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L'Edito de Guy Gweth

Pour Vous, tous les 7 jours, je montre comment la surveillance et le décryptage des échiquiers impactent la compétitivité des Etats, des entreprises et des ONG. Découvrez l'éditorial de cette semaine...

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L’édito de Guy Gweth

Sécuriser l’économie africaine par le Renseignement criminel

Fuite des capitaux, corruption, blanchiment d’argent, manipulation des cours de matières premières, trafics de produits illicites, etc., les crimes économiques se complexifient et s’amplifient en Afrique au rythme de la croissance économique du continent. Pour y faire face, j’appelle instamment les États africains à créer et à mettre rapidement en réseau des unités de Renseignement criminel exclusivement dédiées à la protection des économies locales.

Dans un monde des affaires globalisé, de nouveaux liens se nouent chaque jour entre les mafias et les entreprises, y compris les plus respectables. Et les deals comme celui révélé par la justice italienne en 2004 entre la multinationale Parmalate (35 000 salariés) et la Camorra napolitaine ne sont plus l’apanage de Milan, Moscou, Wall-Street, Tokyo ou Shanghai.

Pour les principaux acteurs mondiaux du crime organisé – ceux qui ont fait fortune dans l’industrie militaire ou pharmaceutique, ceux qui se sont enrichis grâce au traitement clandestin des déchets toxiques, ceux qui sont politiquement influents dans les pays émergents ou dans les vieilles démocraties – l’Afrique est regardée comme un trophée à gagner. Un marché poreux et rentable à très court terme, une proie à saisir dans les meilleurs délais.

Favorisé par la globalisation financière et la pauvreté des nouveaux pays-cibles, le crime organisé a opéré un saut qualitatif ces dernières années, qui a donné naissance à deux figures inquiétantes pour l’économie africaine : l’entrepreneur mafieux et le mafieux entrepreneur. Ces deux figures sont encore plus inquiétantes dans les pays où le modèle mafieux prospère aisément parce que la situation économique ou l’architecture sociale ne permettent plus à la jeunesse d’envisager autre chose que la voie du crime. De loin, ces pays donnent l’impression de laisser un seul choix à leurs populations : devenir criminelles ou sombrer dans la misère.

A qui avons-nous affaire ?

Seul un diagnostic froid des dangers du monde actuel permet de faire face à ce nouveau défi. De nombreux évènements, au cours des dernières années, ont montré à suffisance que ceux qui étaient en charge de la sécurité nationale pouvaient s’égarer dans les couches superficielles de l’actualité. Si, à titre d’exemple, les autorités fédérales nigérianes veulent faire croire que la violence des opérations de la secte islamiste Boko Haram dans la région était « imprévisible », l’analyse prédictive criminelle ne permet-elle pas d’anticiper les trafics d’armes que génèrent les ruptures de matériels militaires aux mains des combattants ?

Au milieu des années 2000, Antonio Calderone, un ancien mafioso, fit une remarque absolument extraordinaire par sa justesse. « Le soldat de la mafia, déclara Calderone, habitué à la compétition et au risque très élevé, est mieux qu’aucun autre préparé à l’économie de marché. » Cette description est observable chez plusieurs criminels actifs dans les pays où la menace n’est pas toujours d’origine extérieure. Les mafiosi nigérians par exemple contrôlent l’essentiel de l’économie souterraine de l’Etat fédéral grâce aux trafics (humains, de drogue, de matières premières, etc…), blanchiment d’argent sale, contrefaçons, enlèvements ciblés et escroqueries sur internet. Ce sont des winners avides, cupides, sans morale ni peur. Après le terrain, c’est à l’écran qu’ils portent la « destruction créatrice » dont parlait Schumpeter.

Nous avons affaire aujourd’hui à une catégorie d’acteurs économiques criminels et résilients qui, dans de nombreux pays, font concurrence aux acteurs légaux, voire à la force publique. Ils mobilisent des flux financiers capables de transformer la nature des marchés en un temps record et profitent de la relative porosité de la plupart des frontières africaines. Corrupteurs des institutions économiques et politiques, leur impact dévastateur et leur mondialisation à toute vitesse obligent les États africains à les classer dans le registre de la sécurité nationale.

A quoi ça va servir ?

Devant l’incapacité de la criminologie classique à traiter les phénomènes criminels les plus résilients, le Renseignement criminel apparait comme le nouvel allié indispensable aux décideurs africains. Il sert à produire et à transmettre, de manière sécurisée, des informations de qualité supérieure, voire hors norme, aux décideurs en charge de la sécurité économique.

Le péril que représente le crime organisé et transnational en Afrique a montré ses preuves, et ses victimes officielles se comptent par milliers. Le scandale du Probo Koala, sa vingtaine de morts directs et les 17 000 consultations hospitalières occasionnées en Côte d’ivoire durant l’été 2006, reste l’une des tragédies les plus emblématiques de la décennie écoulée. Entre temps, l’Afrique est devenue une vraie plaque tournante pour le trafic international de drogues dures telles que la cocaïne et l’héroïne en provenance d’Afghanistan et d’Amérique latine.

Les destructions de stocks de médicaments ou l’interception de menues cargaisons de stupéfiants dont se vantent quelquefois les autorités au journal télévisé de 20h sont utiles aux yeux de l’opinion mais insuffisantes pour protéger l’économie locale. Il est indispensable de s’engager dans une démarche analytique et opérationnelle innovante et proactive pour anticiper et non plus subir les dangers que font peser ces criminels sur l’économie africaine. J’invite l’Afrique à une véritable révolution dans le traitement des crimes économiques.

A quels moyens recourir ?

Le réseau d’unités de Renseignement criminel que propose mon équipe de conseils en intelligence économique a recours, au niveau national, au personnel de la police, de la gendarmerie et de l’administration civile. La mise en commun du renseignement criminel par l’ensemble des unités s’appuie sur une base de données automatisée regroupant les productions des différentes unités.

Cette super organisation continentale aurait à sa tête un comité de gouvernance panafricain, garant du bon fonctionnement du réseau et de la diffusion adéquate du renseignement criminel dans chaque pays membre. Il aurait notamment pour mandat d’assurer la collecte de l’information et la transmission des analyses stratégiques provenant de chaque unité en vue d’aider les autorités nationales dans la prise de décision.

Le Renseignement criminel que j’appelle aujourd’hui de mes vœux les plus ardents doit être le fruit d’une volonté politique, un état d’esprit et un ensemble de méthodes et d’outils dont le but est de déceler précocement et de neutraliser le crime avant qu’il ne soit commis. Reste bien entendu à poser les bases théoriques et pratiques du Renseignement criminel et à intégrer ce concept encore balbutiant dans la culture des décideurs politiques.

L’âpreté de la compétition économique mondiale ne connait pas le fair-play. Et ses arbitres sont toujours juges et partis. Face à cette guerre dont le droit international n’a pas encore pris l’entière mesure, seul un Renseignement criminel en réseau permettra de dévoiler l’invisible, d’entendre l’indicible et d’identifier l’inavouable de manière à désamorcer les périls avant qu’ils n’affectent une économie africaine en pleine croissance.

Guy Gweth

Twitter : https://twitter.com/Knowdys_Founder

LinkedIn : http://fr.linkedin.com/pub/guy-gweth/75/1ab/209