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L'Edito de Guy Gweth

Chaque semaine, le président du Centre Africain de Veille et d’Intelligence Economique (CAVIE) vous entraine dans les arcanes de la géoéconomie et de la géostratégie africaines.

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Une crise alimentaire s’annonce dans le Sahel

Intelligence économique 123 | Une partie de l'opinion publique mondiale pense que la crise alimentaire dans la corne de l'Afrique a pris fin avec le départ des photojournalistes et des caméras de télévision. Qu’en sera-t-il du Sahel ?

Dans sa « chronique d’une crise alimentaire annoncée » du 22 juin 2011, Guy Gweth (Knowdys) attirait l’attention sur ce qui devrait être la priorité n°1 des décideurs africains : la sécurité alimentaire. L’essentiel de ce message a été repris dans une tribune du Général Olusegun Obasanjo publiée le 25 janvier 2012. Pour les deux analystes, la crise alimentaire qui gronde dans le Sahel était prévisible.

Par Mathieu Olivier

Une catastrophe alimentaire menace le Sahel. Le 02 février 2012, les Nations Unies ont appelé la communauté internationale à se mobilier de toute urgence afin d’éviter une crise de alimentaire de grande ampleur. En cause, la sécheresse, de mauvaises récoltes et l’augmentation des prix des produits alimentaires notamment au Tchad, au Mali, en Mauritanie ou encore au Niger. Une situation alarmante qui vient s’ajouter à celle de l’Afrique de l’Est.

L’Afrique pourrait devoir faire face à une nouvelle crise humanitaire de grande ampleur. « Nous ne devons pas attendre que les gens soient affamés pour agir », a déclaré le 02 février 2012 Olivier De Schutter, rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation, lors d’une visite au Ghana. Selon les Nations Unies, le Sahel est menacée par la sécheresse, les mauvaises récoltes et l’augmentation du prix des matières premières.

Au Niger notamment, le prix du millet était 37% plus élevé en novembre 2011 qu’un an auparavant, et les prix d’autres céréales sont de 40% plus élevés que les prix moyens relevés sur cinq ans.

Or, selon Olivier De Schutter, « la saison (de la sécheresse) surviendra plus tôt et durera plus longtemps que d’habitude, [ce] qui rendra le Sahel dépendant d’une manière dramatique des importations de produits alimentaires, qui devront être achetés à des prix astronomiques sur les marchés internationaux. »

Des millions de personnes concernées

Six millions de personnes au Niger, 2,9 millions au Mali, et 700 000 en Mauritanie seraient d’ores et déjà affectées par un début de crise alimentaire et l’Union Européenne a annoncé vouloir doubler son aide aux pays du Sahel, en y consacrant 105 millions d’euros contre 45 millions l’année dernière.

Cette crise vient s’ajouter à celle qui continue de frapper la Corne de l’Afrique. En effet, même si l’ONU a annoncé que la famine proprement dite (voir encadré) était terminée, la situation reste préoccupante. Jose Graziano da Silva, le nouveau directeur général de l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a ainsi précisé qu’il subsistait toujours « en Somalie, 2,34 millions de personnes touchées par la crise». Et de conclure : « Si nous ne continuons pas à aider ces gens (…) ils ne vont pas survivre et la famine reviendra ».

Un appel de plus à la communauté internationale dont « la culture de l’attentisme » a été vivement critiquée par les ONG Oxfam et Save the Children dans un rapport commun publié le 18 janvier. Ces organismes estiment qu’une réaction plus rapide auraient permis de sauver des dizaines de milliers de personnes. La question du temps et de la volonté se pose donc une nouvelle fois au Sahel, et à l’Afrique en général : selon la FAO, sur les 33 pays devant bénéficier d’une aide alimentaire dans le monde, 24 sont sur le continent.

Bon à savoir sur famine : la définition de l’ONU

Pour être qualifiée de famine, une crise alimentaire doit répondre à plusieurs critères, selon l’ONU :

–    un taux de mortalité supérieur à deux personnes par jour pour 10 000 individus

–    une malnutrition aigüe touchant plus de 30% de la population

–    moins de 2100 kcal disponibles par jour et par personne

–  moins de 4 litres d’eau par jour et par personne

–    une perte effective totale de tout moyen d’existence

–    20% de la population d’une même région doit être concernée

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