L’étonnante résilience du marché africain des transports maritimes

L’étonnante résilience du marché africain des transports maritimes

[Africa Diligence] Alors que plus de la moitié de l’humanité était confinée, les ports africains continuaient de travailler. Sans que personne n’applaudisse pour eux aux fenêtres. Comment faisaient-ils ? Chef service au Port autonome de Douala, Hugues MINKO raconte l’épopée d’une résilience mathématique. Mais pas seulement…

La pandémie mondiale de la Covid-19 a frappé toutes les nations et divers secteurs d’activité ont été touchés. Mais l’impact sur les transports maritimes africains n’est celui auquel le grand public pourrait s’attendre a priori.

Aux États-Unis, depuis l’arrêt brutal de l’économie mondiale à la mi-mars 2020, avec la mise en place du confinement pour contenir la pandémie dans le pays, plus de 38,6 millions de personnes ont été mises au chômage. En avril 2020, jusqu’à 20,5 millions d’emplois ont été détruits alors que la crise financière des subprimes (2008) n’a détruit que 8,6 millions d’emplois. Le taux de chômage est passé de 3,5% à 14,7%[1].

En Espagne, environ 275 900 emplois ont été supprimés dans les services, 9 100 dans l’agriculture, 6 200 dans la construction, selon l’Institut nationale de la statistique (INE)[2].

En Allemagne, agence fédérale pour l’emploi (Agentur für Arbeit) indique que « les chiffres sont sans précédent par rapport aux décennies antérieures ». Entre mars et avril (période de pic de la pandémie), 751 000 entreprises ont soumis une demande de chômage partiel soit un total de 10 millions de personnes en chômage partiel[3].

L’Afrique a également été touchée. Comme partout ailleurs, les secteurs tels que la restauration, l’hôtellerie, l’informel ont vu leurs chiffres d’affaires baisser de 80% voire de 100%. Le secteur portuaire étant le poumon économique de la plupart des Etats africains, il est opportun de faire un état des lieux des ports africains pendant et après la pandémie.

  1. PORTS AFRICAINS : SITUATION PENDANT LA PANDEMIE

L’impact du coronavirus 19 sur les ports africains sera évalué sous les angles organisationnel et financier.

  • Impact sur le plan organisationnel

Deux ports feront l’objet de notre analyse sur le plan organisationnel. Le Port Autonome de San Pédro (Cote d’ivoire) et le Port Autonome de Douala (Cameroun).

  • Port Autonome de San Pédro (PASP)

Afin de ralentir au maximum la propagation du virus au sein de l’entreprise, le directeur général a instruit les mesures barrières ci-après :

  • L’organisation par chaque directeur sectoriel de la prise des reliquats des congés par les agents sous sa responsabilité, sauf nécessité impérieuse de service;
  • L’organisation de l’occupation des bureaux par chaque directeur sectoriel pour respecter une distance de sécurité de 1,5 m entre les agents;
  • La priorisation du travail à distance : courriels, appels téléphoniques, etc…
  • La suspension des stages (école)[4];
  • Privilégier les réunions en téléconférence[5].

De surcroît, suite au communiqué du conseil National de sécurité du 16 mars 2020 et l’arrêté N°009MT/CAB du 18 mars 2020, le Directeur Général informe l’ensemble des opérateurs de la plateforme portuaire des nouvelles mesures à respecter. Six (06) points sont mis en évidence :

  • A compter du 20 mars 2020 à exactement 23h59, les dessertes du Port de San Pedro par les navires de voyageurs en provenance des pays de plus de cent (100) cas de contamination par la Covid-19 sont suspendues, à l’exception des navires de transport de marchandises et des navires en détresse;

  • Les voyageurs transportés par des navires en détresse et provenant d’un pays de plus de 100 cas de contamination seront mis en quarantaine jusqu’à résolution de la cause de la détresse ou jusqu’à la mise à disposition d’un nouveau navire pour leur départ du territoire;

  • Tout navire de transport de marchandises à destination du Port de San Pedro doit faire parvenir à l’Autorité Portuaire et au point de contact ISPS la liste des dix (10) derniers ports touchés et le Médical log book, et ce, avant d’appareiller.

  • Tout navire de transport de marchandises en provenance d’une zone ayant plus de cent (100) cas confirmés de maladie à coronavirus (Covid-19) doit faire l’objet d’une inspection sanitaire en rade par l’équipe médicale de l’INHP et des affaires maritimes.

NB : les frais d’inspection qui s’élèvent à deux cent mille francs (200.000) FCFA hors frais de location de pilotin sont à la charge du navire;

  • A quai, tout navire de transport de marchandises en provenance ou non d’une zone touchée par le virus doit observer les dispositions ci-après : port des EPI sur le navire; mise à disposition d’une cabine stérilisée pour les administrations, restriction des déplacements au stricte nécessaire, débuter les opérations suite à la délivrance de la libre pratique par les services de l’INHP.

  •  Interdiction aux équipages en provenance des zones contaminées de descendre du navire de marchandises, sauf cas de force majeure dûment constaté par le commandant du port[6].

Le port autonome de Douala a, lui aussi, pris des mesures identiques à celles citées.

  • Port autonome de Douala (PAD)

Au Port Autonome de Douala, le directeur général a prescrit :

  • L’organisation par chaque directeur de service d’un plan de rotation des effectifs. Cette mesure vise un double objectif : assurer la continuité du service et ramener à son stricte minimum les effectifs du PAD;
  • Le Port systématique du masque dans l’enceinte de l’entreprise;
  • L’instauration tous les 14 jours dans l’espace portuaire pendant une durée de 6 mois, des traitements sanitaires à base de thermo nébulisation (bactéricide, virucide, fongicide et sporicide) [Voir pièce jointe ‘communiqué N°001325/DG/PAD du 25 mars 2020)];

De plus, par note d’instruction N°0493/20DG/PAD du 20 mars 2020 portant organisation de activités pendant la période de restriction dans le cadre de la lutte contre la propagation de la pandémie du coronavirus au port Autonome de Douala, vingt-deux (22) instructions ont été données parmi lesquelles on peut lire :

  • La suspension des missions à l’extérieur et à l’intérieur, sauf dérogation spéciale expresse du directeur général;
  • La limitation autant que possible du nombre de réunions;
  • La restriction des visites des personnes professionnelles non essentielles dans les bureaux et services.

NB : des mesures similaires peuvent être observées au port autonome d’Abidjan.

De manière globale on remarque que les mesures préventives sont relativement identiques dans les ports africains. Dans les lignes qui suivent nous nous attarderons sur l’impact de cette pandémie sur le plan financier.

  • Impact sur le plan financier

Si la propagation de la Covid-19 a eu un impact catastrophique sur un grand nombre d’entreprises dans le monde et ce, dans divers secteurs d’activités, son impact reste moindre voir nul sur les ports africains au cours du premier trimestre. Les performances de sept ports pendant cette période permettent d’illustrer ce fait : les ports de Casablanca, de Jorf Lasfar, de Mohammedia, d’Agadir, de Tanger Med, le port autonome de Douala et le port de Djibouti.

  • Ports du royaume du Maroc

Port de Casablanca : iln’a pas été spécialement impacté par les retombés de la Covid-19. Aucune rupture du Trafic n’a été enregistrée. L’Agence Nationale des Ports (ANP) précise que « bien au contraire l’activité au port affiche un niveau normal de transit des marchandises ». C’est ainsi que le volume de marchandises a enregistré près de 6,6 millions de tonnes au 21 mars 2020, ce qui représente une augmentation de 3% par rapport à la même période en 2019[7]. Pour ce qui est du trafic des véhicules neufs, les importations ont connu une progression de 5%. Les 12 736 véhicules ont été transportés à bord de 230 navires selon l’ANP[8].

Port de Jorf Lasfar : aucun impact du coronavirus sur le trafic de ce port. L’import des produits de première néces­sité (céréales, aliments de bétail, hydro­carbures…) s’y est déroulé normalement.  Les dispositions mises en place ont permis d’assurer la continuité des activités en termes d’accueil des navires, et de réception des marchandises. Fort de cela, le volume des marchandises traitées dans ce port a dépassé les 8,6 millions de tonnes au 20 mars 2020, soit une augmentation de 20% par rapport à la même période en 2019[9].

Port de Mohammedia : il s’agit d’un port pour le traitement du trafic des produits pétroliers. Le rythme des flux pendant la crise sanitaire est jugé normal aussi bien en termes de volumes que d’accueil des navires. Selon l’ANP, « le volume des marchandises en transit par ce port a atteint 1,2 million de tonnes soit une hausse de 8% par rapport à la même période en 2019[10].

Port d’Agadir : avec la fermeture des frontières et la restriction des déplacements les exportateurs de fruits et légumes ont troqué le transport routier au profit du transport maritime. Les conteneurs frigorifiques quittent le port d’Agadir pour le port de Port-Vendres (France). On enregistre donc une forte activité aussi bien à l’import qu’à l’export sur ce port[11].

Port de Tanger Med : le plan de continuité mis en place a permis à ce port de maintenir un niveau d’activité identique à la période pré-Covid. Les opérations portuaires ont continué à s’effectuer normalement. Rachid Houari, directeur central du complexe portuaire de Tanger Med indique que « les activités de transbordements n’ont pas connu de baisse »[12].

  • Port Autonome de Douala

Le premier ministre, chef du gouvernement, dans sa déclaration spéciale à l’issue de la concertation interministérielle du 17 mars 2020, avait annoncé à compter du 18 mars 2020, la fermeture des frontières terrestres, aériennes et maritimes à l’exception des vols cargo et navires transportant des produits de consommation courantes et biens matériels nécessaires. Le Port de Douala étant la principale porte d’entrée des marchandises des pays de l’hinterland (Gabon, Centrafrique, RD Congo, Tchad, Guinée Équatoriale), les échanges commerciaux frontaliers avec ces pays ont été maintenus. Ainsi, au cours du premier trimestre, le chiffre d’affaires enregistré est resté relativement identique à celui de 2019 à la même période. Malgré le coronavirus, aucune baisse du chiffre d’affaires navires ou marchandise n’a pu être constatée. Le recouvrement a également affiché des scores plutôt satisfaisants. Enfin, les recettes issues des intérêts sur Dépôts à terme et le remboursement par l’État du préfinancement des travaux de dragage du chenal ont été régulièrement perçues.

  • Port de Djibouti S.A.

95% des importations et exportations de l’Éthiopie transitent par ce port. Le port de Djibouti joue un rôle central en Afrique de l’Est. En raison de la Covid-19, l’Éthiopie a bénéficié d’une réduction de prix des redevances portuaires de 83% selon le Dr ABIY Ahmed, premier ministre d’Ethiopie ; et le fret éthiopien destiné à l’exportation a été exempté de frais de manutention pendant 60 jours.  Ces faveurs ont sans aucun doute impacté sur les recettes de ce port.

L’analyse montre bien que dans la plupart des ports, l’activité est demeurée identique, voire meilleure, en comparaison à la même période en 2019. Certains ports peuvent avoir connu des baisses à l’instar du port de Djibouti. Les excellents scores enregistrés par la grande majorité des ports trouvent leurs explications dans :

La priorisation de certains ports par les armateurs : selon Rachid Houari, « la baisse mondiale de flux ne signifie pas que cela se répercute sur tous les ports de la même façon. Les armateurs font des choix stratégiques en choisissant les ports prioritaires avec le moins de déviations en cette période de crise »[13].

Les délais logistiques : l’épidémie a été reconnue officiellement en Chine fin décembre 2020. Pour qu’une livraison chinoise arrive, il faut que la commande soit passée 4 à 5 mois à l’avance. Cela dit, les navires qui ont accosté au 1er trimestre sur les ports africains sont ceux dont les commandes ont été effectuées 3,4, voir 5 mois plus tôt. Ainsi, l’impact de la crise sera palpable à partir du second semestre. L’Europe a été totalement confinée et la production, de manière générale, a été à l’arrêt. Il y aura donc un impact sur les exportations vers les ports africains[14].

Au regard de ce qui se profile à l’horizon, des actions permettant de s’adapter aux changements à venir devraient être menées.

  1. PORTS AFRICAINS : SITUATION POST COVID

3.1.Impact sur le plan organisationnel

La pandémie de la Covid-19 a métamorphosé l’environnement portuaire en Afrique. La mise en œuvre des instructions des différents directeurs généraux peut être observée dans l’ensemble des ports. Le quotidien en zone portuaire est marqué entre autres par :

  • Le déroulement des réunions par vidéo-conférence;
  • Le port systématique du masque;
  • La priorisation du travail à distance : courriels, appels téléphoniques;
  • Le respect de toutes les autres instructions données par les différents directeurs généraux relatives aux dispositions sécuritaires face à la maladie du coronavirus et l’organisation des activités pendant cette période.

Sur le plan financier aussi, le deuxième trimestre apportera son lot de changements.

  •                        Impact sur le plan financier

Afin de maitriser les risques engendrés par la Covid-19 et endiguer son impact, des mesures préventives doivent être effectuées sur trois axes : chiffre d’affaires, recettes et dépenses.

Chiffre d’affaires : compte tenu des baisses annoncées en termes de navires et de marchandises, les ports africains devraient élaborer des simulations de chiffre d’affaires attendus à partir du second semestre ce qui aboutira à la révision du chiffre d’affaires budgétisé pour l’année 2020. La révision du chiffre d’affaires entrainera de facto le réajustement des recettes.

Recettes : partant du chiffre d’affaires révisé, le recouvrement devra à son tour décliner de nouveaux objectifs en harmonie avec ledit chiffre d’affaires. Il s’agira concrètement de déterminer pour le second semestre 2020, le recouvrement sur la facturation : navire, marchandise, domaine (en cas d’amodiation), activités concédées. 

Les recettes attendues de l’Etat constituent le pôle de recettes qui pourra connaitre une baisse (certains ports effectuent des travaux incombant à l’Etat à l’instar de la réfection des routes ou la réhabilitation de l’éclairage public portuaire et se font rembourser ultérieurement par l’État). En raison des dépenses imprévues engendrées par l’acquisition des équipements adéquats et la prise en charge des malades liées à la Covid-19, le remboursement par l’État de ce type de préfinancements pourraient être irrégulier. Par contre, les intérêts sur placements (exemple : dépôts à termes) et les dividendes (en cas  de prise de participation) ne connaitront aucun changement. En matière de dépense aussi, un correctif budgétaire devra être fait.

Dépenses : la fermeture des frontières aura un impact sur certaines lignes budgétaires. C’est le cas des lignes « missions » et « formations » à l’étranger ainsi que « évacuations sanitaires ». Ces comptes connaitront des restrictions.  Certains projets en partenariat public privés (PPP) nécessitent une assistance d’experts étrangers. Les mesures de confinement et fermetures de frontières ne faciliteront pas le déplacement desdits experts.

Au port autonome de Douala, par exemple, les travaux de finalisation de la construction de la 2ème drague ainsi que la réception pourront connaitre des reports.

Au port d’Abidjan, les projets envisagés tels que la création d’un terminal minéralier, la création d’un terminal céréalier et la construction d’un second terminal à conteneurs auront une importante consommation de délais due aux retards dans leurs réalisations. Un réajustement du budget de fonctionnement et d’investissement semble être inéluctable.

Eu égard à ce qui précède, les recommandations ci-après peuvent être formulées :

  1. Réviser le chiffre d’affaires de l’exercice 2020

  1. Décliner de nouveaux objectifs de recouvrement

  1. Déterminer le niveau des recettes attendues de l’État

  1. Revoir toutes les lignes budgétaires susceptibles d’être affectées par les mesures prises pour faire face à la pandémie (exemple : mission à l’extérieur)

  1. Apporter au besoin un correctif budgétaire pour les projets nécessitant l’intervention d’experts étrangers ou reporter la réalisation desdits projets à une date ultérieure

  1. Organiser une conférence budgétaire afin d’acter les ajustements

  1. Pour le port autonome de Dakar : adapter le plan stratégique 2019-2023

  1. Pour le port autonome de Douala : adapter le plan d’entreprise 2020-2024, adapter le schéma directeur 2020-2050

Si le trafic aérien s’est effondré et divers secteurs ont été touchés par la pandémie de Covid-19, les ports africains quant à eux ont pour la plupart poursuivi normalement leurs activités et ont même enregistré des hausses des flux de marchandises à l’import comme à l’export en raison des délais logistiques qui ont joué en leur faveur. L’impact de la Covid-19 pourra se faire ressentir au courant du second semestre 2020. La mise en œuvre des recommandations citées dans le corpus de ce rapport permettra d’atteindre des objectifs réalistes en cette période post-Covid.

Hugues MINKO, Chef service « Prévision et analyse budgétaire » au port autonome de Douala. Certifié en Intelligence Economique et Due Diligence en Afrique (IEDDA) par le Centre Africain de Veille et d’Intelligence Economique (CAVIE).


[1] Situation au 8 mai 2020. Source : https://www.lci.fr/international/etats-unis-plus-de-20-millions-d-emplois-detruits-en-deux-mois-du-jamais-vu-2153292.html

[2] Source : https://www.journaldemontreal.com/2020/04/28/espagne-le-taux-de-chomage-grimpe-a-144-au-1er-trimestre

[3] Source : https://www.letemps.ch/economie/recours-chomage-partiel-explose-allemagne

[4] Source : http://www.sanpedro-portci.com/site/page-de-base/organisation-du-travail-au-pasp-covid-19

[5] Source : http://www.sanpedro-portci.com/site/page-de-base/actions-de-lutte-contre-le-covid-19-au-port-de-san-pedro

[6] Source : http://www.sanpedro-portci.com/site/page-de-base/mesures-de-pr%C3%A9ventions-appliqu%C3%A9es-aux-op%C3%A9rateurs-du-portuaire-de-san-pedro

[7] Source : https://fnh.ma/article/actualite-economique/le-port-de-casablanca-n-a-pas-ete-impacte-par-les-retombes-du-covid-19

[8]  Source : https://www.medias24.com/port-de-casablanca-l-activite-reste-normale-mais-le-risque-de-baisse-persiste-8275.html

[9] Source : https://www.leconomiste.com/article/1059578-coronavirus-les-ports-cartonnent

[10] Source : https://www.leconomiste.com/article/1059578-coronavirus-les-ports-cartonnent

[11] Source : https://www.leconomiste.com/article/1059578-coronavirus-les-ports-cartonnent

[12] Source : https://www.jeuneafrique.com/920623/economie/face-a-la-crise-liee-au-coronavirus-le-port-de-tanger-med-fait-figure-dexception/

[13] Source : https://www.jeuneafrique.com/920623/economie/face-a-la-crise-liee-au-coronavirus-le-port-de-tanger-med-fait-figure-dexception/

[14] Source : https://www.jeuneafrique.com/920623/economie/face-a-la-crise-liee-au-coronavirus-le-port-de-tanger-med-fait-figure-dexception/

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