[Africa Diligence] Cette année encore, l’Afrique australe risque d’avoir faim. Très faim. L’insécurité alimentaire qui touche déjà plus de 24 millions de personnes chaque année dans la sous-région va augmenter de 13% sur l’année 2015-2016. Un rapport de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) tire la sonnette d’alarme.

La crise alimentaire, qui risque de compromettre l’accès qualitatif et quantitatif à la nourriture de 27,4 millions de personnes cette année, a été évoquée lors du sommet réunissant les quinze États de la région, la semaine dernière, au Botswana.

Préoccupante sur le plan humanitaire, la situation est largement le fait de conditions climatiques défavorables. « Les pluies ont été tardives et mal réparties », explique David Phiri, coordinateur de l’Afrique australe pour l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Certains pays tels que Madagascar ou le Malawi ont également été touchés par des inondations en janvier, tandis qu’une sécheresse a frappé la moitié sud de la région. Résultat : 6,6 millions de tonnes de céréales manquent cette année.

Chaque pays n’est toutefois pas égal face à cette crise alimentaire : la Namibie, le Botswana et, plus particulièrement, le Malawi et le Zimbabwe sont touchés. Concernant ces deux derniers, le Programme alimentaire mondial (PAM) s’alarme : ce sera la « pire crise alimentaire » depuis dix ans, a déploré David Orr, porte-parole de l’organisation. Les conséquences sont immédiates sur les populations : les récoltes étant mauvaises, il n’y a pas eu de baisses des prix. Les faiblesses structurelles de l’agriculture à travers l’Afrique australe expliquent aussi ce manque de résilience. « L’irrigation est insuffisante et la productivité est, par endroits, très faible », brosse David Phiri, de la FAO.

D’autres pays ont réussi, en comptant sur les stocks de l’année 2014, à rester excédentaires, comme la Tanzanie, la Zambie ou encore l’Afrique du Sud. Au niveau régional, la récolte sud-africaine est cruciale : traditionnellement excédentaire, c’est elle qui permet à ses voisins de combler leur déficit en céréales. Or, cette année, ses récoltes ont chuté de 30%, ce qui déstabiliserait la région en tirant les prix vers le haut dès cette année.

João Manja, de la FAO, se soucie des conséquences de deux mauvaises années d’affilée. « Ce qui est aujourd’hui une crise de sécurité alimentaire dans trois pays (Malawi, Zimbabwe et Lesotho) pourrait alors se généraliser à tous les pays de la région », redoute-t-il. Et les prévisions météorologiques annuelles, attendues cette semaine, confirmeront certainement ses craintes.

La Rédaction (avec Laure Delacloch, Les Echos et Knowdys Database)

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