Le marché africain des TIC dans l’œil de deux députés européens

Le marché africain des TIC dans l’œil de deux députés européens

[Africa Diligence] Avant le Covid-19, les experts en intelligence économique de Knowdys prédisaient que l’industrie de la téléphonie mobile génèrerait 7,9 % du PIB et 3,45 millions d’emplois au sud du Sahara d’ici 2022. Cette tribune des députés européens Engin Eroglu et Franc Bogovic replace les enjeux à l’aune de la crise née du nouveau Coronavirus et de ses conséquences.

Face à la pandémie de Covid-19, l’Afrique pourrait connaître une crise économique d’une ampleur sans précédent. Alors que le continent n’a pas encore connu le pic de l’épidémie, tous les voyants économiques sont actuellement au rouge, conséquence des mesures préventives de confinement et de fermeture des frontières nationales sur la quasi-totalité du continent.

L’impact au-delà de la crise sanitaire

Pourquoi ce qu’il se passe de l’autre côté de la Méditerranée doit-il autant nous inquiéter ? Parce que si la dynamique de croissance constatée en Afrique depuis plusieurs décennies s’enlise, c’est l’Europe qui en subira les conséquences dans un deuxième temps. Nous courons le risque que tout ce qui a été entrepris grâce à l’aide au développement, à la mise en place de partenariats structurants au niveau économique comme au niveau sanitaire et éducatif soit réduit à néant. Par exemple, plus de 8 millions d’enfants ont été inscrits dans le primaire et plus de 160 000 dans l’enseignement secondaire en Afrique à la suite des interventions financées par l’UE en 2013-2014. Ce partenariat ambitieux doit se poursuivre sur des bases toujours plus solides. Nul besoin également de rappeler l’impact qu’aurait une nouvelle vague migratoire sur nos sociétés : alors qu’une crise économique nous guette, elle serait couplée d’une véritable crise politique où les partis populistes l’emporteraient sans aucun doute lors de prochaines échéances électorales.

Une stratégie s’impose autour des TIC

L’Afrique est une de nos priorités en tant que responsables politiques européens. Que ceux qui en doutent se remémorent le premier déplacement de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qui, une semaine seulement après son entrée en fonction, a effectué son premier voyage officiel à Addis-Adeba, au siège de l’Union africaine. Elle y est d’ailleurs retournée deux mois plus tard, accompagnée de 20 des 27 commissaires européens, signe que l’Afrique et l’UE ont un véritable « destin commun » et un partenariat ambitieux à réinstaller.

Nous devons alors réfléchir, et vite, à comment aider notre partenaire africain dans la course contre la montre qui le guette face au désastre économique annoncé suite à la pandémie mondiale de Covid-19. Posons-nous les bonnes questions : qu’est-ce qui marche en Afrique, quels sont les facteurs de développement, de croissance ? L’un est assurément les technologies de l’information et de la communication (TIC), alors que l’Afrique comptait plus de 400 millions d’utilisateurs d’Internet en 2018, un chiffre en progression de 20 % par rapport à 2017. Le téléphone mobile est le moyen d’accès privilégié́ à Internet (3 fois plus utilisé que l’ordinateur) et les Nations unies estiment d’ailleurs que les opérateurs de téléphonie mobile sont aujourd’hui une source majeure d’emplois. Avant la crise, l’on prédisait que l’industrie de la téléphonie mobile devait générer 7,9 % du PIB et créer 3,45 millions d’emplois en Afrique subsaharienne d’ici 2022.

En tant que coprésident et vice-président de l’intergroupe RUMRA & Smart Villages, qui sera bientôt créé au Parlement européen, nous savons combien l’accès à une bonne connexion Internet est un facteur de croissance important. L’intergroupe a pour objectif de « promouvoir le développement intégré des territoires européens dans toute leur diversité ». Et ce qui est vrai en Europe l’est d’autant plus en Afrique ! Les TIC facilitent l’accès à l’éducation, elles contribuent à l’augmentation de la productivité des entreprises, elles sont une véritable valeur ajoutée dans le secteur agricole, en permettant par exemple aux producteurs familiaux d’accéder à des informations ciblées sur des techniques d’amélioration de leurs rendements.

Créer des liens avec tous les acteurs

Face à ce constat, il est urgent de soutenir les groupes opérant dans le secteur des TIC qui aujourd’hui œuvrent pour l’accès à Internet et le déploiement de la fibre optique sur le continent africain, comme Vodafone, Orange, ou Huawei Northern Africa. Huawei, par exemple, fournit 200 000 kilomètres de couverture de réseau en fibre optique sur le continent africain et possède 50 % des réseaux 3G et 4G. Orange investit 1 milliard d’euros chaque année dans le développement de réseaux en Afrique et Vodafone compte aujourd’hui plus de 170 millions de clients mobiles dans huit pays africains, avec des réseaux 4G lancés sur de nombreux marchés africains. Ces groupes sont des moteurs de croissance, et peuvent être une des solutions face à la crise qui s’annonce. Dans cette optique, nous devons veiller à ne pas isoler l’une de ces entreprises pour des considérations géostratégiques, qui ne devraient pas avoir leur place dans nos considérations économiques. En tant que partisans du libre-échange, nos décisions doivent être fondées uniquement sur le mérite et la capacité d’une entreprise donnée à fournir les solutions TIC demandées.

Sans complaisance, sans naïveté, nous devons réfléchir à ce qui nous impactera positivement à court, moyen et long terme. Ce que notre frilosité à nous engager vers plus de connectivité impacte nos économies, et celles de nos voisins, au premier rang desquels se trouve l’Afrique. Soyons donc responsables, soyons politiques, et assumons nos choix. Les TIC sont une des sorties de crise face au Covid-19, n’en privons personne, et surtout pas l’Afrique !

La Rédaction

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