Formation Intelligence Economique et Due Diligence L’aversion au risque ou l’étrange darwinisme des marchés africains Innovation : KCG creuse le sillon de la due diligence foncière en Afrique Africa Diligence crée FCV, le Fichier des Clients Voyous

L'Edito de Guy Gweth

Chaque semaine, le président du Centre Africain de Veille et d’Intelligence Economique (CAVIE) vous entraine dans les arcanes de la géoéconomie et de la géostratégie africaines.

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Révoltes | Le jasmin pousse à Ouagadougou

Comme nous l’annoncions dans « Afrique | les investisseurs goûtent au jasmin » publié le 31 janvier 2011, les mouvements de révolte déclenchés dans le monde arabe donnent des idées au sud du Sahara. Les évènements en cours au Burkina Faso depuis février confirment le contenu des différentes notes d’anticipation rédigées par Knowdys sur ce pays au profit des investisseurs internationaux. En exclusivité pour nos lecteurs, voici le témoignage de Code 26, une de nos correspondantes au pays de Thomas Sankara, sur ce qu’elle a vécu dans la nuit du 15 au 16 avril 2011 à Ouagadougou, la capitale.

« Tout a commencé jeudi soir par la mutinerie des militaires de la garde présidentielle, qui a débouché sur la mise à sac de plusieurs bâtiments de l’armée et également un peu de casse dans des commerces de la ville (y compris notre hôtel). Mais tout a basculé la nuit de vendredi à samedi. Des militaires sont entrés dans l’hôtel vers 20h et y ont mis le feu; ils ont pénétré dans plein de chambres et menacé de tirer si on ne leur donnait pas de l’argent et des « cadeaux » comme des pc portables, appareils-photos etc. (d’ailleurs un de nos participants à l’atelier a dû leur donner tout son fric,  plus de 1000 dollars, jackpot pour eux!)… Complètement souls et drogués, ils faisaient vraiment peur à voir. On est parti se réfugier dans ma chambre avec Cloé et on a attendu des coups de feu éclataient partout, et on les sentait tellement proches…

« J’ai failli perdre mon sang froid au moment où j’ai appris qu’il fallait évacuer l’hôtel à cause de la fumée (ils venaient d’incendier le hall de l’hôtel)… alors qu’on ne savait pas si les militaires étaient partis!!! C’est l’ambassade qui nous a prévenues que des pompiers étaient sur place (ils ont su qu’il y avait un incendie grâce à un de mes collègues, ça je l’ai appris par la suite) alors qu’il était 23h à peu près…

« Heureusement, une fois descendu, on a vu qu’il n’y avait plus de militaires; on a déstressé un peu! J’avoue que c’était quand même rassurant d’avoir les gens de l’ambassade au bout du fil. Et puis de retrouver mes collègues… Eux avaient assisté à la prise de l’hôtel en otage parce qu’ils dînaient tranquillement quand les militaires ont décidé de terroriser tout le monde.
J’ai alors compris que Cloé et moi avons eu une chance incroyable de ne pas nous être fait agressées. Ils ont fait sauter les serrures à coups de mitraillettes de plein de chambres de l’hôtel, et mes collègues n’ont pas été épargnés… il y aurait même eu des viols…

« On s’est tous retrouvés près de la piscine, et là le staff de l’hôtel a décidé de nous séparer : les femmes sont allées se réfugier sous un chapiteau et les hommes restaient dehors. On a dormi par terre, on devait faire pitié à voir!!! Et puis vers 5h30, on a regagné nos chambres… On a essayé de dormir, et dans la matinée les coups de feu ont repris.

Ce sont les commerçants qui s’y sont mis : ils manifestaient contre l’inaction des autorités. Les flics avaient littéralement disparu et laissaient les militaires détruire tous leurs magasins, donc on comprend le ras-le-bol. Il faut voir le carnage qu’ils ont fait : toute l’avenue principale de Ouaga a été saccagée, les grands hôtels aussi, et dans tous les quartiers de la capitale y’a eu de la casse.
Les commerçants s’y sont donc eux aussi donnés à cœur joie : incendie du siège du parti (sympa, on sort du hall de l’hôtel cramé… pour voir le bâtiment d’en face en train de brûler lui aussi au milieu d’une foule déchainée… vision apocalyptique), de la mairie, de l’assemblée nationale et j’en passe. C’était l’anarchie. On s’est réfugié avec tous mes collègues et Cloé dans un hôtel plus discret juste à côté, et là on a commencé à décompresser. Enfin!

« J’ai pu prendre un car à 15h, et j’ai laissé Cloé qui devait normalement avoir son vol pour Paris le même soir… mais il a été annulé à la dernière minute! Heureusement elle a pu loger chez mon boss à Ouaga et quitter le pays hier matin.

« Quelle histoire! Heureusement que tout cela est derrière nous. Voilà vous avez eu tous les détails!! Je crois que j’ai réalisé pour la 1ère fois que d’un moment à l’autre tout pouvait basculer…

A Bobo en ce moment je loge chez une amie (je n’ai pas très envie de rester seule chez moi!) et je me sens en sécurité chez elle. Pour l’instant à Bobo il n’y a eu aucun coups de feu ni soulèvement suspect, mais on ne sait jamais… ils ont verrouillé les dépôts de munition, mais pour combien de temps? La révolte fait tâche d’huile dans toutes les autres villes du pays. J’espère vraiment que ça ne va pas venir ici. Dans le cas contraire, mon chef vient de me dire qu’ils prendraient les mesures pour m’évacuer sur Paris. Mais pour l’instant ça devrait aller…

« Les motivations des uns et des autres restent pour l’instant obscures. Personne ne croit à cette histoire de non paiement d’indemnités! C’est un prétexte. D’aucuns prétendent que les militaires souhaiteraient voir la chute du président Blaise Compaoré. D’autres voudraient simplement qu’il s’engage à ne pas se présenter une nouvelle fois aux prochaines élections. Dans tous les cas on assiste à un véritable soulèvement populaire et ce qu’on a vécu à Ouaga ressemblait plus à une guerre qu’à une simple manifestation de mécontentement… »

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