Crainte de faillites en cascade sur les marchés du Burundi

Crainte de faillites en cascade sur les marchés du Burundi

[Africa Diligence] Les effets de la pandémie de Covid-19 étaient théoriques pour eux tant que le confinement n’était pas décrété comme dans les pays voisins… Désormais, les commerçants burundais ressentent le contrecoup avec une brutalité inouïe. Ils en appellent aux autorités. Que va faire l’Etat ?

Un stand des marchandises au marché ’’Bujumbura City Market’’ dit « Chez Siyoni » Alors que la période de fermeture des frontières persiste suite au coronavirus, les stocks de certains produits importés s’épuisent. Les commerçants jettent l’éponge, ils se retrouvent dans l’incapacité de passer de nouvelles commandes et de payer le loyer. Ils appellent l’intervention de l’Etat. Mercredi 8 avril. Il est 10h au marché ’’Bujumbura City Market’’ dit ’’Chez

Alors que la période de fermeture des frontières persiste suite au coronavirus, les stocks de certains produits importés s’épuisent. Les commerçants jettent l’éponge, ils se retrouvent dans l’incapacité de passer de nouvelles commandes et de payer le loyer. Ils appellent l’intervention de l’Etat.

Mercredi 8 avril dernier. Il est 10h au marché ’’Bujumbura City Market’’ dit ’’Chez Siyoni’’, le cœur de l’activité commerciale à Bujumbura. Le flux commercial est allé decrescendo, le pouls est faible.

Il n’y a pas de bousculades encore moins d’embouteillages à la sortie et à l’entrée de ce marché comme à l’accoutumée. Des stands de vivres, de produits alimentaires, d’habillements, … proposent des articles divers mais peu de clients se pressent pour faire des achats

Aïcha tient une petite échoppe d’habits importés d’Ouganda. Pour le moment, il est presque vide. « Depuis le mois de mars, je vends mais je n’importe pas de nouveaux vêtements et j’ai perdu mes fidèles clients habitués à venir admirer les nouveautés ».

Cette femme, mère de trois enfants confie qu’elle perd doublement. D’un côté, elle doit payer le loyer du stand alors que son chiffre d’affaire a chuté à plus de 80%. « Franchement, cette pandémie nous a ouvert les yeux. C’est l’Est de la RDC qui achète nos produits ».

De l’autre côté, privée des revenus tirés de ce commerce, elle doit continuer à supporter les dépenses familles. « Elles sont incompressibles. Je dois payer le loyer, nourrir la famille, payer l’eau et l’électricité.» Où trouver cet argent, dit-elle, il faut grignoter sur mon capital.

Pour le moment, la situation est alarmante. Les stocks s’épuisent. Le capital restant ne lui permet ni de payer le loyer de la boutique ni de prendre en charge sa famille. « Je me suis battue pour continuer, mais d’ici peu je dois me rendre à l’évidence et rendre mon tablier», se résigne cette femme.

Comme beaucoup, elle est au courant de la crise de la Covid-19 qui ruine le commerce dans d’autres pays. Mais elle ne pouvait pas prévoir que la pandémie frapperait à ce point, lui et son business, aussi vite et aussi durement.

D’après cette commerçante, elle ne sera pas la première à mettre la clé sous le paillasson. D’autres victimes ont abandonné le mois passé. « C’est pas fini. Si rien ne change. D’autres commerçants vont me rejoindre », s’inquiète cette jeune commerçante.

A côté d’elle, le commerçant de produits de beauté accepte de témoigner son calvaire sous couvert d’anonymat. « Comme vous le constatez, pas de clients. La pandémie a été fatale. Les frontières avec la RDC sont fermées et le pouvoir d’achat du citoyen a été frappé de plein fouet. Et par conséquent, nos commerces en souffrent ».

Abattu, ce dernier énumère les pertes causées par la crise liée à la Covid-19. Il confie que ses marchandises ne sont pas commercialisées. Et d’autres ont perdu leur valeur. Aujourd’hui, trois mois après la fermeture des frontières, avec tous les efforts pour rester dans le coup, les clients ne suivent pas. Ce commerçant demande à l’Etat de penser à la réouverture des frontières.

Il est 11h. Au centre-ville de Bujumbura où se retrouvent sur différents axes la plupart des importateurs d’appareils électroniques comme les téléphones portables, les ordinateurs et d’autres accessoires. Croulant sous les charges cumulées depuis 3 mois, ces commerçants vivent une crise étouffante.

« Il y a des commerçants qui sont menacés de faire faillite. D’autres risquent d’être expulsés de leurs boutiques pour non payement de loyer. La situation est très critique », regrette Jean, l’un des commerçants

Ce dernier fait savoir qu’il s’approvisionnait en Chine et à Dubaï. Avec l’irruption de la pandémie, les approvisionnements sont coupés. «Je remettrai la boutique au propriétaire. Le stock est épuisé », lâche-t-i dépité.

Même lamentation chez certains détenteurs de magasins d’alimentations au centre-ville de Bujumbura. « C’était au début de ce mois de juin que commençaient à se manifester les effets de cette crise sur mon entreprise. La fermeture de frontières pendant cette longue période a épuisé mon épargne», se lamente l’un des commerçants de produits alimentaires importés.

Ce dernier tient à souligner que le stock de plusieurs articles s’était vidé deux semaines après la fermeture des frontières. Il indique avoir gardé la boutique espérant que les frontières pouvaient se rouvrir sous peu. « Du coup, les factures bien gonflées de loyers, d’eau et d’électricité sans parler des autres charges familiales et les frais de scolarité des enfants », explique-t-il.

En outre, de lourds engagements financiers viennent se rajouter aux chèques et aux créances des fournisseurs en aggravant davantage la situation déjà délicate. «L’enjeu dépasse la continuité de mon entreprise. Des milliers de familles vivent de ces activités. Nos employés en chômage ne peuvent pas reprendre leur travail car nous sommes incapables de les payer », constate-t-il.

Ce commerçant se dit au bout du rouleau, il lance un appel de détresse. Il demande l’intervention de l’Etat pour venir en aide aux entrepreneurs en cette période de pandémie, sous forme de soutien financier ou de mesures d’accompagnement et de relance.

« Certains commerçants ne pensent pas que la réouverture de frontières résoudra le problème. Moi, je suis pessimiste», nuance-t-il. Cet entrepreneur ne doute pas qu’il y a plusieurs commerçants et entreprises qui ne seront pas à mesure de reprendre leur business lors de réouverture des frontières. Car, explique-t-il, la majorité de petits commerçants n’ont pas assez de ressources pour renaître de leurs cendres.

D’après lui, il y a des pistes de solutions pour sortir de cette situation. L’Etat doit intervenir par la législation pour bien gérer cette période. Afin de calmer les créanciers et donner du temps aux commerçants pour reprendre leur souffle et éviter la faillite pour un bon nombre d’entre eux.

Cet homme d’affaires réclame également le report et la révision des impôts et l’octroi de crédits sans intérêts avec payement différé. « La Chambre de commerce, les ministères de tutelle doivent s’acquitter de leurs missions et accompagner les commerçants dans cette crise ».

Les politiques publiques doivent être revues en prenant en considération leurs difficultés, leurs besoins et surtout leur développement. « C’est devenu une nécessité », conclut-il.

La Rédaction (avec Iwacu)

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