Les nouveaux défis de l’investigation financière en Afrique Le Renseignement criminel au profit de l’économie africaine Innovation : KCG creuse le sillon de la due diligence foncière en Afrique Africa Diligence crée FCV, le Fichier des Clients Voyous

L'Edito de Guy Gweth

Chaque semaine, le président du Centre Africain de Veille et d’Intelligence Economique (CAVIE) vous entraine dans les arcanes de la géoéconomie et de la géostratégie africaines.

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A défaut de vaccin, quel sérum anti-corruption pour les entreprises opérant en Afrique ?

Elle coûte jusqu’à 25% de son PIB au continent africain et trahit le déficit d’Etat de droit. Plus sophistiquée que jamais, la corruption rend compte de la montée en puissance d’une ingénierie dopée par la prolifération des mafieux investisseurs et des entrepreneurs mafieux dans un environnement où les acteurs publics tendent à privatiser les intérêts de l’Etat. Comment survivre lorsque les entreprises qui reculent sont mortes d’office ? 

La corruption touche pratiquement tous les circuits de la vie des affaires en Afrique et est au cœur des différents mécanismes de fraude mis en place aux quatre coins de l’Afrique. Selon Rigobert Pinga Pinga, auditeur à la Banque mondiale et président de la commission « Audit et Compétitivité » du Centre Africain de Veille et d’Intelligence Economique, « les risques de fraude liés à l’attribution et à l’exécution des marchés publics peuvent intervenir à chacune des étapes importantes de la procédure : depuis la rédaction du cahier des charges ou le choix de la procédure d’octroi des marchés, jusqu’à l’exécution et le règlement des prestations. »

Dans ce contexte où la commande publique pèse en moyenne 20% du produit intérieur brut, les entreprises locales avouent, sous anonymat, qu’elles doivent payer tellement d’acteurs institutionnels que les coûts des transactions finissent par leur porter préjudice et d’entamer leur compétitivité et leur croissance. Pour les entreprises européennes en particulier, cette espèce de darwinisme n’a eu de cesse de faire reculer celles qui avaient un minimum d’éthique (au profit de celles n’avaient pas) au cours des dernières décennies.

Phagocytées par la concurrence asiatique, les sociétés du vieux continent, comme celles du continent africain, déjà atrophiées par l’aversion au risque, peinent à débattre publiquement de la question de la corruption en Afrique, préférant la « traiter au cas par cas ». L’Omerta de fait qui en découle contribue à la prospérité d’un phénomène dont bénéficient des secteurs chargés de veiller au respect de la res publica, au détriment de la saine concurrence et de la transparence.

Bienvenue dans l’ère de l’innovation comportementale en terrain hostile

C’est bien connu : toutes les sociétés n’ont pas accès à la diplomatie économique qu’elles sont en droit d’attendre de leur Etat. En Belgique, par exemple, quelques entreprises bénéficient de l’appui des diplomates belges dans les dossiers de règlement d’impayés, à l’étranger, mais leur nombre est limité. Et à y regarder de près, c’est l’entregent de leurs dirigeants qui fait la différence. Mais l’objectif est le même pour toutes, bénéficier des règles du jeu pour l’emporter.

La pratique des marchés africains montre que si les lanceurs d’alerte constituent une arme de dissuasion privilégiée, son efficacité reste liée à la qualité de la gouvernance ambiante. C’est donc tout le cercle vicieux qui doit devenir vertueux. La création de listes noires (ou des fichiers des clients voyous mis en place par le CAVIE) n’a de sens que si elles sont largement médiatisées au point d’obliger les pouvoirs publics et les actionnaires des entreprises épinglées. En tout état de cause, il est désormais établi que plus les pouvoirs publics interviennent dans l’activité économique – c’est très largement le cas en Afrique – plus il y a de corruption.

Le phénomène n’est pour autant pas un problème africain. Loin s’en faut. Les investigations concernant ce fléau à grande échelle ont documenté le rôle des banques étrangères, qui aident les dirigeants africains corrompus à déposer le produit de la corruption dans des comptes secrets offshore. La crise financière de 2008 a d’ailleurs mis en lumière les pratiques opaques de nombreuses institutions financières situées dans des pays théoriquement exemplaires.

Quasiment tous les acteurs impliqués sont unanimes pour reconnaitre que si les règles du jeu sont clairement appliquées, dans un environnement de libre concurrence et de réglementation des entités publiques, le risque de corruption s’amoindrira. C’est le diagnostic qu’ont établi les autorités rwandaises avec les remarquables résultats que l’on observe depuis une dizaine d’années en termes de bonne gouvernance.

Mais si au gré des colloques et des réformettes, les dispositifs répressifs et dissuasifs changent pour que rien de change, c’est assurément que les Etats concernés jouent à sortir de la boue et se tirant par les cheveux comme le faisait le baron de Munchausen… Dès lors, la vraie question pour est : « Que peuvent faire les entreprises responsables pour sortir de l’engrenage ? »

Grâce à des cas concrets, le CAVIE montre aux entreprises intéressées par l’Afrique que derrière chaque risque, se cache peut-être une opportunité d’affaire. S’appuyant sur plusieurs retours d’expérience documentés, le Centre démontre ainsi que les obstacles tels que la corruption peuvent constituer des opportunités inattendues pour les sociétés innovantes. C’est l’ère de l’innovation comportementale en terrain hostile, celle dans laquelle l’entreprise embrasse le risque pour le transformer en avantage compétitif.

Guy Gweth