L'Edito de Guy Gweth
Pour Vous, tous les 7 jours, je montre comment la surveillance et le décryptage des échiquiers impactent la compétitivité des Etats, des entreprises et des ONG. Découvrez l'éditorial de cette semaine...
L’édito de Guy Gweth
Comment l’industrie africaine a été placée sous ambargo
(Africa Diligence) Les mécanismes successifs visant à promouvoir l’industrialisation de l’Afrique depuis 1960 n’ont pas produit les transformations économiques escomptées. Après enquête, les règles du commerce mondial apparaissent comme le moyen le plus ingénieux pour maintenir l’industrialisation de l’Afrique sous embargo.
L’industrialisation de l’Afrique a connu quatre étapes principales depuis les indépendances politiques du début des années 60.
Le rouleau compresseur
La première étape (1960-1970) a été marquée par la nécessité pour les jeunes Etats africains de pousser les entreprises locales à produire des biens de consommation pour leur marché intérieur. Ce devait être le début de l’industrialisation du continent. Durant cette phase, certains décideurs africains (pas tous) tentèrent notamment de limiter les importations aux produits intermédiaires et aux biens d’équipement dont les industries. Les plus téméraires imposèrent de barrières tarifaires et non tarifaires au commerce, et accordèrent des prêts directs aux industries locales afin d’importer des intrants. En vain. Le rouleau compresseur économique mis en place par les anciennes puissances coloniales découragea cette dynamique. De nouveau, il fallut importer les produits intermédiaires et les biens d’équipement dont les industries locales avaient besoin.
La perfusion financière
La deuxième étape, celle des programmes d’ajustement structurels (1980-1990), est marquée par deux évènements majeurs : la crise pétrolière et la chute des cours des produits de base. Ces deux crises obligent les Etats africains à solliciter l’aide des institutions de Brettons Woods. En réponse, la Banque mondiale publie en 1981, le rapport « Développement accéléré en Afrique subsaharienne: un programme d’action ». Les auteurs du rapport écrivent que les difficultés de l’Afrique sont dues à des fautes de gestion et de jugement. Pour ces analystes, l’avantage de l’Afrique réside non dans l’industrie, mais dans l’agriculture… Pour bénéficier de l’aide de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, les Etats africains se voient imposer un train de mesures drastiques allant de la libéralisation du commerce à la dévaluation de la monnaie en passant par la déréglementation des taux d’intérêt, la suppression des subventions publiques, la privatisation des entreprises publiques et parapubliques, etc. Placés sous perfusion financière internationale, les Etats revoient à la baisse leurs ambitions en matière d’industrialisation. Sans protection de l’Etat, l’industrie locale est laminée par la concurrence dans des pays pourtant bien partis à l’instar du Ghana, du Nigéria ou du Mozambique.
L’initiative PPTE
La troisième étape est celle des documents de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP) de 2000 à 2010. Devant l’échec dévastateur des programmes d’ajustement structurels et une dette insupportable, les Etats africains vont recourir à l’initiative PPTE (pays pauvres très endettés) destinée à soulager les pays surendettés porteurs d’un programme détaillé de réduction de la pauvreté. En faisant la part belle au secteur social, les premiers documents de stratégie de réduction de la pauvreté ont malheureusement eu une incidence néfaste sur l’industrialisation du continent. Cette incidence a été légèrement gommée par certaines dispositions de la seconde génération des DSRP portant spécifiquement sur le développement industriel et agricole.
Le vent en poupe
La quatrième étape commencée en 2010 est celle de l’émergence de l’Afrique. Cette phase a été parfaitement résumée par Carlos Lopes, secrétaire général adjoint de l’Organisation des Nations Unies et secrétaire exécutif de la CEA : «nous devons saisir cette occasion pour transformer notre continent pendant que nous avons le vent en poupe ». Sa croissance économique, l’accroissement de son marché domestique et l’importance de sa classe moyenne notamment placent, en effet, l’Afrique dans une configuration absolument favorable au développement de son industrie – malgré les contraintes.
En termes de forces, l’Afrique – dont les richesses du sol et du sol sont l’objet de toutes les convoitises – dispose en outre d’une croissance et d’une population capables de porter et de dynamiser le développement industriel du continent.
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Guy Gweth










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