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[Africa Diligence] Après 8 ans comme Directeur de mission chez Ernst & Young, le Camerounais Rigobert Pinga Pinga aide, depuis 10 ans, la Banque Mondiale dans l’amélioration continue de ses processus opérationnels, comptables et financiers à travers les missions d’audit interne et de conseil. S’il était président de la République du Cameroun, il s’attaquerait de toute urgence à l’amélioration durable du système sanitaire, à l’intégration des TIC dans l’éducation et au financement des petites entreprises.

Rigobert Pinga Pinga est spécialiste de la gouvernance, du risque et du contrôle. Depuis bientôt 10 ans, il aide le Groupe Banque Mondiale dans l’amélioration continue de ses processus opérationnels, comptables et financiers, à travers les missions d’audit interne et de conseil. « Avant de rejoindre la Banque Mondiale, nous précise-t-il, j’ai été Directeur de mission chez Ernst & Young où, pendant 8 ans, j’ai conduit de nombreuses missions, délivrant une expertise technique et du conseil à diverses organisations publiques et privées, notamment dans les domaines de la finance, de l’agro-industrie, des services et du développement. » Diplômé de l’ESSEC de Douala, Expert-comptable inscrit à l’Ordre des Experts-comptables du Cameroun (ONECCA) et membre de l’institut des Experts-comptables des États-Unis (AICPA), c’est un jeune leader pétri d’expérience qui a accepté de répondre à nos questions.

Africa Diligence : Croyez-vous en l’émergence économique du continent africain ?

Rigobert Pinga Pinga : Je suis un afro-optimiste ! Je crois en l’émergence économique de l’Afrique pour au moins deux raisons : la diversité de ses ressources naturelles non encore pleinement exploitées et le potentiel de son capital humain.

Depuis toujours, notre continent est très courtisé pour ses ressources naturelles abondantes et variées. Un pays comme la République Démocratique du Congo est, à lui seul, un condensé de biodiversité, de minerais et de ressources hydrauliques.

Malgré les taux de chômage à deux chiffres, le capital humain africain reste un atout stratégique majeur. Sa jeunesse, sa vitalité et surtout son accessibilité constituent son avantage comparatif.

Oui je crois en l’émergence de l’Afrique. Je crois en une émergence planifiée, programmée, soutenue par une croissance économique suffisante, capable de favoriser le développement réel. Je ne crois pas en une émergence opportuniste dont les fondements sont fragiles. Mon constat est que la plupart des pays au Sud du Sahara semblent danser sur cette valse que j’appelle “émergence décrétée”. Certes, peu à peu on voit des classes moyennes jaillir de partout. Mais il serait souhaitable que les effets de la croissance de notre continent se ressentent dans toutes les couches sociales, surtout celle des plus démunis, et ce, de façon durable.

S’il fallait vous aider à contribuer au développement rapide de l’Afrique, quels leviers pourrait-on activer ?

Je ne suis pas économiste mais mon expérience dans le domaine du développement en Afrique m’incite à proposer trois leviers. Par ordre d’importance je citerai : l’amélioration durable du système sanitaire, l’intégration des TIC dans l’éducation et le financement des petites entreprises.

L’importance d’un bon système sanitaire n’est plus à démontrer. C’est un facteur stratégique du développement. Dans l’absolu et de manière un peu cynique, si le système sanitaire est défaillant, il n’y aurait presque plus personne pour parler des problématiques du développement. C’est dire si son impact sur les autres leviers du développement est important. Paradoxalement le volet santé se voit allouer de très faibles pourcentages des budgets annuels nationaux. Relever ces taux de façon substantielle serait un bon signal. Certes avec l’aide des partenaires bilatéraux et multilatéraux, nos États ont réalisé d’importants investissements dans le secteur, notamment en matière des soins de santé primaire. Mais visiblement les résultats obtenus restent faibles, accentués par le fort taux d’expatriation des médecins formés sur place. Il va falloir trouver des solutions incitatives pour un retour de ce personnel médical. Malgré l’embargo, le Cuba a réussi à bâtir une certaine réputation en matière de santé. Nos pays pourraient s’inspirer de son modèle. Par ailleurs, on en aura peut-être fini avec le paludisme, la tuberculose ou le Sida – c’est mon souhait en tout cas – mais l’obésité et le lot de maladies cardio-vasculaires qui l’accompagnent s’installeront du fait du changement des habitudes alimentaires. Il va falloir anticiper ! Enfin, je me plais souvent à dire qu’un indicateur de la performance et de l’efficacité de nos systèmes sanitaires serait le nombre d’évacuations sanitaires vers d’autres pays ou continents.

Le deuxième levier est l’intégration des TIC dans l’éducation. L’avènement de l’internet est une chance pour l’éducation en Afrique. L’internet offre un accès économique au savoir. À mon avis, il est grand temps de donner un coup de balai au modèle éducatif en cours dans la plupart de nos pays. Car plus d’un demi-siècle après les indépendances et malgré la révolution internet, les modèles éducatifs semblent figés. L’innovation reste circonscrite au niveau des démarches individuelles. En 2006, j’ai développé avec un ami un projet intitulé Educamer. Il œuvre pour l’intégration des TIC dans l’éducation. Presque dix ans après sa création, et sans subvention aucune, c’est un succès ! Des succès stories de ce genre existent dans d’autres pays. Imaginons l’impact d’une telle démarche au niveau national ou sous-régional ! La volonté politique à ce niveau est essentielle !

Le troisième levier que je propose est le financement des petites entreprises. L’initiative privée est la clé du développement. Le financement via les marchés financiers est proche de zéro, par conséquent le crédit bancaire demeurera encore longtemps la source principale de capitaux, pour peu que les banques locales sortent de leur frilosité et jouent leur rôle traditionnel : accorder des crédits ! En attendant, le besoin de financer les entreprises est là. Surtout les plus petites, créatrices d’emplois directs et de valeur ajoutée. La majorité des pays au Sud du Sahara ont entrepris d’importants programmes gouvernementaux (projets structurants) et presque rien de concret pour le financement des PMEs. En tant que Camerounais, je salue et me réjouis de la création récente de la Banque Camerounaise des PMEs (BCPME). Le gouvernement camerounais a répondu ainsi au besoin crucial des PMEs : l’accès aux capitaux.

Pour me résumer, un système sanitaire efficace, une éducation de qualité boostée par l’intégration des TIC et la mise en place d’un mécanisme efficace de financement des petites entreprises sont, à mon humble avis, trois leviers de sortie du sous-développement sur lesquels des actions concrètes peuvent être menées à court et moyen termes. À ces trois leviers, j’ajouterai un vecteur transversal : la bonne gouvernance, notamment dans les finances publiques. La gouvernance est clé. Elle est dans la perception, la façon d’être, de faire… Elle requiert bien sûr un système de sanctions craint, efficace, et aussi des hommes de qualité pour le rappeler et l’implémenter.

Si vous vous retrouviez à la tête de votre pays, dans les 24 heures, quelles seraient vos trois premières décisions ?

D’abord, injecter un souffle nouveau au sein de l’équipe gouvernementale. Je confierais les postes ministériels-clé à des personnes nouvelles et volontaires qui sont, dans leur domaine respectif, de bons techniciens et surtout de bons meneurs d’hommes.

Ensuite, constituer une équipe ad-hoc chargée d’organiser de larges concertations avec la société civile, les associations professionnelles, les principaux syndicats, etc. pour recueillir leurs desiderata et points de vue sur des sujets spécifiques tels que le service public, la décentralisation, le respect de la chose publique, l’éducation, etc.

Enfin, planifier des rencontres avec les principaux opérateurs économiques et corps de métier pour leur redonner confiance et discuter des propositions de réformes économiques et fiscales.

Propos recueillis par la Rédaction

Avertissement: les propos tenus dans cette interview exclusive sont des opinions personnelles de l’interviewé et ne constituent pas la position officielle du Groupe Banque Mondiale.

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