(Africa Diligence) Jeune étudiant à Lomé, au Togo, Vincent Agboto a été chargeur de camions, transporteur de courriers et opérateur de machines industrielles avant de devenir professeur dans une dizaine d’universités aux États-Unis, en Angleterre et en Afrique. 9 questions pour décrypter son incroyable parcours.

Vincent Agboto c’est qui ?

Vincent Agboto: Je suis Togolais. Je suis née à Lomé où j’ai fait mes études primaires et secondaires sanctionnées par un baccalauréat série C au Lycée de Tokoin en 1987. Après mon Bac, j’ai fait une courte carrière militaire dans les forces armées togolaises pendant 2 ans et demie. Une fois déchargé de mes responsabilités militaires, j’ai effectué mes études universitaires à l’Université de Lomé sanctionnées par une licence en mathématiques en 1995 et une année de maîtrise en 1996. Je réside aux USA, plus précisément dans la ville de Nashville, dans l’État du Tennessee dans le sud-est des USA.

Je suis professeur, chercheur et consultant. Je suis statisticien de formation et j’ai fait des études à l’université du Minnesota à Minneapolis sanctionnées par un master et ensuite un Ph.D en statistique en 2006. J’ai aussi effectué des études en santé publique à Harvard University en 2009.

Je suis actuellement le directeur de la division de bio statistique à Meharry Medical College à Nashville. Je suis aussi professeur à Vanderbilt University (Nashville, Tennessee) où je fais des recherches en bio statistiques, à Northwestern University (Chicago, IL) où j’enseigne l’économétrie et à l’Indiana Institute of Technology (Fort Wayne, Indiana) où j’enseigne les méthodes de recherche quantitative.

Je dirige aussi des thèses de recherche de master et de doctorat à Meharry Medical College, Indiana Institute of Technology, Grand Canyon University et Walden University. J’ai publié des articles scientifiques en statistique, en santé publique, en économie de la santé et en disparité de santé. J’ai conduit des projets qui ont aidé à réduire les disparités de santé entre les populations vulnérables et la population générale aux USA.

Je dirige aussi avec quelques partenaires américains un cabinet de conseil en statistique, bio statistique, économétrie et gestion des données dont les travaux sont dirigés principalement vers un renforcement des capacités des universités et des gouvernements en Afrique.

Une passion ?

J’aime et je joue encore le football (soccer aux USA). Je lis beaucoup les mémoires et les livres ou revues politiques.

Lomé à Nashville, comment s’est réalisée l’aventure ?

Je suis arrivé aux USA en Août 1996 durant mon année de maitrise en mathématiques à l’université de Lomé. En fait, durant mon année de licence en mathématiques à l’université de Lomé, j’ai commencé une inscription académique aux USA et j’avais aussi joué à la loterie visa. Quelques mois plus tard, il m’a été notifié ma sélection pour un visa d’immigrant. Mais originellement, l’idée de notre aventure américaine avait commencé depuis le campus de l’université de Lomé dans les années 1990 où quelques amis et moi avions décidé tout faire pour partir aux USA car nous étions convaincus que nos potentialités intellectuelles valaient la peine d’être testées dans les meilleures universités du monde et que ce serait un gâchis humain de ne pas tenter l’aventure. Nous nous encouragions mutuellement et nous nous disions que nous devrons faire partie des meilleurs de notre génération. C’est une fierté pour moi de vous dire que ces amis sont aujourd’hui des hauts cadres aux USA avec des diplômes de master et de Ph. D dans des domaines aussi variés que la technologie, l’ingénierie, l’économie, la statistique et bien d’autres encore.

On y a cru très fort, on s’est activé à faire les démarches nécessaires depuis que nous étions étudiants et avec la grâce de Dieu, nous avions tous tenté l’aventure américaine et les pages de nos histoires continuent de s’écrire.

Apparemment vous n’en faisiez pas juste une fin en soi…

Pour nous tous, l’aventure aux USA n’a pas été une partie de plaisir. Il faut être très fort dans sa tête et ne pas trop se plaindre sur son sort.

J’ai eu à travailler en tant que chargeur de camions dans un grand magasin de Pepsi, transporteur de courriers, opérateur de machines industrielles avant et durant une bonne partie de mes études. A l’époque, beaucoup d’immigrants africains et togolais se contentaient d’avoir un boulot ou deux boulots et de vivre leur vie aux USA sans se soucier des études. Il a fallu que je me convainque que je devrais tracer mon propre sort et me lancer dans les études en 1998 tout en travaillant à plein temps.

Tout n’aura donc pas été rose…

Ma vie durant les 5 premières années aux fut très mouvementée avec beaucoup de défis physiques et psychologiques, mais je dois beaucoup à la discipline de soi que j’ai acquise et développée durant ma courte carrière militaire. Tout d’abord durant la première année aux USA, il était très difficile de communiquer avec les gens étant donné que l’Anglais américain était très difficile à comprendre pour un immigrant francophone comme moi.

Durant la première année de mes études, il m’arrivait de passer trois jours sans dormir à cause des exigences des études et du travail. Dieu merci, on n’a pas abandonné et on en récolte les fruits aujourd’hui.

On pourra vous citer parmi les Togolais de la diaspora qui rayonnent même loin de leur pays. Quel est votre secret ?

Je ne sais pas si je dois aussi le prendre comme tel, mais je dirais que je fais partie de cette catégorie de Togolais de la diaspora qui sont venus avec l’idée précise de travailler dur et se doter des compétences nécessaires pour être au service de l’Afrique et aider à l’amélioration des conditions de vie de nos populations.

Je dirai que le grand secret, c’est de travailler dur et d’avoir l’aptitude physique et psychologique de subir parfois des humiliations, des situations inconfortables sans vraiment se plaindre sur son sort.

Il faut aussi avoir des objectifs bien précis sur sa vie et aussi avoir le sens de l’intégrité et de l’honneur afin de servir d’exemple pour d’autres personnes et d’autres générations.

Je voudrais aussi ajouter qu’il y a des compatriotes ici qui ont émergé et qui forcent l’admiration et je suis sûr que la discipline et le travail dur restent les points communs de leur succès.

Enseigner dans des universités aussi prestigieuses que Northwestern University et être sollicité dans d’autres universités des USA et même en Afrique, vous devriez avoir du talent à revendre…

En fait, le Northwestern University où j’enseigne des cours d’économétrie est une université très prestigieuse et je suis honoré de l’opportunité que j’ai de contribuer à la formation des étudiants américains. Avec mes expériences du système d’éducation anglo-saxon ou l’enseignant chercheur est aussi un expert qui utilise ses connaissances pour affecter la société dans une changement positif, je continue d’affecter les programmes politiques à travers les projets de recherche. Mes observations durant mes missions m’ont convaincu qu’il faut aider à renforcer les capacités de nos universités en Afrique afin que nos ressources humaines soient compétitives sur le plan mondial.

Je travaille avec des collaborateurs à l’université de Lomé pour le renforcement des capacités de recherche et aider à injecter des fonds américains pour supporter la recherche et la formation doctorale. Je travaille aussi avec l’université de Nairobi au Kenya et l’université de la Gambie. J’ai aussi quelques collaborations en Afrique du Sud. Nous avons réalisé que nous devrons aider à positionner les universités africaines dans un environnement qui aide à renforcer les capacités des enseignants-chercheurs et assurer une formation solide aux étudiants. A cet effet, nous avons décidé de pousser ces universités à rentrer dans les compétitions globales pour les financements des recherches et nous les aidons à soumissionner à ces compétitions en présentant des projets très compétitifs.

Pensez-vous revenir un jour au pays ?

Bien évidemment ! J’ai aussi réalisé que mes compétences sont plus bénéfiques pour l’Afrique où le besoin est significatif et j’essaie d’aider certaines institutions africaines dans la mesure du possible, soit dans le cadre de mon cabinet de conseil ou bien dans le cadre de mon statut d’enseignant chercheur.

Je compte revenir au pays. Pour avoir vécu dans un pays comme les USA pendant longtemps, ma vision est beaucoup plus africaine et c’est la raison pour laquelle j’ai mis sur pied avec mes collaborateurs le cabinet de conseil « Stats Solutions Consulting » pour aider les universités et les gouvernements africains à renforcer leur capacités dans la bonne collection, gestion et analyse de données pour une meilleure prise des décisions.

L’Afrique est encore en chantier et il y a beaucoup à faire pour faire avancer les choses dans les domaines aussi variés que la santé de nos populations, le développement économique, la technologie, les infrastructures pour ne citer que ceux-là.

Pour mon retour, le compte à rebours a déjà commencé. C’est d’ailleurs dans cette perspective que j’intensifie mes travaux et collaborations en direction de l’Afrique afin que dans les prochaines années, ma présence soit plus effective sur le terrain car je suis convaincu que notre devenir se trouve en Afrique où le besoin est grand en ce qui concerne ma contribution.

Vous avez des conseils à donner aux compatriotes togolais ou africains de la diaspora ?

Le dernier mot, c’est tout d’abord en direction de la diaspora afin qu’elle se constitue en une diaspora utile, disciplinée qui travaille dur et qui peut se mobiliser pour constituer une force économique importante afin d’influencer les décisions des gouvernements de nos pays hôtes et des gouvernements africains pour le bien-être de nos populations. Ensuite je voudrais saluer nos braves populations africaines et leur assurer que je combattrai toujours à leurs cotés pour une société africaine plus viable par le biais de l’entrepreneuriat et de l’initiative privée.

Malgré les mauvaises nouvelles, je suis convaincu qu’une génération compétente et responsable est en train de s’activer pour devenir un acteur incontournable du développement de l’Afrique et cela est une bonne nouvelle pour l’Afrique.

Interview réalisée par Sylvio Combey

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