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L'Edito de Guy Gweth

Chaque semaine, le président du Centre Africain de Veille et d’Intelligence Economique (CAVIE) vous entraine dans les arcanes de la géoéconomie et de la géostratégie africaines.

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The CCA: une machine de guerre économique

Renseignement, réseaux, communication d’influence…, le Corporate Council on Africa (CCA) remplit tous les critères d’une douce machine de guerre économique. Il incarne les yeux et les oreilles des entreprises américaines parties à la conquête du continent africain.

Par Guy Gweth

Souvent regardé comme l’équivalent étatsunien du Conseil Français des Investisseurs en Afrique (CIAN), le Corporate Council on Africa est une ONG corporative créée en 1993 aux États-Unis avec pour mission officielle de faciliter et de renforcer les relations commerciales entre les États-Unis et l’Afrique. Contrairement au CIAN [1], le CCA entretient des relations étroites avec les gouvernements, les diplomates et les réseaux d’affaires dans le but affiché d’améliorer le climat des investissements en Afrique et d’accroitre la présence de l’Afrique au sein de la communauté des affaires aux États-Unis. Le fait pour les stratèges américains d’avoir réussi à afficher l’Afrique au fronton de ce groupe d’intérêts est, en termes d’influence et de diplomatie économique, une prouesse dont la communication sert parfaitement les intérêts très divers de ses membres.

L’incroyable diversité des membres du CCA

Le CCA rassemble environ 200 entreprises américaines évoluant sur le sol africain, 85% des investissements privés en Afrique proviennent de ses rangs. On y trouve aussi bien les multinationales que les PME/PMI et les fondations. En 2010, le conseil d’administration du CCA est composé des représentants de Boeing, Chevron, Motorola, Standard Bank Group, Oracle, ExxonMobil, Lonhro, EMP Investment Fund, Freeport-McMoRan Copper & Gold Inc., Baker & Hostetler LLP, Raytheon, Mars Inc., Africa Global, SAIC, John Deere, Africa Coalition for Trade, Novus International Inc., Johnson & Johnson Corp, TetraTech, Global Health Council, SEACOM, Marathon Oil Company, Acrow Bridges, Development Finance International Inc., JR Boule, South Africa Airways, Danya International, PriceWaterhouseCoopers et General Electrics. Si l’association est aussi prisée des leaders américains, c’est que cette machine de guerre économique – qui n’en donne pas l’impression – profite efficacement aux décideurs des organisations membres.

Comment le CCA profite aux organisations membres

En dépit de son positionnement, le Corporate Council on Africa fournit avant tout aux entreprises membres un ensemble de services (rencontres et renseignements) sur les opportunités d’affaires en Afrique, même si quelques programmes spécifiques s’adressent aux entreprises africaines [2] souhaitant investir aux États-Unis. Le septième sommet – Africa Business Summit [3] – tenu du 29 septembre au 1er octobre 2009 a attiré un millier de participants en provenance d’Afrique et des États-Unis. La banque de données de l’association offre des informations à haute valeur ajoutée sur les entreprises, les membres de gouvernements et les diplomates africains, les personnalités–clés de l’administration américaine, du monde des médias ainsi que de la communauté des ONG. L’ensemble de ces informations est régulièrement mis à jour. Le CCA édite par ailleurs des publications (en versions papier [4] et électronique [5] et organise des groupes de travail thématiques [6] et par zone géographique [7] au profit de ses réseaux locaux et internationaux.

Des manifestations locales aux réseaux internationaux

Chaque année, le CCA organise une série d’activités à travers les États-Unis en vue d’informer les entreprises américaines sur les opportunités d’affaires en Afrique. Baptisées Doing Business in Africa Forums, ces manifestations annuelles permettent aux membres du CCA d’entrer au contact (ou de renforcer leurs liens) avec les agences locales américaines ainsi qu’avec les représentations diplomatiques et consulaires des pays africains sur le sol américain. Tout au long de l’année, le CCA organise en outre des séminaires et des programmes spécifiques à l’intention des membres de l’administration américaine et des représentants d’organismes multilatéraux diplomates ainsi que des ministres et opérateurs économiques africains en visite aux États-Unis. Depuis sa création, le CCA a rencontré environ quarante chefs d’États et de gouvernements africains à des fins de lobbying et de promotion de ses programmes.

Des programmes aussi variés que les intérêts

Convaincu que le développement de l’Afrique [8] passe par la capacité des entreprises locales à créer et à retenir des richesses sur le continent, le Corporate Council on Africa a développé plusieurs programmes autour de la mise en relations d’affaires, du partage des idées et surtout de l’échange d’informations à haute valeur ajoutée entre les réseaux d’affaires africains et leurs homologues étatsuniens. Les programmes du CCA qui sont d’une très grande variété concernent aussi bien les volets santé [9] agricole [10], sécurité [11] que la compétitivité à l’instar du South African Business Linkage program qui fournit aux PME et PMI sud-africaines et américaines des services de business intelligence en vue d’une meilleure implantation dans leurs pays respectifs. La publication « Country-profiles » est également une excellente source d’intelligence économique et stratégique sur chacun des 53 États africains.

L’intelligence économique au cœur du CCA

Bien qu’ayant quelques activités philanthropiques, le CCA est avant tout une formidable machine de collecte, d’analyse, de sécurité et mise circulation de l’information utile aux décideurs des entreprises membres. Grâce à l’organisation de manifestations diverses et régulières sur le thème de l’Afrique, l’ONG noue de précieux contacts avec les décideurs qui facilitent aussi bien le renseignement humain, la communication d’influence que la mise en relation d’affaires. Le profiling des pays africains et de leurs dirigeants est aussi un précieux atout pour évaluer les besoins par pays et apporter les réponses groupées (des entreprises membres du CCA) comme on l’a observé au lendemain de la prise de fonction de la présidente Ellen Johnson Serleaf au Liberia. Sous la houlette du Liberia Watch Group, le CCA s’est en effet associé dès le 23 février 2006 à d’autres ONG dont l’Academy for Educational Development, Africare, Africa Society et Constituency for Africa (…), en vue présenter une offre globale d’investissements pluri-acteurs et multi-sectorielle pour la reconstruction du Liberia [12].

Pour les entreprises africaines, le Corporate Council on Africa présente au moins trois avantages majeurs : c’est un modèle d’intelligence économique, un réseau d’informations et d’influence, et une porte d’entrée privilégiée sur le marché américain.

Guy Gweth, « Le Corporate Council on Africa: une machine de guerre économique », Les Afriques, n°110, 4 au 10 mars 2010. P.16.

Notes

[1] Le CIAN est une association de droit français. Il se présente comme une organisation patronale privée française rassemblant des entreprises industrielles et de services (dont 50% de PMI-PME). Ensemble, elles emploient plus de 80.000 personnes, avec un chiffre d’affaires global de 40 milliards d’euros (75% de l’activité des sociétés françaises opérant en Afrique) grâce à une présence permanente dans 49 pays du continent africain.

[2] C’est le cas du South African Business Linkage Program cité plus haut, qui s’adresse à la fois aux PME/PMI américaines souhaitant investir en Afrique du Sud et à leurs consœurs sud-africaines visant le marché américain. Le CCA répond également aux demandes d’informations de ses membres au cas par cas.

[3] La septième biennale U.S.–Africa Business Summit: Realizing the Investment Power of Africa s’est tenue à Washington D.C..

[4] “The History, Geography, Politics, Tourism and Business Potential of Africa and its 53 Nations” est le guide de référence du CCA. Une nouvelle édition est publiée chaque année.

[5] Voir le mensuel The Africa E-Journal et le quotidien CCA Daily News Clips.

[6] Les thèmes généralement abordés tournent autour de l’investissement et de la sécurité.

[7] Parmi les zones géographiques déjà traités, on retrouve notamment le Golfe de Guinée, la RDC ou l’Angola.

[8] Les analystes du CCA considèrent que l’African Growth and Opportunities Act (AGOA), signé le 18 mai 2000, est le plus important traité commercial Afrique-États-Unis jamais voté par le congrès américain. Cet accord encourage les pays africains à une plus grande ouverture à l’économie de marché.

[9] Le CCA collabore ainsi avec la Banque mondiale, le Forum économique mondial, la fondation PharmAccess, mais aussi avec l’agence américaine pour le développement international (USAID) et les structures nationales africaines dans le cadre des programmes de prévention et de lutte contre le Sida dans plusieurs pays africains.

[10] Lancé en 2006 par l’USAID, le Corporate Council on Africa Agribusiness Initiative Program a pour mission d’encourager l’industrie agroalimentaire américaine en Afrique. Le CCA y joue un rôle de premier plan dans le transfert des technologies et des « bonnes pratiques » développées par les centres de recherche américains.

[11] Le Corporate Council on Africa Infrastructure and Security Development Initiative a pour mission d’identifier et de négocier les meilleures opportunités d’investissements dans les secteurs des infrastructures et de la sécurité au profit des membres du CCA. Le programme porte une attention particulière aux risques auxquels sont soumises les entreprises américaines opérant en Afrique (et dont l’origine peut être liée aussi bien au contexte local, à la responsabilité sociale des entreprises, au crime organisé, qu’à la santé, etc.)

[12] Abdoulaye Dukulé, “US Corporate Council on Africa Holds Roundtable on Investment and Business Opportunities in Liberia”, The Perspective, 24 février 2006.

G.G.

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