[Africa Diligence] Siège de plusieurs institutions africaines, l’Afrique du Sud est plongée dans d’interminables attaques xénophobes, qui, soulèvent certaines inquiétudes au sein de la classe économique continentale. Soucieux de ses intérêts, le Nigéria s’est engagé, le 5 septembre 2019, à coopérer avec Pretoria pour tenter d’endiguer cette tribulation. De quoi apaiser les tensions alors que les deux pays sont très liés économiquement.

La tension est montée ces derniers jours entre les deux plus grosses économies d’Afrique. Après les violences xénophobes enregistrées dans plusieurs villes sud-africaines, certains Nigérians s’en sont pris aux intérêts économiques sud-africains dans leur pays, au point que plusieurs groupes comme l’opérateur téléphonique MTN ont préféré fermer leurs agences par crainte des pillages, alors que des échauffourées se sont produites en début de semaine devant plusieurs magasins de la marque Shoprite. Et Pretoria a dû fermer son ambassade à Abuja et son consulat à Lagos.

Le Nigeria a par ailleurs décidé de boycotter le Forum économique mondial qui se déroule le 5 septembre 2019 au Cap. Sur place, les acteurs du Forum économique mondial s’inquiètent de la dégradation des relations entre les deux pays. Présent malgré les annonces de boycott de son président, l’entrepreneur nigérian Iyinolouwa Aboyeji voit d’un mauvais œil les tensions de ces derniers jours. « C’est plus qu’un simple risque, ce sont des milliards de dollars qui pourraient s’envoler. Ces deux économies ensemble, c’est près de la moitié du PIB d’Afrique subsaharienne, souligne-t-il. Donc si elles ne s’entendent pas, il n’y a plus d’espoir pour un futur panafricain. »

Que les deux géants du continent s’affrontent n’est pas non plus pour rassurer John Asafu-Adjaye, directeur de recherche au Centre africain pour la transformation économique. « C’est très mauvais pour les affaires. L’Afrique du Sud a aussi des investissements au Nigeria, rappelle-t-il. S’il y a des tensions, et que cela conduit à des perturbations des affaires, je pense que cela peut affecter ces deux pays, mais aussi tout le continent. Cela pourrait avoir un impact négatif sur l’accord de libre-échange continental. »

Le Nigeria prêt à coopérer

Les mêmes craintes sont partagées par le ministre des finances sud-africain Tito Mboweni, qui souhaite voir la zone de libre-échange continentale se concrétiser. « On veut le libre-échange des biens, mais les biens ne se déplacent pas tout seuls, ils sont déplacés par les gens. Donc la libre-circulation des populations est nécessaire. Si un Sud-Africain veut aller vivre à Abuja, il devrait être libre de le faire. Si un Nigérian veut s’installer à Johannesburg aussi. Ces barrières artificielles et cette haine entre nous doivent vraiment appartenir au passé », estime-t-il.

Les dernières déclarations nigérianes devraient apaiser les inquiétudes : un conseiller de la présidence a assuré le 28 septembre 2019 à la presse que son pays « ne cherche pas à exacerber les tensions ». « Nous allons travailler, entre frères, avec l’Afrique du Sud, pour trouver des solutions à leur problème, qui est devenu aussi le nôtre ».

Partenaires et concurrents

Le Nigeria est sans conteste le marché le plus important en Afrique pour Pretoria. Près de quatre cents groupes sud-africains y sont implantés dans de nombreux domaines : téléphonie avec le géant MTN, distribution avec les hypermarchés Shoprite, communication avec le groupe Multichoice. Les échanges entre les deux pays dépassent les quatre milliards de dollars. Papier, automobile, transport ou agronomie… Les produits sud-africains sont omniprésents au Nigeria qui, en contrepartie, vend son pétrole. Mais les relations entre le pays le plus développé d’Afrique et celui qui possède la plus grosse économie en raison de sa démographie sont réputées houleuses. Les groupes sud-africains se disent régulièrement victimes de tracasseries administratives et de harcèlement fiscal. En 2016, l’affaire MTN a défrayé la chronique. Le numéro un africain des télécoms s’était vu imposer un redressement de plusieurs milliards de dollars, avant que l’administration ne revienne sur ses exigences.

La compétition pour le leadership continental n’est pas seulement économique, puisque les deux pays rêvent d’un siège de membre permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. Pourtant, le marché nigérian est un marché d’avenir pour les entreprises sud-africaines qui, malgré les difficultés, n’envisagent pas, pour l’immense majorité d’entre elles, de s’en retirer.

La Rédaction (avec RFI et CA)

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