Marie Tamoifo Nkom/CEO Fondation AJVC/Septembre 2015/@DR

[Africa Diligence] C’est un pur produit du Cameroun. Titulaire d’une Licence en droit à l’Université de Yaoundé II, Marie Tamoifo fait ses classes comme bénévole au sein de l’ONG Global Village Cameroun avant de devenir consultante pour GTZ. En 1997, elle créé la Fondation AJVC. En 2010, elle est reçue par le Président Obama au titre de jeune leader. L’émergence de l’Afrique, elle en parle avec les grands de ce monde.

A 40 ans, Marie Tamoifo Nkom peut être fière de son parcours. Mais elle ne s’arrête jamais. Cette communicatrice sociale, comme elle se définit, a initié plusieurs programmes, contribué à la rédaction de divers rapports, organisé et dirigé une tournée à travers les dix régions du Cameroun. Son obsession : être en mesure d’identifier les meilleures pratiques et les activités relatives à la consommation durable, de recenser les écologistes et groupes de jeunes acteurs et d’expliquer la vision du Réseau des jeunes. Elle est l’une des premières à avoir identifié les contraintes que vivent les jeunes dans leurs activités environnementales quotidiennes.

C’est elle qui coordonne le réseau régional des Jeunes Leaders pour la Gestion Durable des Écosystèmes Forestiers et Humides d’Afrique Centrale en lien avec des points focaux des pays suivants : Congo, RDC, Tchad, RCA, Guinée équatoriale, Gabon, Sao Tomé et Principe, le Rwanda, le Burundi et le Cameroun. “Mes activités, explique-t-elle, mettent l’accent sur la mise en réseau, le développement communautaire, le leadership féminin, la participation aux prises de décision et le bénévolat régional et international.”

L’année 2005 a été révélatrice pour elle, car elle est désignée porte-parole pour les OMD / 2015 dans le cadre de la campagne du PNUD pour le Cameroun. En août suivant, elle est l’une des lauréats du Prix Roi Mohammed VI des Projets menés sur les Objectifs du Millénaire pour le Développement en Afrique. En décembre de la même année, elle est désignée porte-parole de la jeunesse Africaine pour s’exprimer devant les chefs d’États d’Afrique et de France au Sommet Afrique-France. Dans la foulée, elle est choisie pour mettre en place un Conseil de la jeunesse Africaine à la suite des conseils nationaux de jeunesse.

En 2010, coup d’éclat : Marie Tamoifo Nkom est invitée avec d’autres jeunes d’Afrique par le Président des États-Unis d’Amérique Barack Obama. Depuis, elle a participé à plusieurs rencontres de pointe dont le Sommet de la jeunesse de haut niveau sur le VIH et le Sida au Mali, le Sommet de la forêt tropicale des trois Bassins à Brazzaville et le Séminaire sur la réforme du système éducatif à la Triennale de décembre 2011, en compagnie de l’ensemble des ministres de l’Éducation de la région. Entre 2012 à 2014, elle conduit le programme Vacances Vertes sur l’Éducation et les changements climatiques avec une délégation de 40 jeunes leaders. Elle fait le trajet par route de Yaoundé à Kousseri en célébration des 10 ans de sa Fondation.

En 2013, elle est nommée membre du conseil d’administration du Programme Organisation et Développement des Communautés (PODC) d’électrification rurale dans les régions du centre, est, sud et nord-ouest du Cameroun. C’est donc une véritable icône de la jeunesse Africaine, désireuse de contribuer à l’émergence de l’Afrique, qui a accepté de répondre à nos questions.

Africa Diligence : Croyez-vous en l’émergence économique du continent africain ?

Marie Tamoifo Nkom : À chaque, chose son contexte. Mon constat d’actrice de développement, de celle qui vit au quotidien sur le terrain, et travaille sur des projets de développement dans les domaines de l’énergie, de l’entreprenariat et de l’éducation, m’amène à dire que l’émergence économique du continent africain est plus que possible. Il faut y croire même si cette croissance de l’Afrique n’ira nulle part si elle ne change pas de vitesse et surtout si la vision n’est pas celle de changer la vie de la majorité des Africains d’abord. L’Afrique est riche en ressources humaines, naturelles et mêmes politiques et économiques. Mais qu’attendons-nous pour explorer cela ? Pourquoi ne pas travailler réellement à associer le secteur privé, la société civile et toutes les énergies disponibles pour relancer l’économie africaine ? Nous sommes prêts en Afrique et nous apprenons déjà vite des leçons du passé. Nous avons toujours été prêts, bien que plusieurs obstacles se soient mis sur nos chemins. Nous sommes prêts depuis à répondre à cet appel de relance économique, si nous sommes mis en confiance, si nous sommes encouragés, mis au défi en tant qu’acteurs de développement car le monde bouge et nous impose des changements. Et là où le monde bouge, nous devons courir pour y arriver. Le continent reste malgré tout ce lieu où tout est possible économiquement car le monde dépend actuellement de nous. Nous devons préserver cela. Demain, nous n’aurons plus rien comme ressources si nous gaspillons ce que nous avons. Les Africains ont compris qu’ils ne sont pas les sous-hommes et les exemples sont légion. De plus en plus d’Africains savent qu’ils ne sont inférieurs à personne et qu’il est temps d’agir avec le monde. Ils n’ont pas les complexes qu’avaient leurs parents nés pendant la colonisation ou dans les premières années de l’indépendance. Ils savent que l’Afrique a quelque chose à apporter au monde. Pas seulement des matières premières ou des biens matériels, mais ce que nous sommes, notre sensibilité particulière, notre génie, notre façon d’être via notre culture. Des acteurs majeurs tels que les entrepreneurs Africains et une nouvelle génération de cadres économiques et sociaux, leurs réseaux d’affaires, la société civile, ont pris le pari de porter l’émergence de l’Afrique par leurs travaux. Ils ont soif de croissance économique et sociale pérenne, de productions qualitatives. La société civile et les entrepreneurs Africains sont prêts à mettre en relief ce dynamisme socio-économique, entrepreneurial, et faire la promotion d’une Afrique positive, tout en proposant des analyses et solutions concrètes aux risques économico-politiques qui peuvent encore persister.

S’il fallait vous aider à contribuer au développement rapide de l’Afrique, quels leviers pourrait-on activer ?

Nous devons actionner tous les leviers économiques, culturels, politiques et sociaux pour avancer. Il faut toucher le levier politique, la compétence institutionnelle qui devra élaborer, mettre en œuvre et assurer le suivi des politiques publiques destinées à corriger les dysfonctionnements de la société et de l’environnement. Le levier administratif avec toutes ces lenteurs administratives observées de part et d’autres, et aussi toucher les leviers de développement et de recherche. Il faut créer plus d’emplois, plus d’opportunités, plus d’espace, plus de libertés d’agir, des salaires décents doublés d’un minimum pour améliorer les conditions de vie des citoyens Africains que nous sommes. S’il est exact qu’en Afrique, la population active va exploser au cours des quarante prochaines années, nous devons investir dans l’éducation et la formation professionnelle qui demeure insuffisante comparé aux efforts fournis par les pays asiatiques à partir des années 1960-1970. Le continent africain qui recèle de nombreux atouts naturels et une croissance démographique, doit pouvoir transformer ses potentiels en création de richesses, à condition de persévérer dans des réformes structurelles et la liberté démocratique. Ce sont des préalables à l’attractivité des investissements tant locaux qu’étrangers. Je suis pour une formation, une éducation pour un emploi pour tous comme objectif premier, car on doit arrêter avec l’improvisation. Il faut prévoir, planifier, et assurer un cadre et un environnement propices pour résoudre le problème de détermination des niches d’emplois, d’orientation scolaire et universitaire et de débouchés économiques. Nous encadrons les jeunes au quotidien. Nous travaillons comme à notre habitude avec des jeunes relais communautaires, avec des jeunes de nos associations respectives, nous vivons et encadrons nos jeunes petits et petites sœurs à la maison qui demeurent sans emploi ni opportunité économique stable. Notre bataille reste celle de l’emploi.

Si vous étiez élue chef de l’État de votre pays dans les 24 heures, quelles seraient vos trois premières décisions ?

J’ai une histoire avec le ministère de la Jeunesse de ce pays qui illustre très bien ce que je pense. Si je devais assumer une aussi haute fonction, je me battrais pour prendre rapidement des décisions visant à redonner force, désir, amour et espoir aux citoyens Camerounais. Je nommerais une nouvelle équipe du gouvernement jeune qui inclut au moins 10 jeunes femmes et hommes âgés de moins de 45 ans. Il y aurait le moins de postes ministériels possibles. Tous les ministres seraient désignés membres du Sénat pour services rendus à la Nation. Dans le même temps, je procéderais à une véritable cure administrative pour éviter le cumul de postes pendant que d’autres sont au chômage. J’établirais une charte de déontologie pour tous les membres du gouvernement. Il faudrait tour à tour remettre sur la table la question des bourses et subventions aux étudiants car le niveau de vie des parents a baissé et les familles peinent à envoyer leurs enfants à l’école. Je ferais faire un diagnostic global de la situation économique, politique, culturelle et sociale du pays afin de prendre des décisions mesurées et justes.

Propos recueillis par la Rédaction

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