L’Afrique et le COVID-19 dans les yeux de Vera Songwe

[Africa Diligence] La Secrétaire Exécutive de la Commission Économique pour l’Afrique tire la sonnette d’alarme sur les conséquences de la pandémie du COVID-19 sur les pays africains. Pour en atténuer les graves conséquences Vera Songwe plaide notamment pour un moratoire de la dette du continent.

« Il va y avoir une baisse de la croissance. L’économie africaine devait croître à 3,2%. Aujourd’hui dans le meilleur des cas, on va descendre à 1,8%. Il va y avoir de nouveaux pauvres. Parce qu’en Afrique nous avons une dynamique démographique, la population croît », a déclaré le 23 avril 2020 dans un entretien avec nos confrères de « La Tribune Afrique ».

Cette baisse croissance pourrait aller jusqu’à 0%, prévient Mme Vera Songwe qui annonce également que 48 millions de pauvres vont être enregistrés sur le continent africain. Plusieurs secteurs vont être touchés par cette crise économique née de la pandémie du COVID-19. L’aviation, la restauration et le tourisme sont les secteurs les plus touchés sur le continent africain dont l’économie repose entre 70 et 80% sur l’informel. « Nous sommes en train de vivre quelque chose qu’on avait jamais vue », a indiqué la Secrétaire Exécutive de la CEA qui appelle à plus de sacrifices en faveur des pays africains.

« L’Afrique souffre beaucoup plus de l’arrêt des activités économiques que du COVID-19. Avant la crise il y avait 8 à 9 pays qui étaient en état de détresse par rapport à leurs dettes. Si sur 55, c’est seulement 9 qui sont dans cette situation, cela veut dire que l’Afrique n’était pas dans cette crise pour la dette. L’Afrique ne demande pas l’annulation de sa dette. Nous demandons un moratoire de paiement du service de la dette sur deux ans. Il faut répondre à la crise humanitaire. A ce jour, 17 pays ont reçu un moratoire sur la dette de la part du Fonds Monétaire International (FMI). Le G20 a également décidé d’accorder un moratoire de 9 mois sur la dette bilatérale. Ce qui équivaut entre 13 et 17 mille milliards. On ne voudrait pas qu’un pays africain soit en défaut de paiement », a plaidé Mme Songwe qui rappelle que les pays africains ont de façon générale une gouvernance macroéconomique assez saine. « Avant cette crise, la plupart des pays africains payaient leurs dettes tranquillement et normalement », souligne-t-elle.

Les pays africains pour la plupart importent leurs denrées de première nécessité. Depuis le début de la crise sanitaire du COVID-19, 54 pays dont la Chine et le Vietnam ont arrêté d’exporter leurs produits vers l’Afrique. Pour éviter une grave crise humanitaire en Afrique, la Secrétaire Exécutive de la CEA préconise de doubler la production des denrées de première nécessité dans des pays comme la Guinée et l’Ethiopie.

 « Nous sommes en train de voir si des pays comme la Guinée, l’Ethiopie et d’autres peuvent doubler leurs productions de riz, de blé. Cette production sera vendue aux pays voisins. Donc par exemple pour la Guinée, ça sera vendu au Libéria, la Sierra Léone. Avant la crise, on parlait de la Zone de Libre Échange Continental Africain (ZLECA) qui devait permettre aux africains de commercer entre eux. Sur les denrées alimentaires et même les produits pharmaceutiques, on va beaucoup plus y avoir de transactions entre les pays africains », prédit Mme Vera Songwe qui plaide pour des changements qualitatifs du système financier international.  « Il va y avoir un après COVID. Le système financier international a montré ses limites pour les pays émergeants », a estimé la Secrétaire Exécutive de la Commission Économique pour l’Afrique.

La Rédaction

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