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L'Edito de Guy Gweth

Chaque semaine, le président du Centre Africain de Veille et d’Intelligence Economique (CAVIE) vous entraine dans les arcanes de la géoéconomie et de la géostratégie africaines.

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Les diplômés de la diaspora surfent sur la croissance africaine

[Africa Diligence] Partis à l’étranger pour poursuivre leurs études, de nombreux diplômés africains préfèrent aujourd’hui retourner définitivement dans leurs pays pour y travailler. Un phénomène qui n’est pas étranger à l’insolente croissance qu’affiche le continent depuis 10 ans.

Rentrer en Afrique et apporter ses compétences et son expérience est une évidence pour beaucoup de jeunes diplômés et même pour certains travailleurs de la diaspora, en poste parfois depuis une dizaine d’années en France. Le retour au pays natal ne s’inscrit plus sur un cahier laissé aux oubliettes des bonnes résolutions. Il est devenu une immédiateté spontanée au gré du contexte économique européen mais aussi grâce au regard plein d’espoir sur la croissance et les nouvelles opportunités en Afrique.

Projet d’un retour au pays natal

« Un retour ? » S’interroge Aïssatou Diagne, récente titulaire d’un Master en conseil et stratégie de banques. Mais c’est logique qu’on reparte travailler en Afrique, dans nos pays qui nous ont formés même si la France y a grandement participé ». Employé d’une grande banque à la Défense (un quartier d’affaires en région parisienne, ndlr), Joseph Minka, Camerounais de 30 ans, abonde dans le sens de la jeune Sénégalaise. « Je suis dans une phase accrue de recherche d’un emploi en Afrique même si je suis en activité en France ». Pour Latyr Mbodji, diplômé en Finances, la question du retour a toujours jalonné ses projets de vie et professionnel. « On est en France par obligation familiale vu l’investissement que nos proches ont consenti pour nos études. Mais personnellement après 9 ans d’expérience, il est temps de repenser à rendre ce que le Sénégal m’a apporté en me formant gratuitement du primaire à l’Université ».

Apport de compétence et d’expérience

Ce soudain intérêt pour un retour définitif au pays a un lien avec la situation de crise économique européenne qui perdure depuis 2008 alors que le continent africain est en pleine croissance. « L’Europe est bloquée économiquement. La croissance et les perspectives sont davantage en Afrique, analyse Latyr Mbodji », l’expert en Finance. Des opportunités qu’il faut saisir car il y a encore une véritable méconnaissance, voire une méprise des réalités économiques en Afrique depuis les bureaux de Paris qui empêche certains projets sur le continent d’aboutir. Joseph Minka en garde un souvenir exemplaire : « En 2009, pour le compte de ma boîte, j’ai participé au financement d’un projet de construction d’un centre commercial dans un pays africain que je ne citerai pas. Le business plan était correct, les prévisions étaient bonnes. Mais l’un des collègues a jugé que le pays en question n’avait pas besoin d’un centre commercial parce que ses habitants n’avaient pas l’habitude d’aller au centre commercial. C’est aberrant quand on sait que ce qui est important c’est surtout la structure que ce qu’on y vend ». Une situation qui pousse à partir même si l’avenir n’est pas garanti.

Pas un choix par défaut

Le choix du retour se construit en toute conscience. « Ça peut être risqué comme choix de carrière. Plusieurs fois, lors de séjour à Dakar, j’étais en contact avec des RH ou des directeurs d’entreprise qui me promettaient monts et merveilles, raconte Latyr Modji. J’étais prêt à rentrer. Mais à mon retour à Paris pour finaliser le retour, mes interlocuteurs ne répondaient plus à mes appels téléphoniques et encore moins à mes mails ». « Il y aura certainement un temps de réadaptation pour un système qu’on connaît mal vu que beaucoup d’entre-nous n’ont jamais travaillé en Afrique » soutient l’ingénieur Eric Mungimur de la RDC. Sa compatriote, Lydie Néel, à la recherche d’un emploi et membre de l’association Afip a une analyse plus générale sur la situation. « Il y a deux raisons essentielles. D’abord au niveau du recrutement, la diversité n’est pas beaucoup représentée. Puis une fois qu’elle parvient à intégrer l’entreprise, il y a un souci au niveau de la mobilité interne, c’est-à-dire des possibilités d’évoluer en carrière. C’est ce qu’on appelle le plafond de verre ».

L’auto-motivation avec délai

Devant ce tableau, certains se donnent des délais pour rentrer en Afrique. « D’ici janvier 2013, si je ne trouve rien de concret, je pense rentrer, planifie Aïssatou Diagne ». Malgré 8 ans d’expérience en France, Badara Mbaye, diplômé en Finances, adopte la même démarche avec une deadline en début d’année prochaine. Cependant le banquier regrette « le manque de visibilité en terme de salaire et de carrière des sites web de sociétés africaines. Ils ne sont pas régulièrement mis à jour ». Une opacité que « le manque de réactivité des RH sur les CV envoyés via les sites web des entreprises ne viennent pas éclairer ».

(Avec Moussa DIOP, Abidjan.net)

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2 Commentaires

  1. mekm dit :

    Cet article dévoile les intentions des Africains de retourner en Afrique. Un des arguments qui justifie ces intentions de retour est la croissance économique du continent. Pourquoi cette croissance n’attire que les diplômés africains ? N’y a-t-il pas dans ces intentions de retour une part importante du mal du pays ? La croissance économique africaine n’est-elle pas assez franche pour attirer les diplômés de tout bord en quête d’une vie meilleure ? La croissance économique européenne, en son temps, n’attirait pas seulement les européens expatriés, mais des populations du monde entier qui venaient construire une nouvelle vie loin de leurs terres de naissance. Que manque-t-il à la croissance économique africaine pour attirer d’ambitieux diplômés et entrepreneurs du monde entier animés par le rêve de réussir en affaire, porteurs des projets de petites et moyennes entreprises, en même temps que de grands investisseurs davantage concernés par la finance ?

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