Un plan de guerre pour relancer le marché du tourisme au Maroc

Un plan de guerre pour relancer le marché du tourisme au Maroc

[Africa Diligence] Le tourisme a toujours été au centre des préoccupations de Rabah. Le secteur assure au pays des rentrées en devises et un niveau d’emploi notables. Mais avec la crise du Covid-19, c’est toute l’industrie touristique mondiale qui prend un coup. Comment remettre à flots ce métier mondial du Maroc ?

Ce n’est plus à démontrer. Le tourisme mondial a été frappé de plein fouet par la crise sanitaire. L’OCDE prévoit même une chute de 70% de l’activité si les frontières restent fermées jusqu’en septembre 2020. Au Maroc, où il s’agit du premier métier mondial du pays, ce sont plus de 80 milliards de DH de recettes directes en devises et des millions d’emplois qui sont aujourd’hui en jeu. À l’évidence, le secteur est au centre des priorités du gouvernement, d’économistes et autres experts, qui cherchent à trouver les bonnes mesures pour le redynamiser.

C’est ainsi que l’Alliance des économistes istiqlaliens (AEI), dont l’ex-président, Adil Douiri, a été ministre du Tourisme, lance un appel au gouvernement, aux conseils régionaux, aux professionnels du secteur et au système financier pour unir leurs forces afin de sauver, au plus vite, l’écosystème du tourisme. Que propose cette dernière pour réanimer le secteur ? Sa potion se décline en 10 mesures. Il s’agit avant tout de mettre en place un Comité de suivi et de veille dédié au seul tourisme. «Ses travaux doivent se poursuivre au-delà de 2021, pour assurer la sauvegarde des entreprises de tourisme, veiller à la relance du secteur et retrouver, voire dépasser, les niveaux d’activité d’avant 2020», indique le think-tank dans un communiqué.

L’Alliance souhaite ensuite que le tourisme et l’artisanat soient intégrés aux dispositifs économiques d’urgence aux niveaux national et régional via l’élaboration et la mise en œuvre d’un plan d’urgence juillet 2020-décembre 2022. Elle recommande aussi d’encourager le maintien des emplois, de soutenir l’activité des artisans et travailleurs indépendants et de protéger les groupes les plus vulnérables. Sur ce registre, il est proposé «d’exonérer les entreprises concernées, qui préservent une moyenne de 50% de leurs salariés entre 2020 et 2021, des charges sociales et fiscales (IR, CNSS) jusqu’à fin 2020, et les réduire de moitié pour 2021».

Il s’agit aussi de proroger les aides sociales pour préserver les revenus des salariés et les indépendants mis en chômage total ou partiel jusqu’à fin 2021. L’Alliance incite également au renforcement des capacités et habilités professionnelles des ressources humaines à travers la mise à profit de la période de sous-activité pour promouvoir des programmes de formation dans les domaines de gestion, des services aux clients, du digital, de l’hygiène, du sanitaire et des langues. Mais aussi prendre en charge, sur la taxe de formation professionnelle, 50% des salaires des personnes désirant prendre une année sabbatique pour se former ou se recycler.

Les cinquième et sixième mesures proposées portent sur la sauvegarde des entreprises et l’amélioration de leur compétitivité par l’assainissement de leur situation financière et l’allègement de leurs structures de coût. À ce niveau, les économistes istiqlaliens indiquent que l’appui du gouvernement devrait porter sur une batterie d’actions : générer du cash et renforcer les ressources financières à court et moyen termes à travers le lancement d’opérations génératrices de cash en permettant aux clients d’acheter et payer à l’avance, à des prix de gros, des prestations touristiques (hébergement, transport, circuits de voyages, etc.) ; assurer ces achats à l’avance contre la perte du montant payé en cas d’annulation ; rééchelonner systématiquement, et sans frais, toutes les échéances financières (banques et leasing) des années 2020 et 2021 pour tous les intervenants de l’écosystème et octroyer un crédit de financement du BFR, équivalent à 3 mois de charges d’exploitation, amortissable sur 3 à 5 ans avec un taux réduit de 100 points de base et garanti par la CCG. 

Et pour alléger la structure des coûts d’exploitation et la fiscalité, l’AEI suggère une série de mesures comme faire un avoir de primes d’assurance sur les risques suspendus pendant la période d’arrêt d’activité et réduire les primes pour les années de reprise (2020 et de 2021) ; aligner les tarifs d’eau et d’électricité appliqués aux opérateurs du tourisme sur ceux de l’industrie (une éternelle revendication) ; inciter tous les bailleurs et les communes à réduire les loyers et les charges locatives de 50% pour 2020 et 2021 ; réduire à 3 le nombre des taxes, redevances et droits ayant une incidence sur les transports, les voyages, le tourisme et l’artisanat et alléger leurs taux. Ici encore, il est recommandé d’appliquer le système fiscal des auto-entrepreneurs aux micro-entreprises touristiques et artisanales dont le chiffre d’affaires est inférieur à 3 millions de DH et l’effectif ne dépassant pas 4 salariés, de sorte à les faire passer du secteur informel au formel et les encourager à embaucher et inciter les entreprises à souscrire aux amnisties fiscale et sociale, sans frais, et reporter le délai à fin 2021. L’Alliance estime, en outre, qu’il est nécessaire d’adapter l’offre Tourisme Maroc aux nouvelles exigences sanitaires, environnementales et sécuritaires, à travers notamment la création d’un label marocain à portée internationale «Green & Safe». Il s’agit enfin de relancer et diversifier les marchés internes, puis internationaux du tourisme et artisanat. «Le tourisme domestique est un réservoir d’importance capitale pour les industries touristiques nationales. Depuis 2014, il représente le premier contributeur aux nuitées touristiques du Maroc avec près de 40%».

La Rédaction (avec Mariem Tabih)