Tchad : l’élevage entre sécurité alimentaire et développement économique

[Africa Diligence] Le Recensement général de l’élevage, réalisé entre 2012 et 2015 sur l’ensemble du territoire et publié en 2018, place le Tchad au troisième rang des pays d’Afrique en matière d’élevage. Entre sécurité alimentaire et développement, les analystes de l’intelligence économique prennent position.

Selon ce recensement, le cheptel tchadien compte 93,8 millions d’unités de bétail et 34,6 millions de têtes de volailles. Il est composé de 25 millions de bovins (26,5 %), de 26 millions d’ovins (28,2 %), de 31 millions de caprins (32,5 %), de 6 millions de camelins (6,8 %), de 1 million d’équins (1,1 %), de 3 millions d’asins (3 %), et de 2 millions de porcins (1,8 %). Ce rapport indique qu’entre le dernier recensement datant de 1976 et celui de 2012/2015, les effectifs du cheptel ont été multipliés par plus de dix.

La part de l’agriculture dans l’économie tchadienne atteignait 50 % en 2015, alors que le taux de population en milieu rural était de 77 %. Le sous-secteur de l’élevage représentait 37 % du PIB agricole en 2015 et faisait vivre environ 40 % de la population rurale. A partir de 2013 toutefois, la dégradation de la situation sécuritaire, notamment le pillage par Boko Haram du bétail sur pied à destination du Nigeria, a eu un fort impact négatif sur le niveau des exportations. En 2019, la situation sécuritaire demeure tendue, et les exportations de bétail n’ont pas retrouvé leur niveau d’avant-crise.

Une prise de conscience du potentiel de l’élevage au niveau national

Les différentes stratégies nationales de développement font de l’élevage une priorité. Pour le Plan national de développement (PND, 2017-2021), l’objectif est notamment d’accroître les revenus des populations pastorales et de renforcer la résilience des éleveurs. Ce plan prévoit également la « transformation industrielle des produits dérivés de l’élevage »9 pour augmenter la production de valeur ajoutée et exporter des produits semi-finis et finis. Une stratégie spécifique au secteur de l’élevage est déclinée dans le second Plan national de développement de l’élevage (PNDE 2, 2017-2021). L’objectif sur la période est d’« assurer une augmentation durable de la production animale » pour permettre « la croissance des revenus des éleveurs », de manière à contribuer à la « réduction de la pauvreté et de l’insécurité alimentaire ».

Quels moyens de mise en œuvre des stratégies de développement ?

En tout, depuis 2014, près de 150 M EUR ont été investis dans l’appui au secteur agro-pastoral par différents bailleurs de fonds (Agence française de développement, Banque mondiale, Coopération suisse, Banque africaine de développement, Union européenne). Les projets soutenus cherchent à favoriser la sécurité alimentaire et la résilience des populations, via une exploitation durable et améliorée des ressources agro-pastorales, et l’amélioration des infrastructures (routes, pistes rurales, puits et mares pastoraux, construction de centres de services, etc.).

Des tentatives pour valoriser industriellement les produits de l’élevage et leur chaîne de transformation ont également vu le jour. Alors que le Tchad dispose actuellement d’un seul abattoir complètement fonctionnel à Farcha (dans la périphérie de N’Djamena) et de quelques abattoirs en mauvais état dans les provinces, l’abattoir de Djermaya actuellement en projet devrait pouvoir traiter une capacité totale de 70 000 tonnes de viande par an (quotidiennement jusqu’à 1 500 bovins, 3 000 ovins et caprins et 500 camelins). Cofinancé par la BDEAC à hauteur de 20 Mds FCFA et par le groupe turc Tana, le partenaire technique, à hauteur de 5 Mds FCFA, ce projet, lancé en 2014, a malheureusement pris du retard. Dans le cadre du PND, des projets nécessitant des financements privés et couvrant toute la chaîne de transformation du bétail (abattoirs frigorifiques, complexes laitiers, tanneries industrielles, unités de production de compléments alimentaires pour le bétail…) ont été conçus par le Ministère de l’Élevage. La réalisation de ces projets est toutefois dépendante de l’intérêt porté par le secteur privé. Or, depuis la crise de 2014, l’État n’a pas les ressources suffisantes pour impulser ces projets, et le climat des affaires reste défavorable à l’investissement.

Au Tchad, le potentiel du sous-secteur de l’élevage permet d’envisager ce dernier comme vecteur de diversification ; cependant, son développement devrait passer (i) par une amélioration de la situation sécuritaire pour les exportations de bétail sur pied, (ii) par un investissement en matière de santé animale, (iii) par une transformation de premier niveau qui permette la sécurisation des revenus des ménages, et en dernier lieu (iv) par des projets d’exportation à caractère industriel, dont le financement serait encouragé par une profonde amélioration du climat des affaires et de la situation économique du pays.

La Rédaction (avec LAC et Knowdys Database)

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