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L'Edito de Guy Gweth

Chaque semaine, le président du Centre Africain de Veille et d’Intelligence Economique (CAVIE) vous entraine dans les arcanes de la géoéconomie et de la géostratégie africaines.

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Marée noire | L’Afrique va-t-elle payer pour BP ?

La gigantesque catastrophe énergétique, écologique et psychologique déclenchée par BP le 20 avril 2010 dans le golfe du Mexique a conduit Washington à revoir sa stratégie, en urgence et discrétion, en vue d’accroitre ses approvisionnements de pétrole offshore dans le golfe de Guinée.

Par Guy Gweth *

L’exploitation pétrolière offshore n’a jamais eu la cote aux États-Unis, et le naufrage de la plateforme Deepwater Horizon le 20 avril 2010 à 80 km au large des côtes de la Louisiane est venu ajouter à la psychose de l’opinion publique américaine et de l’administration Obama. De plus, il faut se souvenir que dès le 3ème trimestre 2001, la guerre déclarée au terrorisme islamiste et la régression des réserves mondiales de pétrole ont contraint les États-Unis [1] à trouver une alternative au golfe persique pour approvisionner leur marché. Fort de plus de 4. 500.000 barils de brut/jour, le golfe de Guinée exporte 90% de sa production. Or aujourd’hui, les réserves confirmées le long des 3.700 km de sa ligne côtière sont estimées à 15 milliards de barils. Avec la découverte de nouveaux gisements pétroliers marins en Angola, à Sao Tomé et Principe et en Guinée équatoriale début 2000, le pétrole africain est définitivement devenu «une priorité pour la Sécurité nationale américaine de l’après 11 septembre.» [2]

Les attentats du 11/9 et la nouvelle stratégie US

Au lendemain des attentats du World Trade Center, les stratèges étatsuniens décident d’augmenter leurs importations de pétrole du golfe de Guinée de 15 à 25% avant 2016. Le National Security Strategy of the United States déclare dans la foulée que le combat contre le terrorisme mondial et la nécessité d’assurer la sécurité énergétique de la première puissance mondiale exigent des États-Unis qu’ils augmentent leur engagement en Afrique pour y sécuriser leurs approvisionnements en hydrocarbures. L’intense activité diplomatique qui suit connait un point d’orgue avec le déjeuner du 13 septembre 2002 entre George W. Bush et 10 chefs d’États d’Afrique centrale à l’initiative de la Maison Blanche. Mais certains analystes proches de la droite américaine poussent le bouchon plus loin. A près 48h passées dans le delta du Niger, le journaliste Jeffrey Taylor du magasine Atlantic Monthly [3] écrit dans une livraison (régulièrement citée) d’avril 2006 qu’à cause de forces islamistes, le Nigeria [4] est devenu un « Etat en faillite » dont l’importance des ressources pétrolières nécessite absolument un quadrillage militaire et une intervention des États-Unis encore plus massive qu’en Irak…

L’Africom et le quadrillage de l’Afrique

Deux ans avant la mise en route de l’Africom, l’administration américaine avait affecté près de 400 marins ainsi qu’une base flottante constituée de NTGV (navires à très grande vitesse) à la surveillance des côtes au long de l’Angola, du Cameroun, du Gabon, du Ghana, de la Guinée équatoriale, du Liberia, de Sao-Tome & Principe, du Sénégal et du Nigeria. Officiellement actif depuis le 1er octobre 2008, l’Africom a pour mission de «développer la coopération militaire avec les pays africains, d’apporter un soutien à des missions non militaires et de mener des opérations militaires sur le continent africain si elles sont décidées par le gouvernement américain». Sa compétence s’étend sur l’ensemble des États membres de l’Union Africaine, à l’exception de l’Egypte. Stratégiquement, le maillage militaire du golfe de Guinée par le Pentagone vise singulièrement le contrôle de la partie occidentale de la route transafricaine du pétrole et les réserves vitales de brut qui y ont été découvertes, qu’elles soient sous le coup de la concurrence asiatique, de la menace terroriste ou pas.

L’effet coupe du monde et la menace islamiste

« Aidés » par l’attentat manqué du vol Amsterdam-Detroit le 25/12/2009 et les attaques contre l’équipe togolaise de football en partance pour la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2010 en Angola, les Etats-Unis ont accentué leur présence sécuritaire du centre à la partie australe du continent africain durant le 1er semestre 2010. Le match qui a apposé l’Angleterre aux Etats-Unis le 12 juin à Rustenburg a été classé à haut risque, car mettant en présence les deux principaux ennemis d’Al-Qaïda [5]. Bien que les analystes des Services sud-africains aient précisé que « les équipes de France, d’Espagne, d’Allemagne et d’Australie, qui sont des pays jouant un rôle prépondérant dans la guerre contre le terrorisme sont également sous la menace », Washington n’a pas demandé de renfort exceptionnel à ses alliés pour étendre et renforcer son cordon de sécurité sur un très large périmètre autour de l’Afrique du Sud. Cette attitude, couplée à d’autres indicateurs géostratégiques, renforce la thèse des analystes qui soutiennent que le quadrillage étatsunien vise par ailleurs d’autres objectifs dont l’un des plus saillants est de se protéger de la montée en puissance des grands émergents asiatiques – la Chine en particulier – comme le recommandent Anthony Lake [6] & Christine Todd Whitman [7] dans un rapport sans concession du Council on Foreign Relations [8]. Pékin importe  l/3 de son pétrole d’Afrique, soit près de 10% des exportations du continent, l’Europe 20% et les Etats-Unis 33%.

Au final, après la volonté de rééquilibrer les approvisionnements entre le golfe persique et le golfe de Guinée, à côté de la lutte contre le terrorisme et la résistance US à la montée en puissance chinoise, c’est la psychose des marées noires aux Etats-Unis qui accentue la pression sur l’offshore africain. Les 2,6 milliards de dollars déjà dépensés par BP (en frais de colmatage, de confinement et de nettoyage, ainsi que les dédommagements versés aux Etats côtiers et aux tiers) depuis le 20 avril 2010 l’auraient-ils été si la catastrophe avait eu lieu en Afrique ? Pas sûr, si on s’inspire d’une jurisprudence comme celle du Probo Koala [9].

 

Notes :

[1] James Dao, “In Quietly Courting Africa, U.S. Likes the Dowry: Oil”, The New York Times, 18 septembre 2002.

[2] Propos du sénateur républicain de l’Etat de Californie Ed Royce, président du sous-comité Afrique, lors de la conférence de l’Institute for Advances Strategic & Political Studies tenue le 25 janvier 2002.

[3] Jeffrey Taylor, « Worse than Iraq? »,  The Atlantic Monthly, Avril 2006, Pages 33-34.

[4] Premier fournisseur africain des États-Unis, le Nigeria vend 40% de ses deux millions de barils/jour aux États-Unis.

[5] Un communiqué publié dans la première semaine du mois d’avril 2010 sur le site jihadiste Mushtaqun, la branche maghrébine d’Al Qaïda, prévoyait une explosion et des dizaines de morts lors de la rencontre opposant l’Angleterre aux États-Unis.

[6] Ancien conseiller de Bill Clinton pour les questions de sécurité, le professeur Anthony Lake est l’un des meilleurs internationalistes américains. Il enseigne les pratiques diplomatiques à l’université de Georgetown.

[7] Ancienne gouverneure de l’Etat du New Jersey, Christine Witman Todd est présidente du Whitman Strategy Group. Elle a siégé comme administrateur au sein de l’Agence américaine de protection de l’environnement sous la présidence de George Walker Bush.

[8] More Than Humanitarism : A strategic US approach Toward Africa, Anthony Lake & Christine Todd Whitman, Council on Foreign Relations Press, 2006, 174 pages.

[9] Le déversement de résidus chimiques dans la ville d’Abidjan par le Probo Koala dans la nuit du 19 au 20 août 2006 a officiellement provoqué la mort dix-sept personnes et intoxiqué vingt mille autres. En 2007, l’Etat ivoirien a signé avec Trafigura (affréteur du Probo Koala) un accord amiable mettant fin à toute poursuite en contrepartie d’une indemnisation de 150 millions d’euros dont ¼ seulement est allé aux victimes.

*Ce texte de Guy Gweth est publié avec l’aimable autorisation de Commodesk, le premier site français d’information sur les matières premières.

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