[Africa Diligence] Les opérateurs tunisiens ont été les premiers à prendre la température de l’audiovisuel algérien, au début des années 2000. Au moment où la fièvre s’empare du secteur, les Tunisiens ont pris une longueur d’avance sur les producteurs algériens. Les créateurs de Carthage tablent sur 40 millions de consommateurs acquis aux délices du cinéma arabe.

Les premiers producteurs tunisiens à investir dans le domaine audiovisuel en Algérie sont les frères Karoui, publicitaires attitrés de Djezzy, puis de Nedjma, dans les années 2000.

La marque Karoui s’est servi du marché algérien comme rampe de lancement dans son parcours audiovisuel maghrébin, notamment pour le lancement de sa télévision Nessma TV. Mais les frères Karoui qui ont fait leur beurre durant plus de 10 ans en Algérie n’ont pas profité de l’ouverture audiovisuelle faite au privé, et ont fini par être chassés du marché local, le bureau de la chaîne Nessma à Alger ayant été fermé, faute de publicité. Mais la déroute des frères Karoui n’a pas totalement fermé la porte du marché naissant de l’audiovisuel algérien. D’autres opérateurs tunisiens en ont même profité. C’est le cas de Tarek Ben Ammar, le célèbre producteur franco-tunisien et l’un des trois actionnaires de Nessma TV.

Faute de rentrer dans le marché algérien, Tarek Ben Ammar a eu l’intelligence d’attirer les producteurs algériens à Tunis et de leur faire payer les services de son nouveau studio aménagé à Ben Arous. C’est là-bas qu’a été tourné le film Hors-la-loi de Rachid Bouchareb et où se prépare actuellement le dernier sitcom de Djaâfar Gassem prévu pour le Ramadhan sur la chaîne Echourouk TV.

C’est suite à ce choix que la télévision publique a refusé de collaborer cette année avec Djaâfar Gassem. Selon certaines sources de la production de Djaâfar Gassem, la télévision publique n’a pas souhaité que l’argent public soit transféré vers la Tunisie. Tarek Ben Ammar avait déjà un contentieux avec l’Algérie pour avoir attaqué en justice une maison de production algérienne aux motifs qu’elle n’honorait pas ses engagements. C’est à cause de ce contentieux que l’actrice franco-algérienne Isabelle Adjani a quitté précipitamment le plateau de tournage et l’Algérie, après avoir reçu une partie de son cachet.

Djef (Surnom de Djaâfar Gassem) ne sera pas le seul à bénéficier du savoir-faire des Tunisiens et particulièrement de Tarek Ben Ammar. Une nouvelle société tunisienne investit en Algérie depuis quelques années. C’est Not Found Prod, une compagnie artistique et audiovisuelle créée en 2011 en Tunisie et qui a ouvert ses bureaux à Alger en 2013. Cette dernière a produit trois œuvres pour la chaîne Echourouk TV: une série animée en 3D, L’inspecteur Mergou, un short-programme, version algérienne d’Un gars et une fille (Bin oua walad) et une émission people Jet set, sur les stars maghrébines et arabes tournée à Dubai.

Not Found a définitivement pris pied en Algérie, même si l’entreprise a été récemment secouée par Aziz Smati, l’ancien producteur radio de la Chaîne III, qui l’a attaquée en justice pour avoir utilisé le nom de «inspecteur Mergou», qu’il avait créé dans les années 1990.

Les Algériens ne maîtrisent peut-être pas encore la technique audiovisuelle, mais ils ont de l’argent et ils apprennent vite.

La rédaction (avec Amira Sotane)

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