ont cours dans le pays. J’insiste sur le mot « attentive », car vous allez voir que c’est important, mais pas suffisant.

Il y a deux ans, Priya décide de faire le grand saut : « J’en avais assez de l’Angleterre et du froid, dit-elle. J’ai donc décidé de franchir le pas et de revenir en Tanzanie. » Il y a chez elle une lassitude à vivre dans le froid et un appel à rejoindre la chaleur de son pays natal. Elle ne répond pas à l’appel d’un « inconnu plus beau que le réel. » Non. D’une part, elle sait où elle va. D’autre part, elle a le soutien de sa famille. Je souligne également le mot « famille », car vous allez voir que sans être indispensable dans tous les cas, elle est essentielle pour d’autres. Sur ce point, je conseille mes clients au cas par cas. On n’a pas toujours la famille qu’on mérite…

Ma petite expérience de chef d’entreprise multirécidiviste, de lecteur insatiable des biographies des grands de ce monde, et de conseil à la création d’entreprises m’a appris qu’un vrai entrepreneur est têtu. Si de nombreuses voix l’enrichissent, il sait d’expérience qu’une seule ne le trahira jamais : sa voix intérieure. C’est le cerveau qu’il a dans le cœur qui produit le souffle qui le porte à déplacer les montagnes. Ici, je souligne le mot « têtu », car vous allez voir que le fait pour Priya d’être têtue, obstinée – si vous préférez – l’a aidée, mais a failli la perdre. Je recommande toujours à mes clients de rester à l’écoute constante du marché. Il ne ment jamais.

C’est donc attentive, têtue et soutenue par sa famille que l’ex psy ouvre le restaurant Akemi, en 2013, au 21è étage d’un building du centre financier de Dar Es Salam. Attentive au marché, Priya cible prioritairement les touristes, les hommes d’affaires, les cadres du secteur privé et de la haute administration auxquels elle propose un buffet à 15 euros, avec une vue imprenable sur l’océan indien. Son attention n’ira hélas pas jusqu’à l’analyse des acteurs hostiles qui vont tout mettre en œuvre pour déstabiliser cette « inpat » qui s’est créé une niche. Or pour les métiers de la bouche, la réputation est la faille absolue. Je conseille à mes clients de l’anticiper.

Comme ¾ des « inpats » que j’accompagne, Priya est rentrée avec une idée précise de ce qu’elle voulait vendre. Une gastronomie haut de gamme, quasiment à l’européenne. « Au début, dit-elle, nous avons essayé de faire quelque chose de super original. Nous voulions offrir une vraie cuisine gastronomique comme la nourriture française avec de petites portions, etc. » J’aime à rappeler à mes clients que tous les entrepreneurs ne sont pas Steve Jobs. Priya s’est entêtée plusieurs mois à essayer d’imposer cette idée, jusqu’à ce qu’elle se rende compte, un jour, qu’il fallait écouter le ventre de ses clients… « Aujourd’hui, notre menu est beaucoup plus simple, avec de copieux plats locaux. L’idée du buffet m’a vraiment sauvé la mise. »

Plus que de nombreux autres « Inpats », Priya a eu la chance d’être soutenue et aiguillée dans son aventure par sa famille. Installés dans le secteur de la gastronomie depuis plusieurs années, les parents de Priya l’ont aidé à trouver un emplacement, à immatriculer son entreprise, et à dénicher ses premiers fournisseurs. «Etre propriétaire d’un restaurant haut de gamme n’est pas facile à Dar Es Salam. J’ai eu la chance d’avoir le soutien de ma famille », admet celle pour qui les ressources qualifiées ont été le plus difficile à trouver : « il faut tout leur apprendre ! » Je confirme qu’en Afrique, les formations sont encore très loin des besoins des entreprises. Mais travailler avec des collaborateurs recommandés par sa famille est rarement la bonne solution.

Tout bien considéré, c’est Priya qui tire les meilleures leçons de ce retour gagnant en Tanzanie. « Je conseille aux entrepreneurs d’avoir un plan clair dès le début, de bien analyser leur clientèle, d’identifier et de fidéliser les fournisseurs fiables et surtout d’embaucher les meilleurs talents. Lorsque c’est fait, il faut s’armer de beaucoup de patience et de souplesse pour s’adapter aux changements et au diktat du marché », dit-elle. Je ne sais pas dire mieux, mais je garde cette courageuse entrepreneure dans les radars de Knowdys. On en reparlera.

Bonne semaine !

Guy Gweth

Twitter : https://twitter.com/Knowdys_Founder

LinkedIn : http://fr.linkedin.com/pub/guy-gweth/75/1ab/209